Features

Le PDG de l’anecdote Amougou Belinga traîne Peter Essoka en justice

violation-Tribunal-SCDP-Fabien-Duplex-Ngongang-épervier-verdique-justice-prison-voiture-police-tcs-Samuel Eto’o

L’annonce a été faite vendredi par le président directeur général (Pdg) du groupe de presse L’Anecdote, au cours d’une conférence de presse tenue à Nsam (Yaoundé).

«Je vais poursuivre M. Essoka pour abus d’autorité et chantage. Une citation directe lui sera servie ce lundi au plus tard.» Le Pdg du groupe L’Anecdote, Jean Pierre Amougou Belinga, bien que calme, est amer au lendemain de la suspension, pour 6 mois par le Conseil national de la communication (Cnc), de quatre de ses journalistes, Parfait Ayissi Etoa, Ernest Obama, Inès Belinga et Roméo Mbida, accusés d’«atteinte à l’éthique et à la déontologie». Il conteste cette décision, qui pour lui, est à tête chercheuse, et ne comprend toujours pas les raisons d’un tel acharnement vis-à-vis de sa structure.

«Ils se sont attaqués à nous ; par la force du droit, nous allons nous défendre jusqu’à épuisement», prévient-il. L’homme de presse tient d’ailleurs à rappeler que le chantage est permanent au sein du Cnc, qui abrite quelques imposteurs. Pour lui, le Cnc n’est pas au-dessus de la loi. Il promet donc de se «battre jusqu’à la dernière goutte de sang».

Comme on pouvait donc s’y attendre, la décision issue de la 8è session ordinaire du Cnc, rendue publique le 27 novembre, a ébranlé le monde de la presse au Cameroun. Vendredi, autour de Jean Pierre Amougou Belinga et face à la presse nationale et internationale, on retrouvait une bonne brochette de patrons et de professionnels des médias qui s’étaient donné le mot pour condamner, avec la dernière énergie, les résolutions prises par l’organe de régulation et d’autorégulation du secteur de la communication.

Pour le patron du groupe L’Anecdote, il n’est pas question de remettre en cause l’institution qui a été créée par le chef de l’Etat, mais les hommes qui la dirigent. Selon lui, la décision du Cnc relève tout simplement de la provocation. Voilà pourquoi il promet, dès qu’il en sera notifié, d’engager deux actions qui consistent à traîner le vice-président (Peter Essoka) et le secrétaire permanent (Jean Tobie Hond) du Cnc en justice, pour abus de fonction et pour diffamation : «Nous avons engagé deux actions : la première pour abus de fonction contre Peter Essoka, et la seconde pour chantage. Nous ne sommes pas encore notifiés de cette décision. Toutefois, dès que nous le serons, nous saisirons le président du tribunal administratif. Dans cette affaire, il s’agit d’une farce, d’une parodie.»

Intérêts individuels.

À sa suite, le directeur de publication du bihebdomadaire La Météo, Dieudonné Mveng, n’y est pas allé de main morte pour qualifier l’acte du Cnc d’«imposture». D’après lui, cet organe administratif ne saurait être au-dessus de la loi. Dans la même veine, Souley Onohiolo, de Le Messager, a préconisé un sit-in en guise de contestation. Bosco Tchoubet, patron de la chaîne radio Tbc ainsi qu’Olivier Mbelle, directeur de publication du journal Le Courrier, ont joint leurs voix au principal intervenant du jour, dans une salle de conférences pleine à craquer. Dans ce flot de protestations, de nombreux appels téléphoniques, venant de l’étranger sont quasi unanimes pour qualifier la décision du Cnc de coup monté contre le groupe L’Anecdote, au moment où la chaîne de télévision Vision 4 entend migrer sur CanalSat.

Dans l’ensemble, les journalistes venus témoigner leur solidarité à Jean Pierre Amougou Belinga ont tenu à dénoncer, vertement, les agissements du Cnc, qui pour eux s’est transformé en un nid de corruption et lieu de règlement de comptes. Pour ces professionnels des médias, il est inadmissible qu’au moment où il ignore les dérives des plus évidentes et répétées des médias à capitaux publics, le Cnc ne s’intéresse pas à la précarité rampante des médias privés et reste insensible aux maltraitances que vivent les journalistes au quotidien, sans oublier les difficultés croissantes d’accès aux sources d’information.

La situation des journalistes lourdement sanctionnés est d’autant plus grave qu’ils n’ont jamais, même sommairement, été interrogés avant le verdict du Cnc. Selon eux, avec leur statut de fonctionnaires, Peter Essoka ou encore Jean Tobie Hond, aveuglés par les prébendes devant Dieu et devant les hommes, ne sauraient défendre les intérêts des entreprises de presse. Plus globalement, au sein de la corporation, beaucoup subodorent que le président de la République, qui a nommé par décret l’équipe de Peter Essoka, doit se sentir trahi face aux multiples excès de pouvoir et dérapages du Cnc, qui a soldé le peu de crédibilité que quelques uns lui accordaient encore.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Les faits.

En rappel, la chaîne privée Equinoxe Télévision a reçu un avertissement pour «diffusion d’images choquantes», le 28 août 2014 entre 22h et 22h16, au cours de l’émission «Regard Social» présentée par Eric Kouamo. Il s’agit, selon le Cnc, d’images représentant un morceau d’intestin d’un garçon atteint d’une malformation congénitale. Dans le même temps, Parfait Ayissi Etoa, journaliste à la chaîne de télévision Vision 4 (groupe Anecdote) écope d’une suspension temporaire de six mois d’exercice de la profession de journaliste pour «atteinte à l’éthique et à la déontologie». Il lui est reproché, lors de l’émission «Arrêt majeur», qu’il anime tous les mercredis à 19h, de n’avoir pas su recadrer Mme Adja Awa, vice-présidente de la section Rdpc de Garoua concernant les «financiers de Boko Haram». Idem pour Ernest Obama, Inès Belinga et Roméo Mbida, tous journalistes à la chaine Vision 4, sanctionnés pour diffusion d’«images choquantes».

Pour sa part, Jacques Blaise Mvié, le directeur de publication du journal La Nouvelle, a lui aussi été suspendu pour une durée de six mois. La sanction le concernant circulait, curieusement déjà, depuis des semaines dans les milieux de la presse à Yaoundé. Selon toute vraisemblance, c’est l’un des membres du Cnc, connu pour sa trop grande proximité avec le directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo Akam, dont il est le consultant occulte dans la ville, qui s’est bruyamment vanté d’avoir obtenu sa tête, après s’être accordé avec Essoka et Hond, respectivement vice-président et secrétaire permanent.

Edouard Ngameni

Décision du CNC: Jacques Blaise Mvié plutôt serein

Bien que suspendu pour six mois, le directeur de publication du journal La Nouvelle garde la tête haute.

Depuis que la guillotine est tombée sur lui, Jacques Blaise Mvié n’a pas donné de la voix. Comme s’il n’accordait pas d’importance à la décision du Conseil national de la communication (Cnc), le directeur de publication de l’hebdomadaire La Nouvelle mène une vie plutôt tranquille. Entre les activités du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), liées au placement des cartes du parti de Paul Biya et ses travaux champêtres à Mfida, dans sa Mefou et Akono natale, «De Blaiso» garde la tête sur les épaules. Alors que son entourage qualifie sa longue suspension d’injuste et inéquitable, l’ancien 1er adjoint au maire d’Akono, lui, reste convaincu qu’il a fait son travail selon les règles de l’art. «L’amertume vient du fait qu’on ne sait vraiment pas sur quelle base le Cnc a prononcé cette suspension, car il faut bien une base. On a l’impression que Peter Essoka et Jean Tobie Hond font diversion.»

Le Dp de La Nouvelle affirme n’avoir jamais été entendu pour donner sa version des faits, et constate «des gesticulations totalement inutiles». Pour un autre professionnel de la communication, il s’agit tout simplement d’une violation flagrante de la Constitution du Cameroun qui garantit, à tout citoyen camerounais mis en cause, un procès contradictoire et équitable : «Nul ne peut être condamné s’il n’a pas eu la possibilité de se défendre. L’ont-ils fait dans le cas de Jacques Blaise Mvié, ce défenseur de la cause présidentielle et dont on reconnaît le parcours et la longue expérience dans le journalisme ? Je ne pense pas.» Toujours est qu’au sein de la corporation, des voix s’élèvent pour condamner l’absurdité de la situation et le règlement de comptes.

Selon des indiscrétions, la suspension récente de Jacques Blaise Mvié et d’autres journalistes relève d’un processus de musellement à grande échelle, d’épuration médiatique et de génocide éditorial planifiés, perpétrés par un Cnc visiblement en mission commandée. Cette institution, censée être un organe de régulation et de consultation doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, placée auprès du Premier ministre chef du gouvernement, ne s’est jamais comportée en médiateur indépendant. Les agissements de ses responsables confirment, aujourd’hui, les soupçons de bras armé au service de lobbies et de gourous, de tueurs en série des libertés qui projettent une image désastreuse du Cameroun, faisant planer de lourdes menaces sur la paix, la démocratie et la concorde nationales.

A l’observation, la sanction du Cnc contre le Dp de La Nouvelle et compagnie vient confirmer les appréhensions de certains syndicalistes qui se faisaient déjà l’écho de tractations et intentions occultes de Peter Essoka et Jean Tobie Hond, manœuvrant qui pour remplacer feu Joseph Befe Ateba à la présidence du Cnc, qui pour devenir ministre de la Communication. Un conseil toutefois : un peu de patience n’a jamais tué personne.

© Edouard Ngameni | La Météo

Populaires cette semaine

To Top