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Une journée à la prison centrale de Kondengui

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Votre site d’information a fait une immersion dans l’un des pénitenciers les plus célèbres du Cameroun qui concentre à la fois les personnes de la basse classe et de la high society, mais qui sont tous en commun de vivre le même quotidien: insalubrité, promiscuité, exiguïté de l’univers de vie, etc. 14h ce vendredi 13 février à Yaoundé. Un soleil d’enfer darde ses rayons sur la ville.

A  l’entrée de la prison centrale de Kondengui, un monde fou. Parents, amis, avocats venus voir leur proches ou clients incarcérés se signalent auprès d’une gardienne de prison assise sur une chaise: »déposez votre carte d’identité ici, puis vous donnez mille francs, car aujourd’hui n’est pas un jour de visite », m’ordonne Rita, remarquable par son physique de déménageur. On s’en doute certainement, pour accéder à la prison centrale de Kondengui, il faut être armé financièrement. Les 1000 F Cfa déboursé à l’entrée ne suffisent point. Il faut encore débourser 500 F Cfa représentant la « bière » du taximan (petits commissionnaires de la prison) à l’entrée du parloir pour être conduit auprès du détenu.

Le parloir, constitué d’une demi-douzaine de compartiments sans fenêtres séparés par un couloir exigü, accueille du beau monde. C’est un espace dans lequel les détenus peuvent échanger avec leurs visiteurs: « l’accès aux cellules est interdit », souffle un gardien de prison. Pour accéder aux différents quartiers, il faut franchir une barrière faite en matériaux provisoires où des gardiens de prison sur les dents montent la garde. Une fois le cordon traversé, bienvenue dans le monde de la plèbe. Tout de suite, nous sommes assaillis par de jeunes gens en guenilles et trépus  qui n’attendent de vous qu’un geste de coeur: »le big (grand frère,ndlr) il n y a pas ngoma ( 50 F Cfa, ndlr) là pour moi?, grand frère, s’il te plait je veux 100 F Cfa ».

Sur la grande cour, d’autres jeunes gens se livrent à une partie de football. Le visiteur est frappé par un bruit assourdissant qui s’en élève. Sur le bas côté de ce terrain de foot, un hangar ou des commerçantes propose de la nourriture à tous les goûts aux détenus. Non loin de là, se trouve le quartier 4. C’est dans ce quartier que se trouve l’écrivain et homme politique Enoh Meyomesse, reconnu comme prisonnier politique par la communauté internationale: »c’est dans ce quartier que loge la classe moyenne », nous renseigne Enoh.

C’est aussi un lieu qui sert de case de passage aux nouveaux détenus qui reviennent du parquet, avant leur affectation dans un quartier. Au rez-de-chaussée comme à l’étage de ce quartier, on peut apercevoir des habits séchés au soleil, de seaux, de la vaisselle, etc.

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Quartier « Spéciale »

A un jet de pierre se trouve la Spéciale 4. Elle parait plus moderne de par son standing et semble avoir reçu un coup de peinture bleu-ciel ces derniers jours. C’est dans ce quartier Vip que séjourne certains anciens hauts commis de l’Etat victimes de la campagne anti-corruption Epervier: « le big (grand frère, ndlr), quand tu ya (apprend, ndlr) souvent à la radio qu’on a hol (mis aux arrêts, ndlr) un kapo (haute personnalité, ndlr), c’est ici qu’il est », nous informe un jeune détenu. Il s’agit de l’ancien directeur général de la radio et télévision nationale, Gervais Mendo Ze, de l’ancien secrétaire général à la présidence et prisonnier politique, Jean Marie Atangana Mebara, de l’ancien premier Ministre , Ephraïm Inoni etde l’ancien président de la Fecafoot Iya Mohamed.

Nous apercevons d’ailleurs ce dernier qui traverse la cour bruyante de la prison en compagnie de ses visiteurs, vêtus de gandoura. Dans l’indifférence totale de la foule de jeunes détenus qui gambadent sur le terrain. L’ancien ministre de la Santé, Urbain Olanguena Awono, qui passe par là d’un pas alerte, ne bénéficie lui aussi d’aucune attention. Vêtu d’un pantalon super sang et d’un tricot tous de couleur marronne, M.Olanguena Awono semble avoir perdu de sa splendeur et quelques kilos. Ce dernier est logé au quartier 7, à un jet de pierre du tristement célèbre Kosovo, un quartier qui héberge des détenus à la moralité peu recommandable.

Le quartier ne paye pas de mine: odeur d’égout, insalubrité, surpeuplement, murs défraîchis, difficile d’y consommer de la nourriture avec appétit. Pour se rendre au quartier des femmes, il faut longer le couloir qui sépare l’infirmerie de la Spéciale 4. A l’entrée, on peut lire la date du jour « 13 février 2015″ et le nombre de détenu « 123 », parmi lesquels, l’avocate franco-camerounaise Me Lydienne Eyoum. 15h30. Il faut quitter la prison. Mais avant, il faut payer « la bière » du gardien de prison qui filtre les entrées non loin du parloir. Ainsi va la vie à la prison de Kondengui. Carrefour d’hommes et de femmes de différentes classes mais unis par le même destin:celui d’une vie carcérale difficile à tenir.

Via Camer.be

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