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Une rescapée de Boko Haram raconte les horreurs subies auprès des islamistes

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Habiba fait partie du groupe, constitué de plus de 200 femmes et enfants, libéré par l’armée nigériane le 30 avril des griffes de la secte terroriste. Elle panse ses blessures physiques et morales dans un camp à Yola, au Nigeria, près de la frontière du Cameroun.

Habiba est assise au fond de la salle où sont rassemblés, depuis samedi 2 mai, les cas les plus graves parmi les femmes et les enfants retrouvés dans la forêt de Sambisa, dans le nord-est du Nigeria, au cœur des territoires tombés sous le contrôle de la secte terroriste Boko Haram. Impossible de ne pas la remarquer, elle qui reste silencieuse dans ce brouhaha incessant, entre les discussions débridées des mamans et les pleurs des enfants. La jeune fille bouge peu, son bras gauche la fait trop souffrir. On vient de lui enlever la balle qui l’a touchée lors de sa libération, le bandage semble avoir été fait à la va-vite.

« Quand les soldats sont arrivés, murmure-t-elle, il y a eu des échanges de tirs avec Boko Haram. C’est là que j’ai été touchée alors qu’on s’était couchés sur le sol. Une dizaine d’otages sont morts. C’est quand les combattants se sont enfuis qu’on a pu sortir de la forêt. On a eu de la chance parce qu’on était à l’entrée de la forêt, les autres groupes sont gardés plus en profondeur. »

Cinq jours pour avoir des antibiotiques

Il a fallu attendre près de cinq jours pour que des antibiotiques soient distribués par les autorités sanitaires nigérianes à ces patients. Les mères ont reçu six jours après leur arrivée des biberons pour alimenter leurs enfants pourtant en état de malnutrition et déshydratation sévères. Bienvenue dans le service pédiatrique du centre médical fédéral de Yola, 700 km à l’est de la capitale, Abuja, tout près de la frontière camerounaise.

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Femmes libérées des griffes de Boko Haram dans la foret de Sambisa au Nigeria

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Dans cette pièce surpeuplée, la grave blessure d’Habiba lui donne le privilège de s’allonger sur un lit au matelas épais, quand la plupart des autres femmes et enfants dorment sur une fine mousse à même le sol. Seulement huit lits sont disponibles. Dormir est un grand mot : impossible de se reposer avec cette chaleur. Personne n’a pensé à réparer les ventilateurs au plafond, ou à en apporter. Il fait 42 °C en ce moment à Yola, 30 °C la nuit.

Quand Habiba n’est pas prostrée contre le mur, elle se recroqueville sur son lit, dos à la salle, comme si elle voulait se rendre invisible. Une manière d’éviter les caméras et appareils photos qui circulent toute la journée pour prendre leur image, sans jamais les consulter, bien sûr. Quand elle accepte de poser, elle prend le temps de remettre son voile pour cacher ses tresses et ses boucles d’oreille, mais surtout de l’ajuster pour cacher sa poitrine nue : avec ses attelles, impossible d’enfiler un tee-shirt.

La jeune fille de 16 ans est la seule qui n’a pas de bébé, mais, en raison des témoignages de viols déjà recueillis auprès d’autres captives libérées, on ne peut s’empêcher de se demander si elle n’est pas enceinte, étant restée captive pendant neuf mois des hommes de Boko Haram. Habiba, elle, assure avoir toujours résisté et refusé de s’unir avec un combattant.

« Ils nous terrorisaient pour qu’on les épouse, raconte-t-elle d’une voix monocorde. Ils nous menottaient, nous enfermaient dans des cabanes et tous les matins ils nous sortaient, nous menaçaient avec des armes pour nous demander si on voulait les épouser, si on avait changé d’avis. Si non, ils nous fouettaient et ne nous donnaient pas de nourriture. Toutes ces souffrances, certaines ne pouvaient plus les supporter, alors elles les ont acceptés et les ont épousés. »

En fait de mariage, il s’agit plutôt d’un rite sous l’autorité d’un imam adepte du dogme de Boko Haram. Une secte qui tue, kidnappe et pille, mais feint de respecter la volonté des femmes qu’elle veut marier de force à ses combattants.

© Le Monde.fr : Maureen Grisot

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