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[ Video ] Les premiers téléphones d’Afrique francophone naissent au Congo

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Les premiers téléphones fabriqués en Afrique francophone naissent au Congo. Au départ, il s’agissait de créer un ordinateur portable à moindre coût. Des contraintes de tous ordres ont fait muter le projet et Vérone Mankou est fier aujourd’hui de présenter à Brazzaville les premiers téléphones « conçus et fabriqués » en Afrique francophone.

Son entreprise, VMK, est installée dans un immeuble du centre de la capitale de la République du Congo. Dans les bureaux du personnel administratif et commercial, on est en travaux et les murs attendent encore un coup de peinture en vue d’une inauguration officielle. Mais l’usine marche. Le premier téléphone fabriqué au Congo en est sorti le 13 juillet. On accède au bâtiment après être passé dans un étroit sas, par une « douche antibactérienne » (une soufflerie), guidé par des messages en chinois.

Assis côte-à-côte le long de deux lignes de montage, quelque 70 ouvriers en blouse et casquette bleues montent les téléphones Elikia (« Espoir » en lingala, la première langue nationale du Congo) sous une lumière blanchâtre qui donne à l’ensemble l’aspect d’un bloc opératoire. Concentrés, ils travaillent dans un silence troublé sans cesse par des sonneries et des messages vocaux émis par les appareils en phase de contrôle. Deux Chinois, aidés d’un interprète, supervisent les opérations. VMK (pour « Vumbuka », « Réveillez-vous » en kituba, la deuxième langue nationale congolaise) a véritablement pris son envol en 2011 avec le lancement d’une tablette tactile, la première conçue en Afrique.

L’année suivante, l’entreprise de M. Mankou, qui a tout juste 29 ans, lançait son premier téléphone, conçu au Congo mais fabriqué en Chine. La gamme s’est ensuite étoffée et, à la suite d’un transfert de technologie avec le partenaire chinois de VMK, la production des téléphones vient de revenir au Congo.

– Explosion du marché –
Dans quelques semaines, les coques aujourd’hui importées de Chine devraient être fabriquées à Brazzaville. En Afrique anglophone, une entreprise sud-africaine, Mint Mobile, a commencé cette année à produire des téléphones dans la banlieue de Johannesburg. « Pourquoi aller faire à l’étranger ce qu’on peut faire en Afrique ? » demande M. Mankou, en blazer bleu sur une chemise au col ouvert.

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Pour cet homme qui a appris la maintenance au Congo et en Chine, l’Afrique a des atouts considérables à faire valoir. Avec la montée des salaires en Asie, « il faut trouver une nouvelle terre [de production pour l’industrie] et nous, nous pensons que c’est le Congo et l’Afrique », argumente M. Mankou, qui mise sur l’explosion de la téléphonie mobile sur ce continent pour développer son entreprise. Dans un rapport publié en 2014, l’Association des opérateurs mobiles (GSMA), qui défend les intérêts d’environ 800 fournisseurs de services télécoms dans le monde, estimait que le nombre de possesseurs d’un mobile en Afrique subsaharienne devrait grimper de plus de 60% entre 2013 et 2020, passant de 311 à 504 millions.

VMK produit quatre modèles de téléphones, allant de 11.900 francs CFA (18,1 euros) à 64.900 F CFA (98,94 euros) pour l' »Elikia L », et veut rendre ses produits accessibles au plus grand nombre.

– ‘Le temps de l’Afrique ‘ –
Les publicités de l’entreprise jouent sur la capacité d’appel d’un appareil africain, avec des slogans comme « Célébrons la renaissance africaine, voyons plus loin, soyez différents », ou encore « Jamais une technologie africaine n’a été aussi portable ». M. Mankou est en persuadé, « consommer africain, produire africain, c’est un argument très important parce que le sentiment de panafricanisme est en train de grandir auprès de beaucoup de consommateurs ».

Muet sur les états financiers de sa société, le jeune entrepreneur accepte tout juste de dire que la nouvelle usine de VMK a coûté plusieurs millions d’euros, financés en grande partie par un don du gouvernement congolais. Selon lui, l’entreprise, qui emploie environ 200 personnes, a produit en juillet son 100.000e appareil et vise à terme une production de 350.000 appareils par mois. Pour l’heure, explique M. Mankou, les ouvriers sont encore en formation, l’entreprise se heurtant à un sérieux problème de manque de qualification.

Les appareils Elikia sont en vente au Congo mais aussi depuis cette année en Côte d’Ivoire, et VMK vise bientôt le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, et la République démocratique du Congo.  M. Mankou estime que les difficultés les plus grandes qu’il ait eues à surmonter « ne sont pas vraiment les obstacles techniques », mais plutôt « psychologiques »: « on a en face de nous des partenaires et des investisseurs qui ne comprennent pas, qui ne pensent pas qu’il est possible de faire ce que nous sommes en train de faire… »

Il espère que les progrès de VMK feront changer les choses et que ses interlocuteurs accompagneront son projet. Car « techniquement, tout est à notre portée », jure-t-il.

Source : Afp

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