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Université de Buea: La grève des enseignants étouffée dans l’œuf

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Les principaux responsables, locaux de cette institution étaient invisibles sur le campus, après avoir lance un appel à la grève lundi 20 octobre 2014.

Confidence Nduru, la vingtaine sonnée, savoure son admission à la faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’ Université de Buea. Ce lundi 20 octobre 2014, elle consulte le babillard indiquant les horaires et les enseignants à rencontrer pour finaliser son orientation académique. Au niveau de l’amphi 250, l’ambiance paraît plus studieuse. Plus de 200 étudiants du département des sciences de l’éducation se délectent des connaissances débitées par le Dr Fabien Ninkam. Il parle avec aisance des techniques et de l’importance de l’évaluation dans la formation d’un apprenant. Pour lui, il n’est pas question de suivre le mot d’ordre de grève lancé par la section locale du Syndicat national de l’enseignement supérieur au Cameroun.

Plusieurs autres enseignants rencontrés dans les couloirs de l’ Université de Buea ce 20 octobre font fi de ce mot d’ordre.

Ngon Edisson, étudiant en faculté des sciences, trouve mal venu le mot d’ordre du Synes. Surtout qu’il a suivi des enseignements de géologie tout au long de la journée. Le Pr Roland Ndip, secrétaire général de l’ Université de Buea pense que la démarche des membres de la section locale du Synes est déplacée. La question de revendication des primes de recherche qui sous-tend leur mot d’ordre de grève est une préoccupation nationale. Elle concerne toute les Universités d’Etat du Cameroun.

Donc, il revient au ministre de l’Enseignement supérieur de régler cette revendication, d’après l’universitaire. Reste que malgré nos multiples demarches nous n’avons pas pu entrer en contact avec les responsables locaux du Synes. Le téléphone portable de Dr Neba Fontem, le secrétaire local de cette organisation, est resté éteint toute la journée. Depuis l’audition au courant de juin 2013 de  32 enseignants de l’ Université de Buea à la suite de la grève que les étudiants de cette institution menaient, les membres du corps enseignant avaient été indexés
par l’administration comme des «mentors» ou des «sponsors» des contestataires. Ce qui fait que depuis lors, ils ne sont plus prompts à suivre les thèses du Synes. Seuls, les Dr Angbwa, coordonnateur local du Synes et le Dr Niba Fontem continuent de porter toutes les revendications corporatistes des enseignants de Buea.

Toutefois, tout au long de la journée du lundi le reporter de Le Messager n’a pas pu les repérer sur le campus de l’ Université de Buea. Esquivaient-ils la vice-chancellor de cette institution, Dr. Nalova Lyonga Pauline Egbe, décidée de casser ce mouvement par tous les moyens. Après avoir fait le tour du campus avec les membres de son staff, elle a passé une bonne partie de son temps à rendre compte de la situation à  sa hiérarchie à Yaoundé. Et elle ne sera pas tranquille, tant que les membres du Synes n’ont pas redéfini les axes de leur revendication.

© Guy Modeste DZUDIE, Donat SUFFO | Le Messager


TASSANG  WILFRED FOMBANG: 
«L’Etat ne pense pas que l’éducation est assez importante pour y consentir assez de moyens»

Le Messager a rencontré le secrétaire exécutif national du syndicat des enseignants (Cattu) la Cameroon Teachers Trade Unions, qui passe en revue la situation du paiement partiel des frais de corrections et des sanctions qu’on qualifierait de politiques infligée par le Gce Board à certains enseignants lors de la session des examens 2013-2014. 

Des correcteurs des examens du sous-système anglo-saxon sont à couteaux tirés actuellement avec le Gce-Board, qu’est-ce qui explique ce malentendu ?

Le problème c’est au niveau de la trésorerie de l’Etat. L’Etat ne pense pas que l’éducation de nos enfants est assez importante pour qu’il y consente assez de moyens. Vous savez, l’évaluation, la certification c’est la fin de tout processus éducatif. Des enseignants se sont déployés, certains sont partis de leur domicile, leur ville de résidence, d’autres même de Garoua pour corriger pendant deux semaines voire trois les copies des examens et ils ne sont pas rentrés dans leur droit ; c’est regrettable. Nous avons appris du Gce Board que l’Etat a mis à leur disposition seulement la moitié des frais de correction des examens de la dernière session. C’est pourquoi le Board a décidé de payer la moitié des frais de déplacement. Nous nous sommes entendu avec le Board parce qu’il a peur que s’il ne débourse pas ces moyens et attend l’autre moitié pour payer dans son entièreté, il risque tomber forclos en fin d’année budgétaire et dans ce cas, ce qui n’est pas utilisé en fin d’année est reversé à la trésorerie de l’Etat. Nous allons continuer à faire pression pour que l’autre moitié soit payée avant la fin de l’année budgétaire.

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Les corrections ont pris fin en juillet, c’est en mi-octobre qu’ils reçoivent la moitié et quand on sait qu’ils ont aussi leurs progénitures à envoyer à l’école, certainement leurs enfants ont dû en pâtir ?

Nos enfants souffrent depuis, s’ils souffrent de ce retard, ce n’est que la continuité de la misère dans laquelle l’Etat a mis les enseignants. Je ne comprends pas comment le ministre des Enseignements secondaires a donné son quitus pour qu’on accorde la subvention au Gce-Board et à l’Office du Bacc et que le ministère des Finances dise qu’il n’y a pas d’argent. Où part l’argent de ce pays ? Le football ? Si c’était les Lions, on aurait déjà convoqué des sessions de réunions à la primature, toucher la présidence de la République pour y trouver une issue. Mais quand les enfants souffrent, personne ne se sent concerné au Cameroun.

Le budget est arrêté en début d’année ; si en octobre le Gce Board n’est pas en encore rentré dans ses fonds cela n’entrave pas leurs activités ?

Puisque l’examen a été corrigé, ça n’a pas entravé les activités du Gce Board. C’est plutôt les efforts des enseignants qui ont été entravés. Ils devaient envoyer leurs enfants à l’école, ils ont pris des crédits auprès des banques pour le faire alors qu’ils ont de l’argent non payé au niveau du Gce-Board. Qui va payer les intérêts de ce prêt ? Ce sont les enseignants et non le Board ou l’Etat.

Qu’est-ce que le Cattu entend faire pour que cela ne se reproduise plus ?

Nous allons continuer à faire pression pour que les frais des corrections soient payés à temps. Le premier ministre a mis en place la commission Edzoa pour étudier comment financer les examens au Cameroun. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est un bon début.

Il semble que le Cattu ne fait pas partir de cette commission ?

Oui le Cattu n’y est pas impliqué. Nous disons que le Cattu doit faire partie de cette commission parce que nous risquons demain arriver à une situation où la commission rend sa copie et le Cattu dit non.

Nous avons appris que le Gce Board a sanctionné, mieux suspendu pour trois ans trois correcteurs ( Muluh Gregory, Werewum Maurice et Bangu Thaddeus) pour avoir invité leurs collègues à dîner chez John Fru Ndi. Quelle lecture faites-vous de cette sanction ?

Le Gce Board a qualifié cela de « Examination malpractise ». Et que c’est le EEC (conseil de discipline Ndlr) du Gce Board qui a pris cette décision. Il n’y a pas de preuve, nulle part que les enseignants étaient informés de la décision du Gce-Board qu’il leur était interdit de dîner chez Fru Ndi. Est-ce que le Chairman est un pariât dans ce pays ? Le Chairman a invité les ministres et même le chef de l’Etat à prendre le petit déjeuner avec lui. Il ne peut pas inviter ses enfants (les enseignants Ndlr) manger chez lui et on les sanctionne. Moi je dis que le Gce Board est allé très loin. Amener la politique politicienne dans l’enseignement et au Gce Board singulièrement, je dis que c’est dangereux et mauvais. Nous avons demandé au Board de rétracter cette décision pour ramener la paix.

Des rumeurs ont couru que l’eau a coulé (fraude) au Gce à Yaoundé ?

Ce ne sont que des rumeurs. On dit qu’un ministre aurait, déprogrammé des matières, ce sont des supputations.

Entre inviter les correcteurs a dîner chez Fru Ndi quand ils n’ont pas de frais de mission et déprogrammer des matières avec tout ce que cela a causé aux candidats comme ce fut le cas lors de cette session d’examen,  lequel des deux actes posés constitue une mauvaise pratique dans une session d’examen ?

(Rire) Vous voulez que je devienne juge ? En fait il n’y a pas faute lorsqu’on invite les enseignants à dîner chez Fru Ndi, au terme d’une journée éprouvante de correction. Le moindre qu’aurait dû faire le Gce-Board aurait été d’écrire une lettre au chairman pour le remercier pour avoir nourri ces enseignants. Pendant les deux semaines de correction le Board ne s’est pas soucié de ce qu’ils mangeaient, ou est-ce qu’ils dormaient. L’argent qu’ils ont dépensé pour leur hébergement dans les hôtels est venu de leur propre poche et non du Board.

En ce qui concerne le changement des horaires, c’est une faute. Je pense que le Board est en train de prendre des dispositions pour que cela ne se répète plus. Nous avons appris qu’il y a eu pression sur le Gce-Board pour changer ces horaires parce que les enfants francophones qui voulaient écrire le Gce ont choisi des matières qui ne correspondaient pas aux horaires établis au départ par le Board. Parce que c’étaient des enfants des grands à Yaoundé, des ministres en l’occurrence, ils ont fait pression sur le Board qui a dû changer ces horaires pour les accommoder. Au Gce, il y a des séries. Quand la série S1 compose par exemple en physique, et que le candidat de cette série choisisse une autre matière qui est contraire au temps où se compose la physique, il doit choisir entre la physique et cette autre matière. Par conséquent, il doit automatiquement rater une de ces épreuves. Parce qu’on dit que des francophones sont forts en mathématiques, certains parmi eux ont voulu composer le Gce A Level, ils ont choisi des matières qui ne correspondaient pas aux horaires fixés par le Gce Board. Des ministres ont fait pression sur le Board qui a changé les horaires. C’est anormal.

Entretien avec Donat SUFFO

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