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Torturé, il meurt à la gendarmerie à Dimako

Apres avoir été battu par trois gendarmes, un jeune homme de 29 ans, accusé de vol des pièces d’un congélateur appartenant au sous-préfet de l’arrondissement de Ngoura, décède dans sa cellule. Ngama Ndoke Anicet, âgé de 29 ans, frigoriste de profession est mort le 25 janvier dernier dans la cellule de la brigade de gendarmerie de Dimako.

Il aurait été torturé par trois gendarmes, à savoir le Maréchal des logis Mopock Bobo, le Marechal des logis Elanga Emmanuel et l’adjudant Mbembe Benjamin, tous en service dans cette unité. Le jeune Ngama prêtait ses services à un hôtel de Dimako dont le propriétaire est Jules Adam Tombocka, le sous-préfet de Ngoura. Le défunt aurait subtilisé les pièces du congélateur de l’hôtel, ce qui lui aurait valu une plainte déposée à la brigade par le propriétaire de l’établissement.

Informés de sa présence au quartier Nord, l’Adjudant Mbembe et ses deux collaborateurs (Mopock Bobo et Elanga Emmanuel) se sont lancés à sa poursuite. Le jeune Ngama sera bloqué dans sa fuite par un marécage. Il sera ensuite transporté à la brigade. « J’ai été gardé à vue à la brigade de Dimako du 22 au 27 janvier 2015 pour vol. Avant l’arrivée de feu Anicet, nous étions trois. Un Centrafricain, un ressortissant du Nord Cameroun et moi. Anicet a été copieusement bastonné par les gendarmes, ils étaient au niveau du secrétariat de la brigade, notre attention a été attirée quand il suppliait les gendarmes de lui servir de l’eau à boire et de lui donner le temps de respirer », explique Mandele Gabriel, gardé à vue au moment où le défunt est conduit à la brigade.

Notre interlocuteur précise par la suite : « Le couloir cédant à la cellule est rétréci par quatre motos et plusieurs sacs de maïs. Quand les gendarmes ont ouvert la porte de la cellule, on l’a vu, il était couché sur le dos, malgré qu’il présentait des signes de fatigue avancée, les gendarmes l’ont obligé à entrer. Ne pouvant pas se tenir sur ses pieds il s’est efforcé et a réussi à entrer péniblement dans la cellule.» Le témoin ajoute : « Il sollicite notre aide pour s’asseoir, les deux autres ont refusé, je lui ai apporté mon aide malgré qu’on était dans l’obscurité. Apres, il s’est allongé. Il respirait bizarrement, nous avons alerté le gendarme de garde, il est venu passer une lampe torche à travers un trou au dessus de la porte de la cellule, mais sans ouvrir la porte. Quelques minutes après, nous avons constaté qu’il ne respirait plus, nous informons à nouveau le gendarme, il nous renvoie la torche par le même circuit. »

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Le gardé à vue qui a vécu les derniers moments du défunt conclut : « Nous constatons avec regret qu’il a rendu l’âme, les yeux ouverts, le pied gauche au dessus du pied droit». Informé, le Commandant de Brigade, l’Adjudant Chef Mbemb Karl, saisit sa hiérarchie. Le commandant de la Légion de Gendarmerie et le Commandant de Compagnie descendent sur les lieux. Le corps de la victime sera transporté et gardé à la morgue de l’hôpital régional de Bertoua par le commandant de brigade lui-même qui, curieusement, déclare qu’il s’agit d’un accidenté de la voie publique (Avp).

« Quand j’ai demandé l’origine de la mort on m’a assuré que c’était un accidenté de la voie publique », affirme le morguier de l’hôpital régional de Bertoua. Face à cette confusion, Gbapol Jean Marie, le père du défunt, décide d’en savoir plus sur les causes exactes de la mort de son fils. Il saisit le Commissaire du Gouvernement près du Tribunal Militaire de l’Est le 03 février 2015. Une autopsie de la dépouille est alors ordonnée. « Le décès du patient est dû à une hémorragie interne sévère dans un contexte de poly traumatisme thoraco abdominal suite à une agression physique », peut-on lire dans la conclusion du rapport de l’expertise médico-légale fait le 16 février par le Docteur Dzukou Tamuedjon Romuald, médecin en service à l’hôpital régional de Bertoua. Le 18 février 2015, le Commissaire du Gouvernement prés du tribunal militaire de l’Est est à nouveau saisi pour une plainte contre les trois gendarmes mis en cause pour torture, coups mortels, omission de porter secours.

© Le Jour : Charles Mahop

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