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Scandale de détournement: Foumane Akame, le crash d’avion de 1995 et les 1 milliard d’ATT Ltd

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Suite au crash d’un avion  de l’ex-compagnie aérienne Cameroon Airlines survenu au Cameroun en décembre 1995, un doigt accusateur a été pointé sur la société de droit sud-africain Advanced Technic Trust Ltd,chargée de la maintenance technique des aéronefs de la Camair. Il était reproché à cette dernière d’avoir versé des pots-de-vins à de hauts responsables camerounais dans le but de rafler ce marché.  

A l’issue d’un protocole d’accord signé en juin 2001 à Paris, ATT Ltd s’est engagé à fournir des preuves de corruption à l’Etat contre 10% de la somme à rembourser au Cameroun en cas de succès de cette procédure devant un tribunal parisien. Pour ce faire, le président du Comité de suivi du contrat entre Transnet et l’Etat du Cameroun, Jean Foumane Akame (l’un des conseillers et proche parent du président Paul Biya), a ordonné en février 2005 le virement d’une somme de près de 1,8 millions de Dollars US dans le compte de Transnet. Mais le bénéficiaire conteste la paternité du compte dans lequel l’argent a été viré. Où est passé le pactole? hurinews.com a mené ses investigations sur un scandale financier qui n’a pas livré tous ses secrets.

S’agit-il d’un nouveau rebondissement dans l’affaire du scandale financier relatif au crash d’avion du 4 décembre 1995? Cette affaire qui était latente dès la survenue de ce crash a rebondit de la manière la plus retentissante suite à la publication le 4 juin 2012 d’une lettre ouverte par l’ex-ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Depuis sa cellule de la prison centrale de Kondengui où il venait d’être mis en détention pour « malversations financières », Marafa Hamidou Yaya énonçait que la Cameroon Airlines (Camair) et Transnet- South African Airways (Saa) ont conclut en mai 1994 un contrat de maintenance des avions de la Camair.

Protocole d’accord

Mais le 3 décembre 1995, le Boeing 737-200 immatriculé TJ-CBE et baptisé Le Nyong, s’est écrasé à Douala. D’après la lettre de Marafa, une note transmise par le ministre Amadou Ali au chef de l’Etat faisait état de soupçons de corruption entre  de hauts responsables camerounais et la Saa dont la négligence dans l’exécution de son contrat a entraîné le crash. Il était donc question pour la compagnie sud-africaine de reverser au Cameroun la somme de plus de 32 milliards de f Cfa (65 millions de Dollars US) objet du contrat.

Le 14 novembre 2 000, par un arrêté, le secrétaire général à la Présidence qu’est alors Marafa Hamidou Yaya créé un Comité de suivi de l’exécution des contrats de maintenance des avions entre la Camair et Transnet/SAA Air. Le Comité a à sa tête Jean Foumane Akame, a l’époque conseiller technique à la présidence de la République.

Le 28 juin 2001, un Protocole d’accord est signé à Paris entre l’Etat du Cameroun représenté par M. Foumane Akame, et la société Advanced Technics Trust Limited(ATT Ltd) représenté par le Pr Fouad Srouji. Dans ce Protocole, les parties conviennent de ce que ATT, en échange de la fourniture des preuves de corruption entre de hauts fonctionnaires camerounais et Saa, soit payé à hauteur de 10% (voir document 1) du montant dû au Cameroun par la Saa. Ce pourcentage, d’après le Protocole, ne devait devenir exigible qu’une fois que le Cameroun serait rentré en possession de son argent.

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C’est ainsi que le 8 février 2005, M.Foumane Akame ordonne à la banque Société générale, situé au 29 Boulevard Haussmann 75009 à Paris, le virement de la somme de 1 703 721 Dollars américains (soit 1 014 855 488, 06 f Cfa) dans le compte de Att Ltd.à Genève en Suisse au N°6269080. Seulement, lorsqu’on jette un coup d’oeil dans l’ordre de virement (voir document 2 ci-dessous) en notre possession, l’on constate quelques curiosités: non seulement  le bénéficiaire du virement s’appelle plutôt ATT/B et non ATT Ltd mais aussi le virement  est destiné à deux agences de la banque Bnp Paribas à savoir « Bnp Paribas (Suisse) SA Genève » et « Bnp Paribas Private Bank Monaco ».

L’on se souvient que dans un démenti publié après les révélations de Marafa Hamidou Yaya en juin 2012 par La Nouvelle, un hebdomadaire camerounais proche du pouvoir de Yaoundé, l’avocat de Jean Foumane Akame, Me Engono Essame avait indiqué que : »Att ayant son siège à Beirouth (Liban , ndlr) s’était vu régler la commission convenue par le virement du 8 février 2005 exécuté suivant les indications fournies par le Pr Fouad Srouji, signataire de la convention qui est à l’origine de ce paiement. » Le virement auquel fait allusion Me Engono n’est autre que celui sus-cité.

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Seulement, dans son mémoire de défense devant la High court of South Africa le 17 avril 2008 devant laquelle il a été assigné par Chief Mila Assouta, qui se présentait comme représentant d’ATT au Cameroun, Pr Fouad Sroujji, dont le nom figure comme représentant du protocole d’accord de juin 2001 affirme que le compte N°6269080 n’est pas le sien (voir document 3).

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L’arroseur arrosé?

Cet état de chose ne manque pas de susciter certaines interrogations: qui est ATT/B dont le nom ne figure nulle part dans les documents relatifs à cette affaire?  A qui appartient cette société alors que le représentant d’ATT Ltd lors de la signature du protocole d’accord ne reconnait pas le compte qui figure dans l’ordre de virement de février 2005?  Si M.Fouad reconnait que le compte d’ATT est à Genève, qu’en est-il de celui de Monaco qu’il dit ne pas être le sien?

Des questions auxquelles Foumane Akame devraient répondre, lui qui a fait virer plus d’un milliard de F Cfa,  « au  nom de l’Etat du Cameroun, présidence de la République Yaoundé » du compte bancaire N°00078 01 39 14-53 ouvert à la Société générale à Paris. DEs deniers publics donc. Notre tentative de contacter le concerné tout comme son conseil, Me Engono a été infructueuse. Un responsable de la présidence que nous avons joint n’a pas souhaité s’exprimer sur un sujet que, a t-il dit, il ne maîtrise pas.

Rappelons que Jean Foumane Akame, magistrat de formation, n’est pas n’importe qui dans le sérail camerounais. Conseiller juridique du président camerounais, Paul Biya et proche parent de ce dernier, il est, d’après de sources digne de foi, celui que le chef de l’Etat consulte en dernier ressort dans le cadre des dossiers de l’opération anti-corruption Epervier. Avec cet autre scandale financier, s’achemine t-on vers la situation de l’arroseur arrosé?

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Michel Biem Tong

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