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Sud-ouest: Scandale dans la police

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Le Commissaire principal Dina ESSOKA Hélène suspendue pour avoir mis à jour le détournement de 2800 hectares de terres dans le Fako. Indexés par les populations et les faits : le Gouverneur du Sud-ouest, le préfet du Fako, le Maire de Buea et de nombreux responsables de l’Administration

Depuis le mois de Juin 2014, une situation à tout le moins bizarre se joue du côté de Buea : une Commissaire de police principale, chef du Contrôle des Services (Police des polices) demeure suspendue de ses fonctions en violation même des textes de la Police pour avoir fait son devoir. Elle a ouvert une enquête qui lui a permis de découvrir que plus de 2800 hectares de terres du département du Fako sont méthodiquement détournées depuis quelques années avec la bénédiction et la participation active des plus grands responsables de l’administration en place. Il n’en a pas fallu plus pour qu’elle soit mise sur le gril par sa hiérarchie, comme le dit souvent le journal le Popoli : « c’est vachement laid !

On nous faisait croire tous les jours qu’avec l’arrivée de Martin MBARGA NGUELE, emblématique commissaire divisionnaire, à la tête de la Police, celle-ci allait retrouver ses lettres de noblesse, qu’elle allait accomplir toutes ses missions avec l’intégrité nécessaire, sans plus être taxée de corruption, de concussion, de népotisme ou d’excès de pouvoir.

Mais avec ce qui se passe du côté de Buea depuis le mois de juin 2014, l’opinion est en droit de douter de la moralité intrinsèque de notre Police ainsi que de celle de ses grands responsables.

Car comment comprendre qu’une grande responsable de la Police placée à la tête d’une unité justement spécialisée dans la préservation de la morale publique soit maltraitée, humiliée, mise à l’écart et ostracisée parce qu’elle a découvert dans son enquête que les plus grands patrons de l’Administration de la région du Sud Ouest sont mouillés jusqu’au cou dans de scandaleuses jongleries foncières dans la région du Fako ?

Comment comprendre que ce soit la haute hiérarchie de la Police nationale – jusqu’au Délégué Général lui-même – fasse comme si elle n’avait pas mesuré la gravité des faits, optant plutôt pour l’irréaliste option de noyer un poisson ?

Les journaux paraissant dans la région du Sud-Ouest n’en finissent pas de hurler depuis plus de six mois à cause de ce qui a depuis  lors pris tous les contours d’une injustice flagrante et révoltante : « The Médian » du 09 Février dernier tirait en grande Une : « Peurs, larmes et anxiété à Buea : Un commissaire principal persécuté à cause de la mafia du détournement des terres du Fako ».

Autre récente publication : « The Post » a tout récemment affiché sur cinq colonnes à la Une : « une commissaire principale suspendue de ses fonctions pour avoir enquêté sur le détournement des terres du Fako ».

C’est dire à quel point cette situation atypique et tout simplement honteuse tant pour la Police que pour les hauts responsables de l’Administration suscite grincement de dents et gorges chaudes du côté de Buea où personne n’ignore rien du scandaleux détournement des terres exploitées pendant plus d’un siècle par la CDC, mais rétrocédées aux communautés villageoises autochtones.

Tout a commencé quand en réaction aux plaintes et récriminations de plusieurs citoyens déposées à son bureau, la Commissaire principale Dina ESSOKA Hélène, Chef du Contrôle des Services (Police des polices), toutes relatives à de troublantes captations de terres dans le département du Fako, elle en informa sa hiérarchie qui lui donna le feu vert pour ouvrir une enquête.

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En l’espace de quelque temps seulement, elle faillit tomber en syncope à cause de l’énormité de la réalité qu’elle mit à jour sur le terrain.

Elle découvrit par exemple comment Chief ISUME NYOKO, chef du village de Bova 2 a été intimidé afin qu’il créée un village nommé Wonjoku, et dont le chef devait être EKEMA Patrick, actuel Maire de Buea.

En fait Wonjoku est un quartier du village Bova II. Mais comment le chef d’un village peut-il, du jour au lendemain, et sur des pressions occultes, présenter Wonjoku, qui n’est qu’un minuscule quartier de son village, comme un village à part ?

C’est un peu plus tard que la commissaire principale allait découvrir que Wonjoku qui n’existe pas en tant que village venait de bénéficier d’une rétrocession de 50 hectares de terres. Et à en croire des affirmations de l’avocat du village Bova II, Me IKOMI NGONGI, l’actuel gouverneur de la région du Sud-Ouest, OKALIA BILAÏ y est propriétaire de trois hectares.

Poussant plus avant ses investigations, la patronne de la Police des Polices dans le Sud-Ouest allait découvrir que tous les grands patrons de l’Administration étaient mouillés à un degré ou à un autre dans ce hold-up cohérent : le Gouverneur, le Préfet du Fako, le Sous-préfet, une pléiade de responsables des Domaines, et même le Délégué Régional de la Sureté Nationale du Sud-ouest, voire des magistrats.

Elle transmit ces hallucinantes découvertes à son supérieur hiérarchique direct, l’Inspecteur Général, Patrice DOUN NDONGO qui, en retour, l’encourage à aller de l’avant.

Dès que les responsables du Sud-Ouest réalisèrent que la Commissaire Principale Dina ESSOKA avait mis le nez dans le pot aux roses, le Délégué Régional de la Sûreté Nationale du Sud-ouest saisit le Délégué Général de la Sûreté nationale, lui demandant d’ordonner l’arrêt de cette enquête susceptible, selon lui, « de susciter des troubles ».

Avant même que des réactions ne proviennent de Yaoundé, le Délégué Régional qui n’est pas le supérieur hiérarchique de la Commissaire principale Dina ESSOKA entreprit de la menacer, de la conspuer en public, de l’admonester devant des subalternes, et même de la menacer de révocation. Incroyable !

Le 2 Juin 2014, elle est notifiée de sa suspension pour une durée de trois mois pour (tenez-vous bien) « insubordination, insolence », donc l’enquête s’arrêtait.
« Insubordination » et « insolence » non explicitées sur la mesure signée du Délégué Général en personne.

Personne n’a démontré ou apporté la preuve du contraire que la Commissaire principale Dina ESSOKA aurait inventé des accusations. D’ailleurs de nombreuses pétitions écrites par des Communautés villageoises sont adressées depuis plusieurs mois à la Présidence de la République, au Premier ministère et même au MINATD. La suspension du Commissaire principal Dina aurait dû prendre fin au mois de septembre 2014. Malheureusement, à ce jour, elle demeure toujours suspendue, son salaire bloqué, et n’a toujours pas été sanctionnée officiellement.

Elle a saisi le Tribunal Administratif.

Peut-on croire que cette suspension d’un officier supérieur de la Police qui fait son devoir contribuera à véhiculer une image saine de la Police ? Cette mesure règle-t-elle le problème du détournement des terres du Département du Fako ?

© Source : Le Jeune Enquêteur

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