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Les 10 personnalités qui ont secoué 2014 : Amadou Ali

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Le vice-Premier ministre chargé des Relations avec les Assemblées Amadou Ali a vu sa réputation et sa famille aux prises avec Boko Haram. Il aura incarné à lui seul le flou et l’insécurité dans une majorité Rdpc sur les nerfs.

Difficile de faire une rétrospective de 2014 au Cameroun sans parler de Boko Haram.  Difficile de ne pas évoquer, par ricochet, le sort d’un personnage du Renouveau longtemps catégorisé « intouchable » et qui, à travers des tourments dus à la secte islamiste, a fait la preuve que la guerre de succession pour Etoudi avait franchi un palier décisif.

LE PERSONNAGE

Amadou Ali, 71 ans,  restera dans les manuels d’histoire comme un pilier du biyaïsme. Depuis 1983 il aura été Secrétaire d’Etat à la défense en charge de la Gendarmerie, ministre de la Défense, Secrétaire général de la présidence de la République et ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Réputé droit et intègre, le natif de Kolofata dans l’Extrême-nord sera le metteur en scène de l’opération anti-corruption baptiséeEpervier. Mais le vent tourne en 2011 avec l’affaire Wikileaks dans laquelle il se « lâche » face à Janet E. Garvey, ambassadeur des États-Unis à Yaoundé, soumettant la succession de Biya à des critères ethniques. En 2013, comble de l’ironie, il devient la cible de la justice  quand l’expert économique Dooh Collins le cite dans une affaire de détournement…

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L’EVENEMENT

Dimanche 27 juillet, deux attaques ont lieu tôt le matin à Kolofota, près de la frontière nigériane. L’une des cibles est la résidence du vice-Premier ministre, l’autre le Palais du Sultan Seiny Boukar Lamine. L’épouse d’Amadou Ali, née Agnès Françoise Moukouri, fait partie des personnes kidnappées. L’atmosphère déjà tendue devient délétère quand l’Armée s’irrite des accusations de l’ex-Garde des Sceaux qui estime avoir été lâché peu avant l’assaut. De victime, Amadou Ali devient suspect s’il prétend être l’un des hommes les mieux informés de la République. Qui plus est : ses proches négocient les libérations d’otages depuis 2012… Le 11 octobre 2014, son épouse est libérée parmi d’autres otages. On évoque une rançon de 200 millions FCFA.

L’IMPACT

Dans une majorité Rdpc figée dans l’attente d’un remaniement depuis le double scrutin du 30 septembre 2013, Amadou Ali aimante les soupçons et affaiblit involontairement son propre camp. Le président de l’Assemblée nationale Cavaye Yéguié Djibril (son « voisin du village ») sera un de ses contempteurs les plus virulents. Ce dernier, dans sa lecture de la situation, redoute une éventuelle nomination d’Ali au poste de vice-président dans le cadre de la succession au trône d’Etoudi. Ce qui sonnerait la fin des patates pour Cavaye, pour des besoins d’équilibre géopolitique.  Le PAN dégaine notamment à l’occasion de la récente rentrée parlementaire, évoquant les complices de Boko Haram, « des fossoyeurs de la patrie » qui « sont parmi nous ». D’autres barons du système sortent les crocs, profitant plus ou moins de la fragilité de l’ancien shérif du prince. Paul Biya, comme d’habitude, joue le pourrissement quand la pression monte. Pour beaucoup à Yaoundé, c’est l’une des thèses crédibles expliquant la très longue attente d’un nouveau gouvernement.

© ARTHUR BILOUNGA 

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