Economie

Sim: Au cœur de «la mafia» forestière franco-italienne

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La société industrielle de Mbang (Sim) appartenant à des Italiens, et gérée par des Français est pratiquement seule à s’adjuger l’exploitation des bastions forestiers de ce département. Conséquence : pillage cautionné par des élites de premier plan et proches du pouvoir de cette unité administrative, dont des adjacents de l’actuel ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Ceci dans un univers de paupérisation généralisée des populations riveraines desdites exploitations forestières.


1)- Du bois pour la Sim et ses protégés, la misère pour les populations

En cette saison de grandes pluies, la route nationale N° 15, qui va entre autres de Ntui, chef-lieu du département du Mbam et Kim à Yoko, chef lieu de l’arrondissement du même nom, est en très mauvais état. Elle est même coupée à cause de nombreux bourbiers localisés dans ce tronçon et occasionnés particulièrement par le passage quotidien de centaines de camions porteurs de grumes. L’un des plus éprouvants est situé non loin du village Ngouétou, localisé à quelque 70 km de Yoko. De nombreux camions appartenant essentiellement à la Sim, entreprise franco-italienne d’exploitation forestière s’y sont souvent embourbés. Jusqu’au milieu de la semaine dernière, il y en avait là, une dizaine chargée de grumes d’essences précieuses qui ont ainsi bloqué tout le trafic de cette route nationale. Cette société est aujourd’hui la seule entreprise de la filière à exploiter le bois dans les bastions forestiers du Mbam et Kim, situés principalement aujourd’hui dans la zone Est de l’arrondissement de Yoko.

En paralysant ainsi le trafic routier et en se rendant responsable de la dégradation constante en cette période de grande pluie de la grande majorité du tronçon de la nationale N° 15, la société Sim a augmenté au sein des populations du Mbam et Kim en général et de l’arrondissement de Yoko en particulier, une colère latente contre elle. Entreprise qui, selon toute vraisemblance, a désormais le monopole de l’exploitation forestière de l’ensemble des concessions forestières du département d’origine de l’actuel ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Un paysan de Ngouétou rencontré aux environs du terrible bourbier révèle pour s’indigner : « nous sommes fatigués par ces grumiers de la Sim. Non seulement cette société fait circuler de nuits comme de jours, ses gros attelages sur cette route avec leurs lourds chargements de bois, en cette période de pluie, en refusant catégoriquement de respecter les différentes barrières de pluies, mais encore, elle coupe du bois dans toutes les forêts de cet arrondissement sans qu’on sache si elle a des titres adéquats. On voit le bois passer chaque jour depuis des années. Mais le niveau de vie des populations riveraines ne change pas du tout. Au contraire, ces populations riveraines s’enfoncent chaque jour dans la misère».

Nos contacts sur le terrain, après moult descentes nous permettent d’affirmer que la Sim qui a longtemps exploité des forêts dans les arrondissements de Ngoro et de Ngambe-Tikar est aujourd’hui basée dans la zone Est de Yoko. Dans les prochains mois, elle entend s’attaquer à une autre concession forestière située à 6 km plus loin, au village Mbatoua. Le « pillage exclusif des forêts de Melivim de Mbatoua et de toute la Zone Est de Yoko par la Sim», ne rapporte rien dans le progrès social des populations. Les frustrations sont telles que les élites de cette zone Est de Yoko en sont à pointer le doigt accusateur sur leur «grande élite» à savoir René Sadi dont les collaborateurs directs ont œuvré pour la venue de la Sim dans cette localité. «Nous n’en pouvons plus. Il faut que notre grand frère le ministre Sadi, que nous aimons bien, et son secrétaire particulier nous expliquent pourquoi la Sim prend du bois chez, et nous continuons à croupir dans la misère», tranche  Hilaire Koutsou, jeune paysan de Melivim.

2)- Micmacs tous azimuts autour des redevances

Selon nos enquêtes, dans la Zone B de Yoko, précisément au village Melivim, la société franco-italienne exploite des ventes de coupe dont elle n’est pas directement propriétaire. Elle y est arrivée selon une alchimie détestable, comme en témoigne une source, haut fonctionnaire du ministère des Forêts et de la faune. « La Sim fonctionne comme une espèce de mafia. Dans le Mbam et Kim cette société a pratiquement aujourd’hui le monopole des exploitations forestières, qu’elle a gagné avec le soutien actif d’une élite locale très influente. Vous pouvez vérifier et constater qu’elle n’a pas de titres d’exploitation que lui a octroyés régulièrement l’Etat du Cameroun. Ce que la Sim fait, c’est qu’elle sous-traite avec des sociétés satellites telles que Zénith, Mecogecam ou encore Sevprov. Ce sont elles en fait qui sont des sociétés forestières appartenant à des employés de la Sim. Les noms de ces employés de Sim « propriétaires » desdites sociétés sont bien connus. Ces sociétés ont quelques titres d’exploitations bien définis sur des concessions forestières ailleurs, loin de la zone Est de Yoko. C’est le cas du titre 0804228. Mais vous vérifierez que ces sociétés satellites de la Sim exploitent actuellement dans le Mbam et Kim dans des concessions où elles ne sont compétentes d’exploitation. Les autorités compétentes le savent. Les responsables de la Sim qui ont des soutiens hauts placés ont à cet effet les bras longs. »

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 Récemment, des jeunes élites de cette zone forestière de l’arrondissement de Yoko, particulièrement des villages de la Zone Est que sont Melivim et Mbatoua, qui se sont intéressés à l’intense activité forestière de la société Sim dans leurs contrées natales, ceci face à l’immense appauvrissement particulièrement révoltant de leurs parents  restés au village, ont effectivement constaté que la Sim exploite les forêts de leur terroir dans un flou artistique inacceptable. De jours comme de nuits, à un rythme effrayant, des essences du bois Sappelli sont coupées et traversent le village Melivim, sous les regards désespérés des villageois, meurtris par la misère. D’où la prise de conscience des villageois.

Jean M., habitant de Melivim témoigne l’air furieux : « nous ne savons pas si ceux qui coupent le bois ici ont le droit de le faire. Cela ne dépend pas des villageois que nous sommes. Il faut demander cela aux grandes élites de Yoko en général qui sont à Yaoundé. Et peut-être aussi au maire de Yoko. Des gens venus de Yaoundé et se présentant comme des responsables de la Sim sont venus rencontrer le chef du village Melivim et ses notables il y a de cela quelques années. Des réunions où tout était arrêté d’avance ont eu lieu, jusqu’à récemment encore, en présence des autorités administratives qui savent tout ce qui se passe dans cette mafia. Il nous avait été dit et récemment redit que c’est la Sim qui doit exploiter dans toute la zone Est de Yoko dont dans les villages Melivim et Mbatoua.  Ils sont venus et ont commencé l’exploitation. »

Et de poursuivre : « Ce que nous savons et voyons est que le bois sort chaque jour à un rythme immodéré. La route rurale  n’est pas arrangée. Le village est toujours enclavé et misérable. Pas d’école, pas de dispensaire. Les paysans sont encore plus pauvres que jamais. Il n’y a même pas d’eau potable ici. De temps à autre, les forestiers de la Sim nous envoient des miettes ici à travers la mairie. Nous ignorons d’ailleurs sur quelles bases. Par rapport à toutes les essences qui sortent de nos forêts, vous pouvez vous-même constater, avec nos maisons en terre battue que cette exploitation ne nous a rien apporté. Nous recevons quelques redevances de la mairie de Yoko. Mais tout ça est bien maigre»

3)- Des proches de René Sadi comme paravents ?

Le chef de Melivim, le nommé Mbôôh Pierre, est âgé de près de 90 ans. Un de ses notables qui est aussi son porte-parole est plus qu’amère : « Il y a eu autrefois des querelles avec les sociétés qui ont exploité le bois ici dans notre village. On a même enregistré de nombreux actes de violence. Tous se discutaient les différentes concessions forestières de notre village. L’affaire a été portée à l’attention de notre fils et frère, qui est aussi notre plus grande élite à Yaoundé, à savoir  le ministre Sadi René. Celui-ci nous a invités à Yaoundé, avec notre chef. Lorsque nous avons rencontré son collaborateur direct qui nous a demandé de rester calmes et maintenir la paix au village, il a promis que le ministre va venir réaliser une palmeraie au village.

Et surtout que le ministre Sadi va nous envoyer des forestiers qui vont nous aider à sortir du sous-développement. Nous avons logiquement accepté ». A croire notre interlocuteur, C’est ainsi que, poursuit-il, le même collaborateur direct du ministre Sadi a introduit les responsables de la Sim ici dans le village. C’est d’ailleurs lui qui vient remettre de temps à autres un peu d’argent pour le chef au nom de la Sim. Mais la vérité est que « l’argent qui nous est donné, ne représente pas grand-chose pour notre développement. Le chef n’a même pas de maison digne de ce nom. Les paysans sont dans la misère. Mais chaque jour, le bois sort. La route n’est pas faite. Comme si la société forestière en question voudrait vite couper et s’en aller ».  Beaucoup de paysans et même des élites de Melivim en sont aujourd’hui à se demander si c’est vraiment leur fils et frère René Sadi qui tire les marrons du feu. A son cabinet où le reporter du Messager s’est rendu, des sources bien introduites rejettent tout en bloc. En indiquant de manière ferme que « face au pillage des forêts opérés par des forestiers véreux dans le Mbam et Kim, le ministre René Sadi n’a pas voulu rester inactif. C’est ainsi qu’il a demandé que l’ordre soit mis sur le plan local, et que les opérateurs forestiers véreux soient mis hors d’état de nuire. C’est ce qui a été fait. Ce qui se dit ça et là n’est que mensongeLe ministre n’est pas un forestier»

La Sim est basée à Yaoundé au quartier Ahala, sur l’axe lord Yaoundé-Douala. C’est là où elle a son usine de transformation de bois et son parc à bois venus essentiellement du département du Mbam et Kim. L’usine a comme directeur général un expatrié de nationalité italienne du nom de Mattarazi. Joint au téléphone par nos soins, le directeur d’exploitation de la Simp, le français Olivier Alexandre Labbe, interpellé sur la question, répond qu’il ne pourra nous recevoir et parler qu’en présence du secrétaire particulier de René Sadi. Malheureusement ce dernier est actuellement hors du Cameroun. Affaire à suivre donc.

Jean François CHANNON

Envoyé spécial à Mbatoua et Melivim

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