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Un blanc succède a Michael Sata le président Zambien décédé

Michael Sata - Zambie - Guy Scott

Celui qui était encore vice-président jusqu’au décès de Michael Sata, mardi soir à 77 ans, assurera l’intérim jusqu’à l’élection présidentielle anticipée qu doit se tenir d’ici fin janvier

Après la mort du président zambien Michael Sata mardi soir à 77 ans, son vice-président Guy Scott assurera l’intérim et sera le premier chef d’Etat blanc en exercice en Afrique subsaharienne depuis la chute de l’apartheid en Afrique du Sud. Surnommé le « roi Cobra », connu pour son punch et son franc-parler, M. Sata a succombé à Londres à la maladie qui le tenait largement à l’écart de la scène publique et alimentait une féroce bataille de succession à la tête de son pays, grand producteur de cuivre.

L’intérim jusqu’à l’élection présidentielle anticipée, qui doit se tenir d’ici fin janvier, sera assuré par le vice-président Guy Scott, d’origine britannique. Il deviendra ainsi le premier chef d’Etat blanc aux affaires en Afrique subsaharienne depuis la chute de l’apartheid en 1994. Il ne pourra pas se présenter à la présidentielle, selon la Constitution, car ses parents n’étaient pas zambiens. Les Etats-Unis ont dit prévoir une « transition pacifique et constitutionnelle », dans un message de condoléances où ils saluaient la nomination de M. Scott. Après des mois de déni, de fausses alertes voire de répression contre quiconque osait évoquer la mauvaise santé du président, le secrétaire général du gouvernement Roland Msiska a annoncé le décès de Michael Sata, à l’hôpital King Edward VII de Londres. « C’est le coeur lourd que je vous annonce le décès de notre bien-aimé président Michael Sata », a déclaré M. Msiska à la radio.

Le décès de M. Sata, démocratiquement élu en 2011, clôt une présidence de trois ans marquée par une dérive autoritaire et des liens resserrés contre toute attente avec la Chine, qui a d’importants intérêts dans les mines de cuivre. Le cuivre assure 70% des recettes d’exportation de ce pays d’Afrique australe (7e producteur mondial), abondamment doté en ressources naturelles, terres, forêts, eau, cuivre, cobalt et émeraudes notamment.

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Malgré la très vive lutte politique qui les opposait, l’ex-président Rupiah Banda, poursuivi par la justice sous le régime Sata, a rendu un hommage appuyé au défunt: « Michael Sata était plus qu’un serviteur de l’Etat. Il était un compétiteur passionné, un homme de conviction et de détermination (…) et pour moi, malgré tout ce qui nous opposait, un ami ». Dans un appel au calme à ses compatriotes, l’ex-président a ajouté: « Nous avons déjà connu de telles périodes dans le passé, et nous les avons surmontées parce que nous étions unis. Faisons en sorte de laisser de côté pendant cette période ce qui nous sépare ».

Jeudi a été décrété jour de deuil national. M. Sata n’avait plus été vu en public depuis son retour de l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier à New York, où il n’avait pas pu prononcer son discours. Le 19 septembre, il avait refait surface au parlement zambien pour clamer: « Je ne suis pas mort ». Longtemps champion des slogans anti-chinois lorsqu’il était dans l’opposition, M. Sata avait pris le temps en juin de longuement recevoir une imposante délégation chinoise emmenée par le vice-président Li Yuanchao, et de signer plusieurs accords.

La Zambie avait connu un régime de parti unique sous son premier président Kenneth Kaunda –toujours vivant et âgé de 90 ans– du début des années 1970 jusqu’en 1990, mais a vécu depuis deux alternances pacifiques. Pour la présidentielle anticipée, Edgar Lungu, le ministre de la Défense, pourrait être le candidat du Front patriotique (PF), le parti arrivé au pouvoir avec M. Sata en septembre 2011. Mais il n’est pas le seul sur les rangs. Pays classé parmi les économies néo-émergentes, à fort potentiel quoique encore risqué, la Zambie enregistre depuis dix ans une croissance supérieure à 6% et mène une politique d’industrialisation d’inspiration chinoise.

Cet essor et les profits tirés du cuivre n’ont cependant pas entraîné une réduction significative de la pauvreté et le chômage, ce que M. Sata dénonçait à chacune de ses campagnes, avant de décevoir ses propres amis politiques une fois au pouvoir. « Le Sata pour lequel le peuple zambien a voté est mort il y a longtemps. Celui que nous avons au palais présidentiel est un autre Sata », avait dénoncé l’an dernier le père Frank Bwalya, ancien proche de M. Sata passé dans l’opposition.

JournalDuCameroun

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