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VIH SIDA : Tragédie des enfants sidéens a Laquintinie

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Combien de nourrissons, combien d’enfants vivent avec le VIH-Sida ? Combien sont-ils, pris en charge dans les formations sanitaires ? Pourquoi une chape de plomb recouvre-t-elle cette dramatique réalité de tous les jours ? On connaissait les orphelins du Sida. Voici les sidéens des premières années de l’enfance. De plus en plus, et partout au Cameroun malgré les efforts de communication des pouvoirs publics, le virus, qui est sommes toutes devenu une pandémie ‘banale’ avec la distribution certes chaotique, mais gratuite des Arv, s’attaque aux êtres les plus fragiles.
«Petit papa noël, quand tu descendras du ciel…», ce grand classique de Tino Rossi est repris en chœur par une cinquantaine de bambins rassemblés autour de l’arbre de noël miniature dressé dans la salle de soins, devenue, le temps des agapes juvéniles, la salle de fête pour les tout-petits. Autour du sapin couvert de jouets, les enfants chantent, sautent, claquent des mains, indifférents au poison mortel qui circule dans leur sang. Ce sont les enfants-Sida ! Nous sommes à l’hôpital Laquintinie, plus précisément au pavillon baptisé ‘hôpital du jour’, ouvert au public le 11 avril 2001 et rénové en 2011 par Total Fondation. « …n’oublie pas mon petit soulier… ». Il ne s’agit pas des orphelins du Sida, qui ont perdu leurs parents au front de la pandémie ainsi que l’évoquait déjà Urbain Olanguena Awono, aujourd’hui en ’réserve de la République’, dans son remarquable livre sur « le Sida en terre d’Afrique, l’audace des ruptures ».
Ce sont bien des gosses de zéro à 15 ans, infectés par le VIH et qui développent la maladie. Ils sont pris en charge gratuitement par ‘l’hôpital du jour’, qui organise chaque fin d’année avec l’aide des bienfaiteurs, cette petite cérémonie de réjouissance.On estime que 91 % des nouvelles infections à VIH chez les enfants se produisent en Afrique subsaharienne [chiffre Onusida, 2009], ce qui représentait près de 390 000 enfants nouvellement infectés en 2008. 35 % seulement des 640 000 enfants séropositifs ont eu accès au traitement antirétroviral (Arv). Combien d’enfants-Sida y a t-il au Cameroun ? Combien en sont morts faute de prise en charge ? Les statistiques s’il y en a, sont difficiles d’accès. Il faut faire une requête au directeur de l’hôpital qui doit s’en référer à sa hiérarchie, pour obtenir l’autorisation du ministre…. Avec la célérité administrative camerounaise connue de tous, beaucoup d’eau coulera sous le pont et de nouvelles infections juvéniles viendront s’ajouter aux anciennes. Selon des documents que nous avons consultés, « aujourd’hui 28 % des enfants qui ont besoin de prise en charge reçoivent un traitement antirétroviral dans le monde, alors qu’en Afrique francophone seulement 15 % des enfants infectés de moins de 15 ans sont pris en charge »

Maigrichon comme un oiseau malade

A 5 ans, Jean-Ashley est à ‘class one’ dans une école bilingue de Bonamoussadi. Sa maman raconte : «j’ai deux enfants ainés sains. Mais celui-ci, depuis sa naissance est régulièrement malade. Les infirmières ont soupçonné la rate, d’autres ont prescrit des médicaments pour soigner un foie malade etc. A l’indigène, on nous a dit que cet enfant était habité par un démon. Son corps présentait des boutons purulents. Il pleurait sans cesse. Si vous le voyiez, il était maigrichon comme un oiseau malade. Il vomissait, déféquait dans sa culotte en jets continus. C’est lorsque je l’ai emmené à l’hôpital d’arrondissement de Deido que l’on m’a dit qu’il développe des infections opportunistes car le virus Hiv s’est installé dans son petit corps. Moi aussi j’ai découvert ce jour-là que je suis séropositif ». Elle se tait. Regarde les larmes aux yeux, son enfant tirer sur mon pantalon, indifférent à sa maladie mais joyeux de recevoir des cadeaux. On lui a volé sa jeunesse, on lui a volé sa vie. Quel temps fera-t-il demain, lorsqu’entre le Bep et le Bac, il deviendra conscient de la terrible réalité, celle de vivre, à son corps défendant et pour toujours sous trithérapie ?

Sa mère faisait de fréquents séjours à Kribi où son mari a été affecté quelques cinq ans après leur mariage. Il était toujours malade : des boutons, la toux, le zona. Il se disait victime d’un « poison lent », alors qu’il savait et cachait son mal. Au retour à Douala le mari est hospitalisé à la polyclinique Akwa. Jusque là, la jeune maman ne s’alarme pas. Le couple est aujourd’hui sous trithérapie. Jean Ashley, admis en deuxième ligne après un premier traitement résistant est aussi pris en charge. Chaque jour, le matin à jeun et le soir, on lui fait avaler 3 comprimés gros comme une clé usb. Mais comment n’a-t-on pas dépisté la mère à temps, alors que le protocole médical est réputé systématique lors des visites prénatales ? Cela aurait évité à Jean Ashley de contacter la maladie.

Il faut dire qu’entre les centres de santé de quartier et les formations sanitaires autorisées, la couverture des programmes de prévention de la transmission mère-enfant du VIH est encore faible et concerne seulement 10 % du nombre estimé de femmes enceintes séropositives. Moins de 50 % des femmes testées séropositives ont accès aux médicaments antirétroviraux lors de la grossesse et de l’accouchement, pour un total de 267.075 personnes éligibles aux ARV parmi lesquelles 33.109 enfants, avance le correspondant de l’agence Xinhua à Yaoundé. Le Pr. Françoise Barré-Sinoussi s’est inquiétée dans un entretien à Xinhua de ce que «le taux de prévalence reste trop élevé au Cameroun, chez les femmes notamment». Chez les femmes enceintes testées, la prévalence dépasse largement la moyenne féminine pour s’établir à 7,8%.

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VIH SIDA Transmission mère-enfant

« Petit papa noël… », reprennent, en chœur, les jeunes sidéens. La fête bat son plein au pavillon de l’hôpital du jour. Une adolescente d’une quinzaine d’année porte un bébé sur son dos et des jouets en main. Sa mère est morte six mois plutôt. Elle est donc devenue adulte avant l’âge, obligée de laisser le chemin de l’école pour materner sa petite sœur malade du Sida. Il y a beaucoup de cas de ce genre, raconte madame Julie Dibonji l’infirmière-major, parlant de la transmission mère-enfant qui n’est pourtant pas automatique. Si la mère est atteinte et soignée, l’enfant a 70% de chance de naitre sain. Mais il peut aussi être contaminé lors de l’allaitement maternel. A l’hôpital du jour, centre de traitement agrée par l’Oms, le protocole comprend le dépistage et le ‘cd4’ gratuits pour la femme enceinte. Ainsi que le traitement Arv pour la mère et le bébé éventuellement. Le test coûte 500 Fcfa pour les autres patients. « Nous suivons les recommandations de l’Oms à la lettre. Nous avons le souci du nouveau-né. » Gratuits depuis 2007, les ARV sont administrés sous forme de génériques en huit protocoles dans 155 centres de traitement agréés sur le territoire national. Leur disponibilité est souvent sujette à caution en raison des tensions de stocks, comme c’est le cas actuellement où une boite d’Arv est partagé entre trois malades pour une durée de 10 jours renouvelables s’il en reste.

Pourtant, le troisième plan stratégique national 2011-2015 s’est fixé pour objectif de réduire de moitié les nouvelles infections dans les groupes les plus à risque et d’éliminer la transmission mère-enfant. Mais ne faut-il pas envisager d’autres solutions, par exemple taxer les industries extractives pour financer les Arv comme l’idée a été émise ? Faudrait t-il toujours vivre de l’aide étrangère même pour les problèmes de santé publique ? Il s’agit pourtant d’une urgence nationale ! L’aide étrangère étant limitée, on frémit d’angoisse pour le jour où la générosité internationale prendra fin. Ce sera la mort en cascade pour bébés, enfants et adultes. Une tragédie. L’holocauste ! On sait que les besoins de financement pour 2013 se chiffraient à 27 milliards Fcfa. Des traitements de première et deuxième lignes sont pour l’heure administrés à 122.783 malades sur un total de plus de 570. 000 de séropositifs, selon les statistiques officielles au 31 décembre 2012. Par combien faut-il multiplier ces chiffres politiques pour approcher de la terrible réalité ?

Dépistage systématique

« Avec des jouets par milliers, n’oublie pas mon petit soulier… », chantent les bambins par cette matinée ensoleillée de fin d’année 2013, agrippés à l’arbre de noël comme à une bouée de sauvetage. Le temps d’une fête, les parents oublient leur propre sort pour regarder jouer les enfants. Il est particulièrement choquant de voir ses enfants porteurs de virus. Ce sont des cas regrettables, nous confie la major Julie. « Ici, nous pratiquons systématiquement le dépistage des femmes enceintes. Ce qui n’est pas toujours le cas pour bons nombres de formations hospitalières, notamment les centres de santé qui poussent comme des champignons dans les quartiers ». Selon la major, « le traitement est très efficace pour éviter la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Si vous êtes enceinte, ou si vous avez l’intention de le devenir, parlez de vos choix de traitement avec votre médecin. Si votre charge virale est indétectable pendant votre grossesse et au moment de l’accouchement, les risques de transmission du VIH à votre enfant sont très bas, mais il est extrêmement important de contrôler votre santé, votre charge virale, et celle de votre bébé pendant votre grossesse et après l’accouchement ».

Hélas, par paresse ou mal informés, peu de femmes ont accès au dépistage, encore moins à la prise en charge. Tous les centres de santé ne pratiquent pas le dépistage systématique. On peut aussi évoquer l’ignorance et l’intolérance au sein des familles et dans la société. Andrée-Vestale, orpheline et séropositive, élève en classe de 5è dans un collège de la place a été exclue sans autre forme de procès lorsque les responsables de l’établissement ont appris les causes de la mort de ses parents. Ceux de René-Salin, adolescent malade du sida, n’ont pas eu le courage de déclarer au lycée, dans la fiche de renseignements de l’élève, la séropositivité de leur fils. Exposant de ce fait, ses camarades de jeu qui peuvent contacter le virus à travers une éventuelle blessure de l’adolescente. Pourtant, avec les Arv, le Hiv est devenue une maladie comme une autre, au même titre que le palu, le diabète, l’hypertension, etc. Et si le sida demeure pour certains une maladie honteuse, la recrudescence des enfants-sida est pour la communauté nationale, papa noël ou non, une plaie au cœur de la société.

Edouard Kingue

Focal: Séro-différents

«Environ 6 sur dix couples pris en charge à l’hôpital du jour sont dits ‘séro-discordants ». C’est-à-dire que l’un des conjoints est séropositif. Peuvent-ils envisager faire des enfants ? Dans ce cas, après les examens d’usages, si la charge virale du conjoint infecté est devenue indétectable comme c’est le cas pour les personnes infectées qui respectent les prescriptions médicales, les rapports sexuels pourraient être envisagés sans préservatifs. Toutefois le danger demeure. Plus surement, le couple doit plutôt envisager, en cas de projet de maternité, de passer par une insémination artificielle, conseillent les autorités sanitaires.

Edking

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