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Un réseau de délivrance des fausses CNI démantelé

CNI-Carte nationale-d’identité-nationalité-camerounaise

L’intermédiaire encaissait entre 40.000 et 100.000 Fcfa. Boko Haram profite-t-il des failles du dispositif de délivrance des documents liés à la nationalité camerounaise pour s’infiltrer aisément sur le territoire national ? Assurément, oui. C’est la raison pour laquelle la secte ne lésine sur aucun moyen pour contourner les dispositions prises par les autorités afin de sécuriser la nationalité camerounaise. C’est ainsi que depuis longtemps, elle concentre ses efforts sur les certificats de perte des CNI que lui délivrent aisément des fonctionnaires de police véreux.

A Mora, un réseau qui n’a pas encore livré tous ses secrets, vient d’être démantelé. Tout commence quand le commissaire de la sécurité publique de la ville, l’officier de police principal Litchaossou François, est convoqué au début du mois d’août à l’Unité régionale du Contrôle des services à Maroua. Ici, il doit justifier sa signature sur de nombreux documents tels que les copies d’actes de naissance, les attestations de perte  de CNI et bien d’autres documents interceptés lors de différents contrôles des forces de défense et de sécurité. L’officier de police plaide l’imitation de sa signature, et ouvre à son retour une enquête qui porte rapidement des fruits.

Le nommé Alamine Chachimi est interpellé le 12 août 2015, alors qu’il s’apprêtait à faire délivrer à un certain Modou Valna, refugié nigérian installé à Mora, une attestation de perte de la carte nationale d’identité. Lors de la perquisition de son domicile au quartier Mora Massif, les enquêteurs découvrent une impressionnante quantité de photocopies de cartes d’identité. Pis, à lui seul, il est détenteur de trois CNI. «Depuis mon arrivée dans ce commissariat, ce monsieur venait au moins trois à quatre fois par jour pour solliciter l’établissement de la carte nationale d’identité ou l’attestation de perte des usagers. Cela ne m’a pas paru clair et je lui ai tendu un piège sur un dossier.

Il était venu ce jour avec une photocopie d’une carte d’identité au nom de M. Malloum Moussa et a cherché à tromper notre vigilance pour établir une attestation de perte à M. Modou Valna à qui il avait pris une somme de 40.000 francs au quartier. Après la perquisition à son domicile, on s’est rendu compte qu’il avait décollé des photos sur des CNI et les avait fait photocopier sur d’autres pour prouver que la carte avait été délivrée effectivement au commissariat», explique l’officier de police Wang Woré, chef de secrétariat du commissaire. Le mis en cause, Alamine Chachimi, rejette les accusations portées contre lui. S’il reconnaît avoir perçu la somme de 40.000 Fcfa chez le nommé Modou Valna, il affirme ne s’être livré à aucune falsification.

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Le montant à débourser pour obtenir un certificat de perte de CNI n’est pas une information nouvelle. A Mora, personne n’ignore que ce document est obtenu moyennant le déblocage d’une somme d’argent oscillant entre 40.000 et 100.000 Fcfa. En tout cas, le «client» de Alamine Chachimi a lui aussi été arrêté. «Je suis né à Zélévet. Je suis d’ethnie Mafa, mais j’ai grandi à Bama au Nigeria. J’ai fui Boko Haram qui nous tuait de l’autre côté et je me suis retrouvé à Mora. Dès mon arrivée, je suis allé chez le chef du quartier qui m’a enregistré et a récupéré ma carte du Nigeria. Mais un jour, des gens m’ont orienté vers Alamine Chachimi. Il m’a réclamé 5.000 francs pour l’établissement d’un document provisoire et 35.000 francs pour obtenir l’original de la carte d’identité informatisée. Je ne fais pas partie des Boko Haram. À Bama, je travaillais comme boucher», explique Modou Valna du fond de la cellule au commissariat.

En attendant que l’enquête livre tous ses secrets, il reste de nombreuses questions en suspens. Primo : le nommé Alamine Chachimi n’est pas un inconnu du commissariat de sécurité publique de Mora, puisque selon les propos de l’assistant du commissaire, celui-ci y venait trois à quatre fois par jour pour la signature de divers documents. Dans ces conditions, qui signait les documents supposés faux ? Sa fréquentation assidue du commissariat soulève une autre question : qui sont ses complices au sein de cette unité ? Enfin, quelle est l’ampleur des dégâts ? «Alamine Chachimi a fait délivrer de nombreux documents à des individus ou groupes d’individus. Avec ou sans sa complicté, la secte a profité de son couloir pour se procurer des documents puisqu’il était connu de tous à Mora qu’il était un intermédiaire sûr. A 40.000 Fcfa l’unité, imaginez ce que la signature de 200 certificats de perte de CNI peut produire ? Or, il a fait signer des milliers de documents. Je dois vous dire que c’est la corruption qui porte un rude coup au combat du chef de l’Etat et des Camerounais contre Boko Haram», explique Harouna Ismaël, commerçant à Mora.

Pour couper l’herbe au pied des accusateurs qui le pointent du doigt, le patron du commissariat de sécurité publique de Mora préfère miser sur la transparence dans l’enquête ouverte. «Je suis déterminé à conduire cette enquête jusqu’au bout. D’ailleurs, je connais un de mes collaborateurs qui imite ma signature pour délivrer des faux documents aux usagers. Une plainte sera déposée contre lui et nous allons également ouvrir un dossier disciplinaire. J’ai intercepté plusieurs attestations de perte dont la signature ne ressemble pas à la mienne», informe-t-il. Ses collaborateurs, eux, ne croient pas un traitre mot de sa bonne foi. Ils affirment sous cape qu’il ne dit pas toute la vérité sur cette affaire et suggèrent qu’elle soit menée par des enquêteurs indépendants.

«Dans une zone aussi sensible que Mora, qui voit défiler des milliers de réfugiés, et que vous confiez le commissariat à un quelqu’un qui prépare sa retraite, c’est certain qu’il peut y avoir du grabuge», regrette un policier en poste à Mora.

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