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Séjours à l’étranger: complots autour des voyages de Paul Biya

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C’est un véritable procès en sorcellerie qui est fait au président de la République depuis un moment. En effet, quelques jours après son départ pour l’Europe, de nombreux chroniqueurs ont tôt fait de soutenir que, en sa qualité de chef suprême des armées, Paul Biya aurait dû se retrouver à l’Extrême-Nord, au front contre Boko Haram.

Ces spéculateurs pensent que le chef de l’État aurait été un bon meneur de troupes s’il avait posé sur un char à Fotokol, fusil d’assaut en évidence, pour bien montrer que la situation est sous contrôle. Il n’a accompli ni l’un ni l’autre de ces actes de bravoure qui auraient dû montrer que c’est lui le général. Cette campagne inspirée par quelques hommes politiques en mal de visibilité et relayée par des médias en mal de sensationnel, suscite de nombreuses interrogations. Paul Biya, pourtant au début et au centre de toutes les actions militaires, n’aurait-il pas vraiment de cœur ? Serait-il indifférent à la situation parfois difficile des troupes engagées et déterminées à faire échec aux sombres desseins la secte jihadiste nigériane ? On en doute ! Comble de cynisme, selon certains esprits retors, le président de la République est tranquillement parti en villégiature en Europe dimanche dernier, abandonnant un pays – n’est-ce pas? – à feu et à sang.

Le phénix.

Trêve de manipulation ! Chaque chef d’État a ses méthodes de gestion des crises et ses stratégies pour parvenir à ses fins. Certains le font de manière ostentatoire. D’autres choisissent la discrétion, plus efficace parfois. Paul Biya semble avoir opté pour la seconde posture. Une méthode qui a fait ses preuves en d’autres temps.

Qui ne se souvient pas de la fameuse période dite de braise du début des années 90 ? Ère de grand bouillonnement sociopolitique, moment de tous les dangers pour un Cameroun qui revenait au multipartisme et découvrait la démocratie. En homme mesuré, Paul Biya permit, pendant de longs mois, à la rue de s’exprimer et à ses opposants de se défouler parfois au-delà du tolérable. Pendant ce temps, le chef de l’État, sûr de son fait, s’attelait à la mise en forme d’un processus politique que beaucoup de pays envient aujourd’hui. Il n’eut pas besoin d’aller s’agiter dans la rue pour montrer que c’était lui le patron. La suite, on la connaît : le Cameroun, sans être une démocratie parfaite, a retrouvé le chemin de la concorde nationale.

Qui a oublié le douloureux conflit territorial avec le Nigeria au sujet de la presqu’île de Bakassi ? Ici encore, Paul Biya déploya ses talents de fin diplomate, s’assurant des alliés objectifs à travers le monde, rassurant le grand voisin, usant de la force des arguments et non des arguments de la force. La fin de l’histoire ? Héroïque pour le Cameroun, qui a recouvré sa pleine souveraineté sur cette zone avec des conséquences économiques sur plusieurs plans. Paul Biya est, à travers la planète, félicité pour cette prouesse diplomatique qui fait désormais école et grandit son pays dans le concert des nations.

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Biya, l’inspirateur.

Boko Haram, revenons-y ! Le 17 mai 2014, au sortir du sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria, c’est le chef de l’exécutif camerounais qui monte au front, donne de la voix et montre la voie : «Nous sommes ici pour affirmer notre solidarité et notre détermination à lutter vigoureusement contre Boko Haram. (…) Le problème Boko Haram a donc cessé d’être uniquement un problème nigérian, il est devenu un problème régional, sinon continental. Nous sommes ici pour déclarer la guerre au Boko Haram. On va le poursuivre et on vaincra cette chose terroriste parce que les inconvénients sont nombreux. C’est un groupe qui éloigne les missionnaires, les entrepreneurs, les investisseurs ; appauvrit le pays et veut faire revenir les populations du Nigeria au Moyen-âge. On ne peut pas accepter cela.»

Depuis cette déclaration de guerre, la croisade a cessé d’être la seule affaire du Cameroun ou du Nigeria. Elle interpelle désormais les organisations sous-régionales, l’Union africaine et d’autres puissances occidentales. Cela s’appelle une coalition mondiale contre le « Mal ». Et c’est Paul Biya – qu’on l’aime ou pas – qui en est l’inspirateur. Avec des résultats probants sur le terrain. Qui dit mieux ?

Ceux qui le brocardent aujourd’hui, en parlant de désertion ou de sa superbe indifférence, se gardent bien de le mentionner. Amnésie ou mauvaise foi ? Et que savent-ils de l’agenda d’un chef d’État ? L’armée camerounaise a-t-elle failli depuis le début des hostilités, parce que son chef suprême n’est pas au front ?

La réponse est forcément négative. Paul Biya fait le nécessaire et met tout à la disposition de ses vaillants soldats. Tout comme, étant au pays ou à l’étranger, il poursuit des contacts fructueux dont il n’a pas besoin d’étaler sur la place publique. Seule la fin justifie les moyens. Comme dirait l’écrivain nigérian Wole Soyinka, «le tigre ne proclame pas sa tigritude… il bondit sur sa proie et la dévore !».

Inlassable.

Ceux qui ont engagé l’insidieuse campagne de dénigrement en cours, qui accusent le président de la République de ne s’être pas rendu sur le terrain des affrontements, sont les mêmes qui crieraient à l’opportunisme ou à la récupération politique si jamais Paul Biya allait jouer les guerriers d’opérette dans l’Extrême-Nord. Pourtant, le caractère privé de ce séjour devrait en dire long. Et même, le chef de l’État pourrait en profiter pour se pencher sur des dossiers ponctuels. Selon des observateurs avisés, pendant qu’il est à Genève, il n’est pas exclu qu’il en profite pour arracher un large éventail de soutiens des occidentaux à l’endroit de son pays dans la guerre contre Boko Haram. Tout comme son isolement pourrait être lié aux dossiers de politique interne. Suivez notre regard…

René Atangana

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