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Sommes-nous à l’abri de la sorcellerie ?

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Le sujet intrigue et passionne, au point d’être au centre d’un colloque fort couru à Yaoundé, la semaine dernière. Il y va de la sorcellerie comme du sexe des anges. Elle intrigue, fait couler beaucoup d’encre et de salive. Étonnamment, ceux qui en connaissent véritablement un rayon, parce qu’ils la pratiquent, passent difficilement aux aveux. Et même, certaines de leurs déclarations passent pour des élucubrations d’esprit malade.

Les religieux, dont les recherches en la matière remontent à la nuit des temps, ne sont pas tous d’accord sur son existence. Tout comme sociologues et autres scientifiques d’ailleurs, avec leur esprit cartésien. Restent les victimes, habitants des villes et campagnes, qui ont fini par se forger leur propre opinion, au regard de certaines manifestations inexpliquées. Elles se recrutent dans toutes les sphères de la société et assurent subir les affres de la sorcellerie dans des domaines aussi divers que la santé, la reproduction, les finances, la carrière, les études, les affaires. Parfois, la destinée toute entière et même plus.

Avec la peur, la suspicion généralisée, les divisions dans les familles, ce sont-là des raisons suffisantes ayant conduit l’abbé Jean Bernard Salla, doyen de la faculté de théologie, à organiser un colloque international sur le sujet. C’était la semaine dernière à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC) à Nkolbisson (Yaoundé). Thème général des travaux : « Religion, rationalité et croyance à la sorcellerie en Afrique : défis théologiques et pastoraux ». Pour en débattre, différentes personnalités-ressources ont été convoquées : hommes d’église, psychiatres, enseignants, journalistes, écrivains, laïcs engagés. De Mgr Jean Mbarga, archevêque métropolitain de Yaoundé à Jean Pliya, responsable national du Renouveau charismatique catholique au Bénin, en passant par Calixte Beyala, auteur à succès, Dr Berthe Lolo, psychiatre praticien hospitalier. Pendant trois jours, les 26 orateurs invités ont tenu en haleine une foule venue nombreuse.

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Enflure de l’irrationnel dans l’Afrique actuelle, impact de la croyance à la sorcellerie dans la vie des consacrés, Afrique des possessions diaboliques, satanisme et ésotérisme dans les sociétés africaines, croyance à la sorcellerie et déstructuration de la grande famille… Les organisateurs ont essayé d’épuiser le sujet. Seulement, tout comme dans l’auditoire, les différents intervenants ne sont pas sur la même longueur d’onde. D’aucuns croient mordicus en l’existence de la sorcellerie et son impact sur les populations. Pour d’autres, ce n’est que chimère. « La sorcellerie apparaît comme une réalité envahissante et angoissante, parfois tragique, vécue par des milliers de personnes dont le fondement est un pouvoir occulte mis en jeu aussi bien par le médecin, le devin, le prêtre et le sorcier dans leurs sphères d’action respectives et dont les modes d’action peuvent être des métamorphoses d’hommes en animaux, le cannibalisme mystique… », a soutenu Pierre Oum Ndigi, égyptologue, enseignant associé à l’UCAC, sur la base des travaux du Révérend Père Hebga, décédé. Pour Dr Berthe Lolo, « les manifestations sorcellaires se retrouvent dans la panoplie des symptômes retrouvés dans les maladies mentales ».

Le terrain étant ainsi miné par des opinions forgées sur des connaissances personnelles, clichés et autres préjugés, il a été bien difficile de ne pas renvoyer les participants dos à dos. Chacun fondé sur ses positions, sachant plus ou moins comment en découdre. Entre prêtres exorcistes, pasteurs oints, prières, usage des sacramentaux, recours à des tradi-praticiens ou sorciers plus puissants que l’attaquant.

Yvette MBASSI-BIKELE

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