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Volker Finke, “Garder les pieds sur terre”

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Après les victoires contre la République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire, l’entraîneur des Lions « Volker Finke » parle de la vie dans son groupe.

Qu’est-ce qui fait la force de votre groupe, d’après vous ?

Comme on peut le voir sur le terrain, cette équipe a gagné en puissance, en force ; elle joue vraiment comme un groupe ; chacun donne à l’équipe. Cette formation joue vraiment un football collectif avec des talents individuels. Pour moi, ce n’est pas encore à 100 %, car, nous n’avons travaillé que pendant 10 jours, mais, nous commençons comme ça. On a déjà vu que si chacun donne à l’équipe, on peut faire des résultats contre de bonnes équipes comme la Côte d’Ivoire. C’est possible.

Etant donné qu’on ne change pas l’équipe qui gagne, peut-on se dire que vous allez garder la même équipe pour les prochaines échéances ?

Ça dépend de la situation, ça dépend des performances des joueurs. Après le match contre la Côte d’Ivoire, on peut se dire qu’on peut continuer avec le milieu qu’on a vu jouer, le tout est de continuer le travail, il est question que chacun défende et que chacun attaque aussi. C’est le travail en groupe et c’est notre priorité lors des entraînements. On peut dire que ce n’est pas mal, mais, il faut aussi garder les pieds sur terre, c’est très important, parce que c’est toujours facile de connaître une belle ascension quand on travaille, mais, il est souvent difficile de se maintenir au niveau où l’on s’est hissé. Après notre mauvaise Coupe du Monde, chacun de nous s’est ressaisi et nous nous sommes dits qu’il fallait remonter en préparant une autre mentalité, un autre esprit.

Vous avez peur d’échouer ?

Dans le football, il faut toujours confirmer. Nos deux dernières victoires ne nous font pas gagner le prochain match ; ce qui veut dire que chaque joueur doit savoir que le prochain match c’est le plus important et le plus difficile.

Vous avez misé sur la jeunesse. En êtes-vous satisfait aujourd’hui ?

Dans ce groupe contre la Côte d’Ivoire, il y avait cinq nouveaux joueurs dont l’âge moyen est de 21 ans et demi. Alors, il y a des jeunes qui ont joué, comme Oyongo. Aujourd’hui, il est à une saison aux Etats-Unis (New-York Red bulls, ndlr), mais avant, il était joueur de Coton sport de Garoua. Je parlerais aussi de Jérôme Guihoata, qui est à Valenciennes depuis une saison. Avant Valenciennes, il était à Tours, où il a commencé en 2013. Il y a aussi Bana Moussa (Coton sport, ndlr) qui est un jeu qui a du talent. Normalement, avec le talent qu’il a, si on le convoque avec les Lions, il a un pied en Europe. Franck Kom a été appelé parce qu’il a des capacités, parce qu’il peut donner au groupe. Il est jeune, c’est un bon travailleur au milieu, il est toujours titulaire avec son club. Il y a des jeunes dans les clubs, dans les centres de formation et c’est important de travailler avec eux. J’ai fait une supervision chez les juniors, j’ai regardé des matchs amicaux chez les cadets, etc. On va tous les superviser, nous allons regarder tous les jeunes, même ceux qui sont partout en Europe. Et quand nous les appelons, c’est pour les faire jouer.

Parmi les joueurs qui ont été écartés après le Mondial, est ce qu’il y en a que vous regrettez ?

Ça, je ne peux pas en parler dans les médias. Si un joueur réalise des bonnes performances, si le joueur a une bonne mentalité, un bon moral, il est normal qu’il joue en équipe nationale. Vous savez, dans la carrière d’un joueur, il peut y avoir des manquements, mais, s’il change positivement, il faut que l’équipe en bénéficie. Je vais vous prendre un exemple : Georges Constant Mandjeck (joueur de Kayseri Erciyesspor en Turquie, ndlr). L’entraîneur adjoint de son club est un Allemand et il m’a dit un jour que le joueur avait changé. C’est un joueur qu’on connait en Allemagne, parce qu’il a joué à Stuttgart, à Kaiserslautern. On connait ses forces et ses faiblesses Mais, dès lors qu’il a changé, on peut se dire qu’il a compris quelque chose. Alors, j’ai décidé de lui donner une deuxième chance. C’est ce qui s’est passé.

On peut donc dire que dans cette équipe, c’est vous qui faites les choix ?

Oui, c’est clair, c’est moi qui fait les choix, même si j’écoute ici et là. Si quelqu’un me donne le nom d’un joueur, je me charge de faire la recherche moi-même. C’est vraiment personnel.

Comment procédez-vous ?

J’ai un réseau, je peux, quand j’ai le nom d’un joueur, obtenir très rapidement des images. Le jour où j’ai le nom d’un joueur, j’obtiens des vidéos de lui. Je regarde ce qu’il a fait les deux dernières années et j’appelle des entraîneurs avec qui il a travaillé. Personnellement, je connais des entraîneurs un peu partout en Europe ; ce qui fait que j’ai assez de moyens pour obtenir des informations sur un joueur qui m’intéresse. Vraiment, il n’y a personne d’autre qui fait les choix dans mon équipe. Je ne veux me cacher derrière personne, c’est moi qui décide, c’est moi prend la dernière décision, personne ne peut m’imposer qui que ce soit.

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Et si un joueur vous est imposé ?

Si quelqu’un veut imposer un joueur, je fais une recherche sur le joueur et je suis le seul à décider si je dois l’appeler ou non. C’est pour ça que je dis qu’il faut arrêter avec des ragots autour de cette équipe, il faut vraiment arrêter. Ici, quand il y a une victoire, c’est parce qu’il y avait 1. 000 personnes pour faire mon travail. J’entends dire que c’est quelqu’un qui m’a imposé de titulariser le gardien (Joseph Fabrice Ondoua, ndlr). C’est fou, c’est complètement fou ! J’ai passé deux jours à Barcelone pour travailler. J’ai vu Barcelone A, j’ai vu Barcelone B ; j’ai travaillé avec Alexandre Song, j’ai vu cinq joueurs de l’équipe des moins de 19 ans qui sont tous des Camerounais. J’ai travaillé avec eux, c’est pour ça que je ris quand j’entends dire que le gardien de buts m’a été imposé. C’est un garçon que j’ai décidé d’utiliser parce que je me dis que c’est un joueur d’avenir. Après la Coupe du Monde, je me suis dit qu’il faut commencer avec un jeune. En deux matchs, il a prouvé, il a montré de quoi il est capable. Il doit confirmer, il n’est pas titulaire à 100 %, s’il n’est pas blessé, c’est un gardien pour l’avenir.

Qu’est-ce qui s’est passé pour que ce soit lui le titulaire, alors que certains attendaient voir Ndy Assembé dans les buts ?

Ndy Assembé n’a pas été convoqué comme n°1. Le team manager est responsable de ce genre de choses ; il a parlé avec les joueurs. Il y en a qui voulaient garder leurs numéros de maillots comme Mbia, Nkoulou, etc. Il y avait aussi des nouveaux joueurs. J’ai vu Ndy avec le n°1, Ondoua avec le 16, mais ce n’était pas une préférence pour Ndy ; je lui ai d’ailleurs expliqué son rôle. Les deux jeunes qui sont là sont très talentueux, ils ont des capacités pour l’avenir et il faut les accompagner avec un gardien de buts qui est expérimenté, qui a de la personnalité et qui est une personne honnête, sincère pour les aider. C’est bizarre, mais c’est un choix que j’ai fait. Ndy peut joueur, mais il peut surtout beaucoup donner aux deux jeunes qui sont dans le groupe, avec Alioum Boukar, l’entraîneur des gardiens de buts. Je suis le seul à décider de qui joue.

Avec les victoires que vous enchaînez, est-il possible que vous baissiez les bras en vous disant que la reconstruction a réussi ?

Non, non et non. Mon objectif c’est qu’il faut normaliser. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de choses pas normales au Cameroun, qu’il y a des choses qui ne correspondent pas avec ce qui est fait dans le football mondial. Le football mondial a ses règles, nous devons les respecter, nous ne devons pas faire comme si nous ne voyons pas ce qui se fait ailleurs. Il ne s’agit pas du tennis, du golf ou de la natation, le football est une discipline qui a ses règles et il faut les respecter. Le football demande une discipline d’équipe, ce n’est pas individuel, c’est pour cette raison qu’il faut respecter les règles du football.

Et que faites-vous ?

Après la Coupe du Monde, je me suis dit qu’il fallait tirer plusieurs situations au clair. Il fallait que chacun prenne sa place, que chacun joue son rôle ; il a fallu travailler sur l’environnement autour de l’équipe et nous sommes en bonne voie. En 10 jours, j’ai vu comment ils travaillent et je me dis que c’est ce qu’il faut faire, nous devons continuer dans ce sens. Chacun se dit : je suis là, j’ai un talent individuel, mais je suis là pour donner à l’équipe.

Que vous manque-t-il pour assurer la réussite de votre équipe ?

Le prochain jour dans le travail est le plus important. Le football ce n’est pas la mathématique. En mathématique, on peut dire 2+2 égale 4. En football, on ne sait jamais ce qui se passe, donc, il n’est pas possible de dire : voici ce qu’il faut pour atteindre les objectif ; il faut juste travailler avec des accents là il y a des lacunes. Il n’y a pas de recette miracle, ce sont les résultats qui confirment qu’on a travaillé.

Qu’en est-il de Joël Matip, qu’on n’a pas vu lors des deux derniers matchs ?

Pour ce qui de Joël Matip, il faut respecter sa situation ; ce sont des choses internes au groupe. Il était fatigué et il a demandé un temps mort, question de se concentrer aussi sur son club. Je peux aussi le comprendre, car, les dernières années, on a dit qu’on allait changer les choses, ce changement se faisait attendre, alors lui, il était fatigué, parce qu’il y avait aussi trop de choses négatives, mais nous restons en contact. J’espère qu’il y aura un moment où on va à nouveau le convoquer.

Que pouvez-vous dire de votre staff, étant donné que vous avez déjà travaillé avec les personnes nouvellement nommées ?

En football, il y a beaucoup de choses internes et elles doivent être gardées. Pour ce qui est de Manouvrier, c’est le ministre qui a donné son accord pour qu’il continue à travailler ; moi aussi j’ai accepté. Il n’y a vraiment pas de problème à ce que je travaille avec des Camerounais dans le staff, parce que je gagne avec eux, eux aussi ils gagnent avec moi. Ils peuvent me donner des informations sur le football local et moi je leur donne ce que je connais.

© Le Jour : Propos recueillis par Ateba Biwolé

 

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