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Un policier accusé de Collusion avec Boko Haram

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Il fait l’objet d’une enquête interne.

Le gardien de la paix Cyrille Montegue se mord certainement les doigts aujourd’hui. Depuis le 29 septembre 2014, jour de son interpellation, il est cuisiné par ses collègues de la police, à Maroua avant un transfert à Yaoundé. Ceux-ci le soupçonnent de collusion avec la secte islamiste Boko Haram. En service au commissariat de sécurité publique de Mokolo, le policier se livrait à une activité d’un autre genre pendant que l’unité administrative dans laquelle il travaillait est en proie à des incursions récurrentes de Boko Haram dont la plus récente, le 21 septembre 2014, a causé la mort de 41 civils et du gendarme Lidjeck Réné dans les villages Ldamang, Ldubang et Lding-ding situés dans les environs de Tourou.

Ses environs étant particulièrement sensible puisqu’ils concentrent l’essentiel des activités de la secte dans le secteur, Tourou fait donc naturellement l’objet d’une attention particulière des forces de défense et de sécurité. Le sous-préfet de Mokolo, Théophile Nguia Beina, a même été contraint de réactiver les comités de vigilance à qui il a d’ailleurs remis le 26 septembre 2014, des machettes, des lampetorches, des gilets, des sifflets, des bottes et des piles électriques pour appuyer les forces de défense ou donner l’alerte en cas de besoin.

Ce sont les membres d’un de ces multiples comités de vigilance, équipés de leur nouveau matériel, qui vont mettre un terme aux agissements du gardien de la paix Cyrille Montegue. «Il raccompagnait des Nigérians à la frontière alors même que celle-ci était fermée quand lui et ses clients ont été stoppés net par des membres d’un comité de vigilance. L’enquête en cours va déterminer si l’on a affaire à un réseau d’exfiltration des membres de Boko Haram ou alors à un trafic ponctuel de reconduite des personnes aux frontières», explique une source proche de l’enquête.

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Le policier a sans doute sous-estimé la témérité des membres du comité de vigilance, à moins qu’il ne soit coutumier du fait. En effet, malgré l’interdiction de traverser la frontière à lui servie par les membres du comité de vigilance, le gardien de la paix a tenu à faire valoir sa qualité de policier pour bousculer le dispositif en place. Mal lui en a pris puisque l’alerte a été immédiatement donnée, entraînant l’arrivée des éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR).

Sur les nerfs depuis plusieurs semaines aujourd’hui, les hommes du BIR, surpris par le «travail du policier», l’ont immédiatement interpellé et conduit à Mokolo. A Mokolo, des policiers s’étonnent de l’envergure donnée à cette affaire. «De nombreux policiers se livrent à ce trafic qui consiste à reconduire les réfugiés à la frontière contre paiement d’un petit pactole. C’est un trafic juteux qui est connu. Si l’on veut extirper la mauvaise graine du sac, il faudra aller au-delà de l’enquête contre notre collègue», explique un policier en service à Mokolo.

La police a en effet tout intérêt à faire le ménage dans ses rangs dans une unité administrative au risque de fragiliser la lutte acharnée menée contre la secte islamiste. Car comment reconnaître parmi les réfugiés reconduits illégalement à la frontière, les paisibles citoyens nigérians des membres infiltrés de Boko Haram ? «La démarche de la police est à saluer, mais elle doit faire plus pour purger ses rangs. Il ne faut pas que la cupidité de quelques-uns de ses éléments mettent en danger la vie des populations et des soldats engagés au front.

Les déviances comme celles-là doivent être sanctionnées avec la dernière énergie», affirme un haut gradé de l’armée en poste à Maroua.

© L’Oeil du Sahel : RAOUL GUIVANDA

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