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Santé publique : une secte s’installe chez Mama Fouda

Un gourou, spécialisé dans la gabegie, a pris en otage la délégation régionale. Le Minsanté, entre deux feux, est dans l’incapacité d’agir. Sa dernière prestation à la délégation régionale de la Santé publique du Centre date de samedi dernier.

Par note de service datée du 6 août en effet la patronne de cette administration, Thérèse Ng’Awono, épouse Nkoa, désignait des «personnels» en poste dans ses services en vue de la surveillance des candidats et la couverture sanitaire au concours d’entrée dans les écoles de formation du ministère de la Santé publique (Minsanté), édition 2015. Huit membres sont ainsi affectés au secrétariat technique de cette opération.

La curiosité vient de ce que deux noms, contrairement aux autres, n’indiquent ni la qualité ni la fonction des intéressés. Ebene Nkoa Célestine Diane et Mani Serge Ambroise, ne seraient donc pas «personnels» dudit service, mais leurs noms, en même temps que ceux de Marie Virginie Ndo, Rosine Nga, Armance Biloa ou encore Dodine Kouna, reviennent régulièrement dans les fiches d’émargement et autres ordres de mission. La première citée est la propre fille de Mme la déléguée régionale du Minsanté, alors que l’autre fait partie des hommes les plus influents aujourd’hui dans le cabinet de la même personnalité. Pour trois petites heures de travail ardu, ils toucheront près de 90.000 francs chacun.

A la tête de cette équipée, encore appelée «les colons de la délégation régionale», se retrouve un certain Paul Alain Menye Menye, l’homme à tout faire qui, sur plusieurs documents, dont votre journal a pu obtenir copie, s’affiche comme «Cab délégué», mis pour «cabinet du délégué». Il participe aux réunions, supervise les activités, tient les clés du cabinet, effectue moult prestations publiques et touche régulièrement les gratifications statutaires prévues par la règlementation en vigueur. Il a même été, du 29 septembre au 5 octobre 2014, superviseur régional à Okola (Centre) de la campagne de collecte active des données de l’unité régionale de lutte contre les Maladies tropicales négligées (Mtn) avec véhicule de location et chauffeur à l’appui.

Dans le civil, apprend-on, Paul Alain Menye Menye est promoteur d’une obscure église de réveil qui tient ses messes dans un domicile privé au lieu dit Derrière abattoir à Etoudi, un quartier de Yaoundé. Thérèse Ng’Awono, épouse Nkoa, fait partie de ses associés. Cette dernière aurait recruté une bonne grappe d’ouailles de cette église en toute illégalité, puisque ne disposant d’aucun matricule à la fonction publique et n’ayant aucun titre ne serait-ce que de temporaire. Leurs prestations au noir sont grassement payées par les caisses publiques, par l’entremise de personnels dument immatriculés du Minsanté, qui les couvrent.

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Paul Alain Menye Menye, ainsi couvert d’avantages financiers et matériels et dont la proximité avec Mme Nkoa intrigue au sein de l’administration du Minsanté, ne s’embarrasse pas de la moindre discrétion pour montrer que c’est lui le chef ici. Et ce au moment où de nombreuses plaintes et demandes de paiement de gratifications de collaborateurs s’accumulent sur le bureau de la déléguée, qui lui a pratiquement abandonné tous les pouvoirs. Le gourou assure la «gestion des données» des campagnes de vaccination, figure sur tous les plannings de travail du «personnel».

Joint au téléphone, Paul Alain Menye Menye se veut tout aussi autoritaire, intransigeant et arrogant. «Vous me connaissez où ? Et d’abord qui vous a donné cette information ?» Au curieux qui souhaite connaître son statut social, il rétorque : «Ces choses-là sont très délicates. Adressez-vous à la déléguée régionale !».

Face à la gabegie continue, une mission des services de la présidence de la République a récemment séjourné à la délégation régionale de la Santé publique du Centre, dont les premiers résultats de l’enquête sont accablants selon des sources introduites. Plus qu’embarrassé, le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, joue le dilatoire. Normal : sa déléguée régionale est la protégée de Jean Pascal Olinga, le secrétaire technique du Bénéficiaire principal du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, un partenaire qui met d’énormes moyens financiers à la disposition du Cameroun pour les besoins de la cause.

Jean Pascal Olinga est en effet, généralement présenté comme un homme de main du Minsanté dans les opérations compliquées liées à la gestion financière de dossiers délicats. On peut ainsi comprendre son souci de placer des personnes de confiance à des postes stratégiques. C’est le cas de Thérèse Ng’Awono, qui malgré les frasques semble jouir d’une protection à toute épreuve. André Mama Fouda ne peut donc que couvrir cette gabegie à ciel ouvert.

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