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Soutien au président BIYA : Un faible retour d’ascenseur pour l’Est

Intelligence-Paul-Biya-maires-présidentielle- Yayi Boni

Université d’Etat, nomination de ses fils dans l’appareil étatique, recrutements dans des projets structurants, extension du bitumage du réseau routier, création d’une mission de développement…autant de promesses non tenues qui révoltent les populations de cette région contre le pouvoir.

La colère des riverains du centre emplisseur de gaz pétrole liquéfié de Bertoua est l’un des symboles des frustrations que vivent les populations de l’Est. Ici, l’on accuse la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (Csph) de s’être arrangée à ce qu’« aucun riverain ne soit recruté par l’entreprise qui construisait ce cet ouvrage ». Les témoignages des riverains à ce sujet étaient significatifs, surtout qu’ils les faisaient à visages découverts. Les mêmes craintes et frustrations avaient envahi les demandeurs d’emplois ressortissants de la région de l’Est pour le projet de construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar. Pour justifier le peu d’importance accordé à cette catégorie de Camerounais, le directeur général d’Electricity development corporation (Edc), maître d’ouvrage, avait laissé entendre que « très peu de postes à pourvoir étaient accessibles aux filles et fils de l’Est ».

Une prise de position étonnante que d’aucuns avaient assimilée à une échappatoire. « Nous ne pensons pas que pour diriger ce projet, il fallait d’autres qualités que celles de manager. Et l’Est regorge de personnes capables de le faire. Nous nous insurgeons contre cette façon de faire qu’on n’a pas vu dans d’autres projets de construction de barrages au Cameroun où ce sont les fils du terroir qui sont directeurs de projets », fulminera un parlementaire Rdpc lors de la rencontre entre les élites de l’Est et Edc en 2014 à Bertoua. La même revendication a été portée à l’attention du directeur général d’Edc lors de sa rencontre avec les membres du bureau exécutif de la plateforme des élites de l’Est sans qu’aucun effet ne s’en suive.

Une autre pomme de discorde entre le régime de Paul Biya et les populations de l’Est est le peu de représentativité des filles et fils de l’Est dans les sphères de décision. En la matière, l’Est rumine son ressentiment contre le pouvoir en se rendant compte qu’un seul de ses fils occupe le poste de directeur général d’une entreprise publique. A ce jour, aucun gouverneur de région n’est originaire de cette région. On se souvient également de la colère de Mme Déborah Ngatcha née Ngobossom, le 06 novembre 2011. La présidente de la section Rdpc du Lom-et- Djerem sud à Bertoua avait refusé de signer une motion de remerciement adressée à Paul Biya, estimant que « je ne peux pas remercier une personne qui m’a enlevé tous mes ministres dans un contexte où un membre du gouvernement est la seule locomotive politique d’un département comme le nôtre ».

Pourtant, lors de cette élection présidentielle, l’on avait vu la mobilisation effectuée par Badel Ndanga Ndinga, alors détenteur du portefeuille de l’Industrie, des Mines et du développement technologique au sein du gouvernement. Il avait été par la suite démis de son strapontin. « Lors d’un séminaire de formation sur le journalisme politique à Yaoundé, il y a deux ans, un ancien Premier ministre camerounais disait aux séminaristes que le soutien à un candidat à la présidentielle, dans le contexte camerounais, assure, en cas de victoire, des prébendes sous forme de : postes de responsabilité dans la haute administration et au gouvernement, allocation et exécution de projets de développement social… », relevait notre confrère « Le Messager » le 24 février 2009 dans un article portant sur les attentes légitimes de chacune des régions du pays en compensation à sa fidélité au régime.

S’agissant de la région de l’Est, le pouvoir passe outre superbement cette logique jusqu’ici. L’absence d’université d’Etat à l’Est est l’un des clichés vivaces du bannissement de l’Est par le régime de Paul Biya. A ce sujet, des indiscrétions soutiennent qu’au cours des audiences accordées aux forces vives de la région de l’Est lors de la pose de la première pierre de la construction du barrage de retenue d’eau de Lom Pangar, « nous avons soulevé la question mais il [le chef de l’Etat] nous avait promis une université par étapes. Notamment, en commençant par l’ouverture d’une grande école en relation avec les ressources naturelles locales. » On se serait donc logiquement attendu que l’Est accueille une école spécialisée dans le domaine des mines ou les forêts. En vain, rien de tout cela. L’on se souvient que le 21 Janvier 2009, les élites de l’Est se fendaient d’un communiqué dans lequel elles exhortaient le chef de l’Etat Paul Biya, à créer une Université technologique et minière dans leur Région. Une université appelée à avoir une vocation sous régionale en Afrique centrale.

Les élites signataires motivaient cette revendication par plusieurs arguments. D’une part elles laissaient entendre que la Région de l’Est dispose d’un nombre important et d’une diversité des découvertes minières. Qu’elles constataient une intense activité des compagnies minières dans les quatre départements de la Région. Et, indiquait le communiqué, il existe des clauses contenues dans les différentes conventions liant l´Etat du Cameroun à ces compagnies, clauses relatives aux transferts de technologies, à l´utilisation de la main d´oeuvre locale et au développement socio-économique des zones riveraines aux gisements miniers et aux sites d´exploitation.

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Pourtant, l´impréparation d´une ressource humaine qualifiée dans les métiers de la transformation du bois avant l´exploitation forestière… n´a pas permis la création des industries du bois et le développement de cette Région, demeurée un puisard de matières premières brutes peut-on lire. L´urgence de former des personnels hautement qualifiés devant servir dans les industries minières afin de distinguer le Cameroun comme un véritable pôle d´exploitation, de transformation et d´exportation des produits miniers ainsi que d´autres technologies s’impose pourtant.

Ce qui passe nécessairement par une meilleure formation académique et professionnelle. Six ans après, le Renouveau n’a pas cru devoir créer l’université attendue. Le sentiment d’ostracisme s’accentue d’autant plus qu’entre-temps, d’autres villes du Cameroun ont obtenu des grandes écoles ; certaines de moindre importance démographique et administrative que Bertoua. « Difficile de croire à la volonté du chef de l’Etat de nous doter d’une université d’Etat. Tout ce que nous pouvons faire c’est de nous replier vers l’Université catholique de Bertoua dont les coûts de formation sont au-dessus des revenus des populations locales », se désole un fonctionnaire, étudiant malgré lui dans cette institution.

ENCLAVEMENT

L’état du réseau routier, voilà un autre sujet de désaccord entre l’Est et les populations locales. « En réalité, depuis l’indépendance du Cameroun, aucune politique en matière de route n’a véritablement permis l’éclosion d’un réseau routier à la hauteur des enjeux économiques et des attentes des populations de la région de l’Est », soutient un ancien responsable du ministère des Travaux publics (Mintp) originaire de la région de l’Est. « Malgré une étendue qui fait le quart de la superficie totale du pays, l’Est ne dispose que d’un réseau routier dont le linéaire est estimé à près de 4000 km.

Seuls 530 km de ce réseau sont bitumés, soit environ 13%. Le reste est constitué des routes en terre dont 1425 km sont pris en compte au réseau dit prioritaire par le Mintp », poursuit notre source. Il s’agit d’Ayos-Bonis long de 189 km, Bertoua-Bouam-Belabo, 81 km, Bertoua-Garoua-Boulaï, 248 km et Ndokayo-Bétaré- Oya, 12 km. Pour les routes en terre du réseau prioritaire, on peut mentionner les axes les plus sollicités que sont Mandjou-Ngoura-Kentzou, longue de 192 km et faisant partie de la route nationale n°10, Ngoura-Ndélélé- Yokadouma-Moloundou, 379 km sur la nationale n°4, Abong-Mbang-Lomié-Ngoyla- Mbalam d’une distance de 302 km sur la route nationale n°6.

Si l’aménagement de l’axe Bertoua-Garoua Boulaï a été réalisé sans grande difficulté grâce à un don de l’Union européenne sur financement du Fonds européen de développement (Fed), tel n’a pas été le cas d’Ayos-Bonis dont l’exécution des travaux, digne d’un véritable conte de fées, mérite qu’on s’y attarde d’une façon particulière, tant les difficultés dans l’exécution de cet ouvrage ont plombé les espoirs des populations de voir si tôt d’autres projets de même envergure voir le jour dans la région. La mise en service de l’axe Ayos-Bonis ne devrait pas faire perdre de vue que les problèmes d’enclavement restent entiers dans la région de l’Est.

L’on se souvient encore que dans le cadre du lancement des activités de la semaine de la jeunesse à Ngoyla au mois de février 2014, Pierre Ismaël Bidoung Mkpwatt, le ministre de la Jeunesse et de l’Education civique, avait dû passer par Sangmélima dans la région du Sud pour rallier Ngoyla à l’Est. Preuve que les espoirs placés dans le projet d’exploitation du fer de Mbalam, notamment avec le bitumage de la route Mbalam-Ngoyla-Lomié, risquent d’être douchés.

Car, de toute évidence, il est économiquement plus rentable de raccorder Mbalam à la route Sangmélima-Ouesso, déjà en construction. De même, le bitumage du tronçon Mandjou-Batouri-Kentzou, vers la frontière avec la Rca, du fait de l’instabilité politique de ce pays, risque d’attendre pendant longtemps bien que les études techniques soient disponibles depuis plusieurs années. Pis encore, l’exploitation du diamant de Mobilong qui épouse les contours d’un éléphant blanc ne peut booster l’aménagement de l’axe Batouri-Yokadouma-Mboy II à brève ou moyenne échéance.

Dans ces conditions, la région de l’Est restera toujours hantée par le syndrome Ayos- Bonis. Pour preuve, dans un communiqué en date du 25 février 2014, le Minepat avait rendu publique la liste des projets retenus pour être exécutés dans le cadre du partenariat public-privé. Ici, aucun des projets routiers y figurant ne concerne la région de l’Est…qui doit toujours attendre. Surtout qu’à Lom Pangar, Paul Biya, répondant à Bernard Wongolo, s’exprimant comme porte-parole des élites de l’Est, avait déclaré que « vous avez trop de problèmes ».

Bernard Bangda

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