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Samuel Eto’o: Génie incompris ou tragédie d’un «roi» déchu ?

Samuel Etoo-Cameroun-Bresil 2014-Everton

Les Lions, non merci ! Footballeur au talent légendaire et au palmarès époustouflant, son succès a certes entraîné son iconisation, mais aussi sa crucifixion. Vie privée controversée passée au crible par les journaux à scandales, rumeurs les plus folles sur sa personnalité en boucle sur la toile, la vie du meilleur buteur de l’histoire des Lions indomptables est loin d’être un long fleuve tranquille. En décidant de prendre sa retraite internationale, le capitaine déchu met ainsi un terme à 17 ans de haut niveau. Trajectoire d’un héros au parcours jonché d’étoiles et de ronces.

Un tweet en guise d’adieu.

«Je vous informe par la présente que je mets un terme à ma carrière internationale. Merci a toute l’Afrique, à mes fans pour leur amour. SEF».

Ecarté de la liste des 25 joueurs retenus par Volker Finke pour les deux premières journées des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (Can) 2015, le nouvel attaquant d’Everton venait en plus d’être déposédé de son brassard de capitaine. Sans doute qu’il n’a pu supporter ces deux terribles désaveux. Même si à la différence de Jean II Makoun, l’ancien Barcelonais n’a pour l’heure, pas justifié sa décision. Il part et cette fois, tout indique qu’il n’y aura pas de volte-face. Avec 117 lauriers, un statut de meilleur buteur de l’histoire de la sélection camerounaise (56 réalisations), deux Can (2000 et 2002) et une médaille d’or olympique (2000) au palmarès, le quadruple ballon d’or africain restera dans les annales comme une légende des Lions indomptables.

Ulcérés, ses fans sont inconsolables depuis qu’ils ont appris la (triste) nouvelle de son renoncement. Une réaction qu’on peut comprendre puisque à l’échelle continentale, il y’en a très peu de la trame de Samuel Eto’o. Lui le champion qui a prouvé au long de sa carrière qu’il était un homme désigné pour s’imposer dans les grandes rencontres, réussir à relever des défis là où on l’attend le moins mais surtout de savoir faire la différence, ne s’avouant jamais vaincu et toujours prompt à faire mentir ses détracteurs sur le terrain. L’histoire du goléador avec l’équipe nationale a pris fin au Mondial 2014, face au Mexique (0-1), un vendredi 13 juin, sous la pluie. Comme un symbole. Au Brésil, où il était diminué par une blessure, Eto’o n’a pas vraiment tiré la sélection vers le haut, contribuant plutôt à accentuer les divisions dans une tanière déjà empoisonnée. Non sans ouvrir le boulevard à une pluie de polémiques sur son statut de leader et son aptitude à poursuivre l’aventure avec les fauves.

Consécration

Samuel Eto’o commence son parcours sportif à la Kadji Sport Academy, sorte d’Insep de Douala et d’où sont sortis des joueurs comme le nouveau capitaine Stéphane Mbia ou Idris Carlos Kameni. A l’instar d’un génie du ballon comme Platini, il ne sera pas gardé lors des tests qu’il passe en France mais réussira néanmoins à séduire la cellule de détection d’un club, et pas des moindres, le Real Madrid. Après une première saison en Segunda avec la Castilla, l’équipe B du Real Madrid, il ira s’aguerrir à Leganés, toujours en Segunda où il n’inscrira que 4 buts en 30 matchs mais connaitra l’honneur suprême de débuter en sélection et surtout d’aller à la Coupe du monde 98 en jouant un match. Il revient au Real, et ne fera qu’une apparition pour les Merengues mais ce passage lui permettra de gagner le premier titre d’une longue série, la Coupe Intercontinentale. Il sera prêté à l’Espanyol en janvier, où il restera et fera étalage de son talent en match amical.

Exploits

La saison suivante, c’est le même refrain: 5 matchs (dont 3 de Champions League à tout de même) jusqu’à janvier avant un prêt qui se révèlera déterminant dans la carrière du Camerounais, aux Baléares, à Mallorca. Ses 6 buts en 13 matches réussiront à convaincre les dirigeants du club à débourser 7 millions d’euros pour acheter 50% des droits du joueur. En sélection, c’est la consécration, avec son premier titre de champion d’Afrique où il inscrit 4 buts et une victoire aux J.o. de Sydney (buteur en finale). Quatre saisons durant, Eto’o explosera progressivement à Mallorca, inscrivant 13, 10, 19 et enfin 27 buts, avec de véritables exploits. Le club goûttera à la C1, en 2001/2002 où son club fera plus que de la résistance et parviendra à battre Arsenal. Il remportera la Copa del Rey en 2003, qui reste, à ce jour, le plus beau titre des Mallorcais. Avec la sélection, il prend progressivement le pouvoir, grâce à un second titre de champion d’Afrique, en 2002, son but en Coupe du nonde la même année et le parcours du Cameroun à la Coupe des Confédérations 2003, que la France gagnera au terme d’un match marqué par la disparition de Marc-Vivien Foé. Après le bras de fer médiatique opposant Eto’o au Real, il signera, pour 5 saisons, au Fc Barcelone, le club qui lui fera prendre une autre dimension.

Désillusion

Dès sa première saison, il affole les compteurs avec 29 buts, sera consacré champion d’Espagne et, comme un symbole, il inscrira le but décisif, sur la pelouse de Levante. Les médias madrilènes, aigris et jaloux de le voir briller sous les couleurs de l’ennemi juré fera un invraisemblable tour de passe passe pour ne pas lui attribuer le titre de co-pichichi (avec Forlan) en ne lui attribuant pas un but, ni plus, ni moins. La saison suivante (2005/2006), fort d’une adaptation réussie et d’un moral à son paroxysme, il écrasera tout sur son passage. Vainqueur du championnat, de la Champions League (buteur et Mvp de la finale), Supercoupe d’Espagne et Pichichi, Eto’o devient une référence du poste. En sélection, il vit sa plus grande désillusion quand le Cameroun n’arrive pas à se qualifier pour le Mondial allemand et à la Can, malgré 5 buts en 3 matchs, son équipe sort en quart après une séance de penalty démentielle où Eto’o ratera le seul penalty de la séance, le 12e pour le Cameroun !

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S’en suivent deux saisons plus délicates, où le Barca ne gagne pas et finira même 3e en 2007/2008, un véritable camouflet pour le club. Il connaîtra de graves blessures, qui l’écarteront des mois durant des terrains mais ce sont, au final, les saisons clés pour comprendre et analyser la carrière d’Eto’o. Il inscrira 30 buts en 51 matchs, en 2 ans, ce qui, pour 99% des attaquants, est un très bon total mais pour Eto’o on considère ce total moyen, ceci montre le niveau du goléador camerounais. Eté 2008, Laporta intronise Guardiola comme nouvel entraîneur et son premier acte sera de virer les hommes de Rijkaard, à savoir Ronaldinho, Deco et Eto’o. Seul ce dernier refusera de partir, s’entraînera plus que jamais et finira par faire taire tout le monde, à coup de buts. 34 buts en 50 matchs, dont l’ouverture du score en finale de Champions League, mais aussi l’ouverture du score lors du classico.

Mutinerie interne

Plus impressionnant encore, il réalisera un véritable tour de force le 8 novembre 2008. A cause de problèmes d’ordre financier, Laporta finira par échanger le Camerounais et 45 millions d’euros, contre Ibrahimovic et le voilà donc à l’Inter. Eto’o va tout rafler pour sa première saison avec les Interistes, se montrant exemplaire par son sens du sacrifice en jouant pratiquement milieu gauche ou droit, poste où Mourinho l’aligne souvent, il marque ainsi moins de buts. La saison suivante, Benitez puis Leonardo le replace attaquant et Eto’o plante pas moins de 37 fois, il remporte de nouveaux trophées dont la Coupe d’Italie où il inscrit un doublé en finale contre Palermo.

Le 15 décembre 2011, la fronde contre l’ancien buteur camerounais atteint un point de non retour. Eto’o est accusé par les instances sportives camerounaises d’avoir mené une mutinerie interne pour d’obscures revendications financières. La grève des joueurs entraîne l’annulation d’un match amical entre le Cameroun et l’Algérie. Cette accusation aboutit à la suspension d’ Eto’o pour 15 matchs consécutifs en équipe nationale. Ce scandale servira d’arme à ceux qui souhaitent mettre fin au règne sans limites de celui qu’on surnomme Samuel Ego’o. Au fil des années, le cygne camerounais s’est mué aux yeux de certains observateurs en richissime vilain garçon cupide et arrogant. Le natif de Nkon a troqué le maillot vert et le ballon rond pour les billets verts et le costume d’homme d’affaires.

Bonus financiers

L’année d’après, le goléador s’engage pour trois saisons avec Anzhi Makachkala, avec en prime, le plus gros salaire jamais payé à un footballeur: 26 millions d’euros. Devenu trop cher pour le club du Daguestan, le « 9 » est mis sur le marché des transferts. La suite, on la connaît. Juste un an à Chelsea où les rapports avec le Happy One sont des plus sulfureux. Le 08 juin est jour de départ pour le Brésil. Mais contre toute attente, les Lions avec en tête, le capitaine, sont claquemurés dans leur hôtel au Mont Fébé. Ils refusent de partir. Motif de ce coup de théâtre, Eto’o et ses camarades estiment que les bonus financiers promis par la Fécafoot seraient beaucoup trop faibles. C’est finalement grâce à l’arbitrage de Paul Biya que les Lions vont avoir une suite favorable à leur revendication. Le gouvernement va céder. Le chef de l’Etat instruit le déblocage d’environ 1 milliard Fcfa pour calmer la furie de fauves et pour que cesse la fronde.

Au total, chaque joueur s’envole avec 56 millions Fcfa dans la malle. Arrivés au Brésil à un jour du coup d’envoi de la compétition, le Onze camerounais est battu 1 but à 0 par le Mexique; 4 buts à 0 face à la Croatie et le 23 juin, le Brésil vient achever le supplice avec un score de 4 buts à 1. Les poulains de Volker Finke sortent de la compétition avec la médaille d’or des scandales. Le mouton noir est tout trouvé : le « 9 ». L’après Mondial est plus catastrophique. Libre de tout contrat, le Mercato estival déjà laborieux pour Eto’o, vient en rajouter à la levée de boucliers qu’une histoire de mœurs (Affaire Nathalie Nkoa Ndlr) a dèja charrié. Les critiques et attaques sur sa personne s’amplifient. Le peuple semble avoir la mémoire courte puisque d’un coup, on a oublié Eto’o la star du football et l’homme au grand cœur qui maintient des centaines de parents et finance à coup de millions Fcfa, la lutte en Afrique contre le les maladies infantiles. C’est certainement ulcéré que le Lion aux trois champions leagues décide de faire ses adieux à l’équipe nationale…la queue entre les jambes.

Christian TCHAPMI

Palmarès

1 Mondial des clubs: 2010 (Inter)
1 Coupe Intercontinentale: 1998 (Real Madrid)
3 Champions League: 2005/06, 2008/09 (FC Barcelone), 2009/10 (Inter)
1 Scudetto: 2009/10 (Inter)
3 Championnats d’Espagne: 2004/05, 2005/06, 2008/09 (FC Barcelone)
2 Coupes d’Italie: 2009/10, 2010/11 (Inter)
2 Coupes d’Espagne: 2002/03 (Mallorca) 2008/09 (FC Barcelone)
1 Supercoupe d’Italie: 2010
2 Supercoupes d’Espagne: 2004/05, 2005/06 (FC Barcelone)
2 Can: 2000, 2002 (Cameroun)
Médaillé d’or aux J.O: 2000 (Cameroun)

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