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Suisse: Révélations sur le séjour du chef de l’Etat Paul Biya à Genève

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Entre des scandales au Cameroun, le pavé dans la mare du quotidien Le Monde et l’assaut du CODE, le chef de l’Etat souffle le chaud et le froid. Le séjour genevois de Paul Biya n’est pas de tout repos. D’abord le scandale de l’Institut des relations internationales du Cameroun où il a dû intervenir pour apaiser la colère de l’opinion publique, ensuite l’affaire du photomontage sur le site de la présidence de la République.

Dans ce dernier cas, il a instruit une enquête pour débusquer les auteurs. Mais alors qu’il pensait pouvoir se reposer paisiblement, le week-end dernier, c’est le quotidien Le Monde qui sonnait à nouveau la charge en faisant des révélations sur la santé du couple présidentiel. Ce dernier évènement a été très mal perçu par le chef de l’Etat.

Très vite, la thèse du complot filtre. Dans son entourage direct, certaines personnes accusent des responsables à Yaoundé d’avoir délibérément rendu publique l’information. Car, à Etoudi d’après diverses sources, la santé du président de la République a cessé d’être un sujet tabou. Certains noms sont évoqués. Sous cape. Paul Biya est en colère, car il n’a vu venir la divulgation de cette information sensible. Parti en urgence le 1er mars du Cameroun à la veille du sommet de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale (Cemac), qui sera finalement reporté, il avait pris la précaution de réduire au maximum sa suite officielle. En dehors de son épouse, on y retrouve Martin Belinga Eboutou (ministre, directeur du cabinet civil de la présidence de la République), Contre-Amiral Fouda Joseph (Conseiller spécial du président de la République) et Simon Pierre Bikelé (chef du protocole d’Etat).

Le Monde a pris sur lui de donner les premières indiscrétions sur ce «court séjour privé». Après les révélations sur son site Internet, dans sa nouvelle section «Le Monde Afrique» vendredi soir, et sa large diffusion sur les réseaux sociaux, les officiels camerounais dès le lendemain entrent en contact avec le journal français. Ils exigent dans un premier temps le retrait de l’article. Mais le journal s’y oppose. Ils menacent par la suite de porter plainte. Rien n’y fait. Mais afin de tempérer Le Monde va publier samedi, dans la soirée, une nouvelle version du texte qui confirme les informations sur la santé du couple, mais avec un titre retouché.

A Yaoundé, la thèse d’un complot de l’extérieur refait surface. Pourtant les choses semblent plus compliquées. D’ailleurs, on se demande encore pourquoi les autorités camerounaises (tant le Mincom que l’ambassade de France) n’évoquent pas l’éventualité d’un droit de réponse ou de poursuites judiciaires contre Le Monde. Au départ de ces révélations, se trouve la prolongation par le président de Biya de son séjour en Suisse. En effet, d’après certaines sources, le séjour de Paul Biya était prévu pour durer 10 jours. Sa délégation et lui devaient  quitter  l’hôtel Intercontinental de Genève le 11 mars 2015. Mais quelques jours avant l’expiration, la délégation Cameroun (probablement sur instruction du chef de l’Etat) a demandé à l’hôtel de prolonger les réservations jusqu’au 20 mars 2015.

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Opération Fotokol

Une situation qui a fortement embarrassé la direction de l’hôtel Intercontinental. Car, devait se tenir du 16 au 17 mars dans les salons de l’hôtel Intercontinental de Genève, l’Africa Ceo forum, qui regroupe des centaines de patrons des grandes entreprises africaines. Les organisateurs avaient ainsi réservé des chambres à cette occasion. Face à cette décision des autorités camerounaises, la direction de l’hôtel a été obligée de reloger rapidement de nombreux participants au Ceo Forum. Une situation qui aura également fortement déplu aux organisateurs.

Vendredi matin (13 Mars 2015), les éléments sur la santé du couple présidentiel commencent à filtrer dans l’es salons camerounais à Paris, venant ainsi accréditer une rumeur qui circulait depuis quelques jours. Notamment sur la santé de la première dame, qui avait été aperçue à Paris. Des journalistes camerounais sont contactés pour rendre publique l’information. L’objectif étant de contraindre le chef de l’Etat à partir de l’hôtel. Dans le flot d’informations communiquées figure également les coûts des chambres louées par la délégation camerounaise.

Dans ce document, on peut lire :

«Accompagné d’une délégation d’une quarantaine de personnes, il squatte la suite présidentielle à 50.000 francs suisses par jour (soit 47.000 ?, ou 30 millions de francs cfa), ses collaborateurs se «contentant» de chambres à 500 Fs (300.000 francs cfa). Si l’on ajoute la nourriture et les boissons (classiquement : 50% des frais de séjour), on aboutit au chiffre intéressant de 100.000 FS par jour. Soit, pour la totalité du séjour présidentiel du 1er au 20 mars : 2 millions de Fs. Soit 1,250 milliards de francs cfa I»

Pendant que les autorités camerounaises réfléchissaient sur la riposte au journal «Le Monde» et cherchent à savoir qui ce cachent derrière la divulgation de ces informations, Brice Nintcheu et Junior Zogo du Code (une organisation des Camerounais de la diaspora) nourrissent dans le plus grand secret un projet d’assaut sur l’hôtel Intercontinental. Une opération qu’ils baptiseront «Opération Fotokol». Elle aura lieu dans l’après-midi de dimanche. Dans une vidéo de 17 minutes qui circule sur les réseaux sociaux, on peut les voir en train de crier devant l’hôtel : «Paul Biya est au 6ème étage, qu’il rentre au Cameroun, nous sommes en guerre». Il aura finalement fallu l’intervention de la police pour enrayer cet assaut.

BORIS BERTOLT, A PARIS | Mutations

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