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Remises de peine: Owona Nguini: « Paul Biya a cédé aux pressions internationales»

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Le Président de la République a signé mardi dernier, un décret portant commutation et remise de peines au bénéfice des personnes condamnées et détenues. Parmi ces bénéficiaires, il y a probablement Titus Edzoa, Thierry Atangana. De célèbres condamnés. Quelle lecture faites-vous de ce décret?Effectivement, le Président Paul Biya a signé un décret portant remise de peines pour de nombreuses catégories de détenues. Ce décret est un texte de portée générale. Seulement, il est signé dans des conditions politiques particulières. En effet, il y a une pression internationale insistante venant essentiellement de certaines chancelleries occidentales et d’Ong, qui ont notamment réclamé la libération de Michel Thierry Atangana et de Titus Edzoa. Il apparaît donc que ce décret est une forme habile de retournement de cette pression insistante, visant principalement à libérer les deux personnalités que nous avons évoquées. Mais, la démarche a été construite de manière à souligner que c’est le Président de la République qui contrôle le jeu de la remise de peine.

Peut-on donc conclure que Paul Biya a finalement cédé aux pressions occidentales, françaises surtout?

Dans une certaine mesure, le Président de la République a cédé aux pressions insistantes qui ont été faites en vue de la libération de ces personnalités. Seulement, il construit sa démarche de manière à souligner l’importance de la magnanimité souveraine du Président de la République, à travers l’utilisation des prérogatives régaliennes qui lui permettent effectivement de signer un décret de remise de peines. Sur le plan politique, cela visait principalement à profiter de cette situation et à montrer que ce décret là n’est pas simplement le produit des pressions qu’il a pu subir.

Titus Edzoa a été candidat à l’élection présidentielle de 97. Comment analysez-vous sa libération sur le plan symbolique?

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En ce qui concerne les personnalités éventuellement bénéficiaires de ce décret de remise de peines, il faut analyser avec finesse, précision et prudence, les différentes dispositions de ce décret, parce que leur libération va dépendre d’abord du statut définitif ou non de leur condamnation, de la nature de la peine qui leur était infligée ainsi que du type d’infraction qu’ils ont pu commettre. N’oublions pas que la dernière disposition de ce décret qui en concerne le champ d’application, n’est pas applicable pour une certaine catégorie de personnes. Si au final, Titus Edzoa, ancien conseiller spécial, ancien ministre de la Santé, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, etc. bénéficiait de ce décret, cela aurait clairement un sens politique, compte tenu du fait que cette personnalité, après sa démission, s’était porté candidate à l’élection présidentielle alors prévue en octobre 1997 et qui devait se tenir à cette date-là.

Maintenant, sur le timing. On voit que le Chef de l’Etat a choisi une période festive pour signer le décret. Dans une interview à la Crtv, il explique que le Cameroun est dans la joie et il faudrait que cette joie s’étende même dans le milieu carcéral. C’est comme ça qu’il faut comprendre ce timing ?

Bien entendu, le Président a choisi son moment. Le timing n’est donc pas un timing innocent. C’est un timing qui est conforme à sa volonté de montrer qu’à travers ce décret de remise en peines, il a fait preuve de magnanimité souveraine au moment où le pays est engagé officiellement dans la célébration du Cinquantenaire de la Réunification, même si cette célébration s’est effectuée avec un certain retard.


Younoussa Ben Moussa

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