Features

Suzanne Kala Lobé: «Le Ngondo a vendu son âme»

suzanne_kala_lobe_Ngondo

Dans sa chronique du mardi 09 décembre, l’éditorialiste du Quotidien La Nouvelle Expression critique la soumission des organisateurs de cette grande fête culturelle des peuples de la côte aux sponsor et le « bradage » du site historique de l’événement au milliardaire nigérian Aliko Dangoté.

Pour Suzanne Kala Lobé, éditorialiste au Quotidien La Nouvelle Expression et membre du Conseil National de la Communication (CNC), la dernière édition du Ngondo qui s’est achevée dimanche dernier sur les berges du Wouri, a eu du mal à trouver ses marques. «Entre l’ascétisme qu’impose le respect d’une pureté éthique et culturelle et la frivolité désinvolte d’une soumission aux sponsors au nom de l’argent, le Ngondo a posé le genou à terre pour recevoir la bénédiction de la mousse de bière (référence à Castel, ndlr), les décharges électriques (réf à Eneo, ndlr) et le ciment en béton (réf à Dangote,ndlr) », remarque la journaliste pour qui cette inondation de marques ajoutée au problème d’espace qu’elle a connu a fait perdre à la fête culturelle Sawa, sa superbe d’antan.

Suzanne Kala Lobe pense que le Ngondo a «vendu son âme au Dieu argent». Un argent qui ne profite malheureusement qu’à «quelques uns de ses membres désargentés», remarque-t-elle. «Si les rites sacrés sont restés intacts – nul ne peut savoir puisqu’ils sont secrets- le Ngondo dans sa forme, son fond et ses couleurs a reçu un sac de ciment dans son cœur et l’eau du fleuve a bétonné sa mémoire, sa légende, son souffle et effacé son étymologie.» A-t-elle indiqué.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Critiquant le bradage du site historique de la célébration du Ngondo à Aliko Dangote qui y a bâti une cimenterie, Suzanne Kala Lobé estime que la mobilisation des peuples de la Côte pour protester contre cet accord entre l’Etat et le milliardaire nigérian n’a pas eu de poids face à «des enjeux de spéculation et d’exploitation imposés par l’accélération du libéralisme le long des côtes africaines».

Maintenant qu’à partir de la prochaine édition, le Ngondo est appelé à se déporter de l’autre côté du Pont du Wouri, «sur une rive déchargée d’histoire et de mythes», ses rituels seront désormais réduits à un « simple folklore », pense Suzanne Kala Lobé pour qui le calcul de l’Etat qui n’a pas hésité à céder cette terre sacrée contre 50 milliards de Francs Cfa et la promesse de 1277 emplois d’ici 2018 a été «simple, rapide et cynique». «Que pèse le Ngondo, ce rassemblement des peuples Sawa à côté de la perspective de 50 milliards quitte à piétiner l’esprit des ancêtres de la Côte ? Rien vraiment rien : il suffit de donner au Ngondo un autre site de l’autre côté du fleuve et les ancêtres n’en souffriraient guère», ironise-t-elle.

Le nouveau site offert par l’Etat n’a pas encore été viabilisé.

© Wiliam Tchango | CIN

Populaires cette semaine

To Top