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Volker Finke: « Pourquoi j’ai ecarte Eto’o »de mon équipe

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Qu’est-ce qui a changé dans votre tête depuis la dernière Coupe du Monde?

Après la dernière Coupe du Monde, j’ai fait beaucoup d’analyses, pour ce qui est de mon équipe. Pour moi, c’était le moment pour ne plus faire n’importe quoi, pour ne pas faire les choses à moitié. Je ne voulais pas gérer des choses particulières, car, il s’agissait de régler un problème général. J’ai pris le temps de discuter avec les groupes de joueurs que j’ai dans mon équipe, afin de faire mieux lors des échéances à venir.

Pourquoi avez-vous décidé de vous séparer d’un groupe de joueurs?

Oui, dans les groupes dont je parle, il y avait un collectif de joueurs qui étaient présents lors de la Coupe du Monde de 2010 en Afrique du Sud. Ce groupe est composé de 16 ou 17 joueurs. C’est un groupe qui, lors de la Coupe du Monde 2014, a raté une deuxième fois.

 

Quand vous êtes venu au Cameroun, vous nous avez fait savoir que Samuel Eto’o était, pour vous, l’un des meilleurs attaquants au monde. Pourquoi ne figure-t-il pas dans votre dernière liste ?

 

Ce que j’ai dit, je le redis aujourd’hui: Eto’o est l’un des meilleurs au monde, c’est un grand joueur. Maintenant, je suis dans une optique où je veux rajeunir mon équipe. Je ne vais pas le faire avec des joueurs qui ont plus de trente ans. En plus, il y a des joueurs qui tournent autour de l’équipe nationale depuis un certain nombre d’années et qui n’attendent que le jour où on leur donne une chance de s’exprimer.

Mais, il a 33 ans et certains jouent encore alors qu’ils sont plus âgés que ça…

Vous savez, on ne peut pas cacher l’âge. A un moment, il y a des blessures qui vous rattrapent. Ce n’est que normal. Et, si on prend en compte la mentalité, c’est normal qu’on le mette en retraite. Mais, ça reste ouvert pour chaque joueur. A la Coupe du Monde, il était blessé, il n’a joué qu’un match et après, ça a été impossible. Jusqu’aujourd’hui, tout n’est pas parfait. En plus, il ne faut pas expliquer les choses de Samuel.

Et, maintenant, sans votre capitaine, que feriez-vous?

Il faut faire autre chose, il faut chercher d’autres joueurs qui peuvent donner quelque chose à l’équipe. Je ne voulais pas tout changer mais, je pense que la coupe doit être forte, il faut que l’équipe montre un visage autre. C’est pour cette raison que je travaille pour le rajeunissement de cette équipe ; l’équipe avait perdu cet esprit gagneur que Vous aviez vu contre l’Allemagne, contre la Libye et lors du deuxième match contre la Tunisie (lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2014, ndlr). J’étais content de ces matchs, car j’y suis parvenu avec un groupe qui avait des problèmes.

Que s’est-il passé après ces matchs pour que tout change?

Après tout ce que j’ai vu chaque jour au Brésil, je me suis dit: «là, on n’a pas le choix, il faut couper et préparer les joueurs pour un avenir meilleur». Il s’agit de faire que les joueurs aient une autre mentalité. Je préfère garder un groupe de joueurs dont j’ai besoin, travailler avec des joueurs expérimentés.

Vous parlez de groupes et, à bien observer votre dernière liste, elle est divisée en trois groupes…

En termes de groupe, le premier c’est celui des joueurs expérimentés comme Stéphane Mbia, Enoh Eyong, Nicolas Nkoulou, etc. Il y a un autre groupe, c’est celui des joueurs à qui je donne une deuxième chance; je parle ici de Georges Mandjeck, Léony Kweukeu, par exemple. Le troisième groupe c’est celui des nouveaux joueurs, c’est-à-dire les jeunes.

Que voulez-vous changer?

Le football a changé, maintenant, dans le football mondial, il y à, certes, des talents individuels, mais, chacun doit donner pour le collectif. C’est ça le football aujourd’hui. Dans les années antérieures, le football s’est joué avec une ou deux superstars qui sont responsables de tout, tandis que les autres sont des petits soldats. Aujourd’hui, il n’est plus question de faire ça. Le football a changé. Je vais désormais travailler avec cette vision.

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Est-ce que ça ne va pas prendre du temps?

Je sais que ça va un peu durer, que ça prendra un peu de temps. Je sais aussi qu’au Cameroun, on a besoin des résultats à l’immédiat, on aime la victoire. Chaque jour, on vous dit qu’il faut absolument gagner le prochain match. Or, en 2010, le Cameroun était 1?eme dans le classement de la Fifa; c’est un bon rang. En mai 2013, quand je signais mon contrat, le Cameroun était 71ème, ce qui veut dire qu’il y avait eu un recul de 60 places en trois ans. Après la Coupe du Monde au Brésil, on est 52ème ou 53ème. Au Brésil, c’est vrai que nous n’étions pas favoris, mais, ça me fait énormément mal.

Quels sont vos-regrets?

Sur le plan du comportement, c’était inacceptable; tout comme l’esprit d’équipe au cours d’un match. C’est pour cette raison que, après cette Coupe du Monde, j’ai décidé de tout changer, sans compromis. Il ne faut pas que je fasse des changements par endroits. Je veux faire quelque chose de fort.

Il y a des joueurs que vous avez mis à l’écart avant la Coupe du Monde. Sur quelles bases les avez-vous rappelés?

Après la Coupe du Monde, moi j’ai beaucoup travaillé ici au Cameroun. J’ai vu les cadets, les juniors jouer et j’ai regardé leurs séances d’entraînement. Pour ce qui est des autres, on a supervisé 42 joueurs jusqu’en avril. C’est ce qui fait que dans notre base de données, nous avons des joueurs comme Kweukeu, Mandjeck.

Ceux que vous avez mis à l’écart ont-ils encore une chance de revenir dans cette équipe?

Ça dépend. C’est un peu ce que j’ai fait avec les joueurs à qui j’ai accordé une deuxième chance. Si un joueur fait une saison stable avec une performance intéressante et qu’il a un bon comportement, on peut le superviser.

Soyez plus précis…

La porte est ouverte, mais, il faut s’adapter avec les règles de l’équipe. Au-dessus de l’entraineur, au-dessus de chaque joueur, il y a les règles du football. Chacun doit donner à l’équipe, il faut respecter les choses, chaque joueur doit jouer son rôle.

Vous croyez qu’il n’y a que les joueurs?

Non, il faut aussi changer beaucoup de choses autour de l’équipe, car, les problèmes ne viennent pas que des joueurs. Nous, les entraîneurs, nous sommes aussi limités si les conditions autour de l’équipe ne sont pas bonnes. Il faut changer certaines choses. Moi j’ai fait des propositions plusieurs fois, même lors de l’enquête prescrite par le chef de l’Etat. Je n’ai rien caché, j’ai été clair, j’ai dit la réalité et je dis, si on ne veut pas continuer avec moi, avec mes idées, ma vision, on peut me virer. Je vais accepter, je ne suis pas là pour gagner de l’argent. Arès 20 ans dans le football professionnel en Allemagne, je n’ai pas besoin de ça. Je suis là parce que j’aime le travail.

Avez-vous pensé à démissionner?

Beaucoup m’ont demandé pourquoi vous n’avez pas démissionné avec autant de plaintes? Je veux leur faire savoir que je fais mon travail et je pense qu’il y a des choses qui peuvent changer. Et puis, je pense qu’il faut protéger certaines personnes, qu’il ne faut pas mettre de l’huile sur le feu.

Etes-vous satisfait du staff qu’on vous a adjoint?

Ça ne me pose pas un problème. Quand je signais mon contrat, je suis venu avec un adjoint, en la personne d’Ibrahim Tanko. Je n’ai pas de problème avec les adjoints camerounais, surtout que je peux en profiter. Djonkep était avec moi lors du stage pour la détection des joueurs locaux, je connais Belinga.

Martin Ndtoungou Mpilé ne va-t-il pas vous manquer?

Ce n’est pas une question pour moi, parce que ce n’est pas moi qui ai décidé des changements dans le staff des Lions.


© Ateba Biwolé | Le Jour

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