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Révélations sur la non libération des otages chinois

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Brahim Menoumour, le sultan de 2ème degré de Kobro-Blangoua dans le Logone et Chari, est arrivé au début du mois de juin dernier à Yaoundé avec pour seul objectif: rencontrer le président Paul Biya. Après avoir fait le tour des domiciles de certains hauts dirigeants du pays chargés de la défense et de la sécurité, il en est reparti le 19 juillet dernier, sans pouvoir dire au chef suprême de nos forces armées où se trouvent actuellement les Chinois enlevés à Waza le 17 mai 2014. 

Tout semble avoir commencé par une note de renseignements dont nous publions en exclusivité un extrait en page… C’est une note de renseignements que Brahim Menoumour, sultan de Kobro-Blangoua, envoie au président Paul Biya aussitôt que les Chinois sont enlevés par la secte islamiste Boko Haram le 17 mai 2014 à Waza. Le chef d’Etat camerounais qui assiste à l’époque au Sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria, venait de déclarer la guerre contre la secte islamiste nigériane. Las d’attendre la réaction de Yaoundé, surtout que le président a interdit tout versement de rançon aux preneurs d’otages, le sultan de Kobro-Blangoua débarque à Yaoundé en compagnie d’un responsable d’une association de droits de l’Homme qui a ses entrées dans les milieux tribaux du septentrion. 

Brahim Menoumour n’a qu’une seule idée en tête: rencontrer le président Paul Biya. Il a beaucoup de choses à lui dire. Sur le Boko Haram. Sur les complicités actuelles de la mafia locale et la secte islamiste nigériane. Sur les principaux complices des djihadistes, plus précisément sur l’activisme débordant d’un certain Alhadji Amatom, opérateur économique très fortuné à cheval entre Kousseri et le Nigéria, aujourd’hui présenté dans le Logone et Chari comme le faiseur des maires des 10 communes de ce département. Ce qui lui donnerait une certaine prééminence à Fotokol, Bofo, Afadé et Maltam, localités situées entre le Nigéria et Kousseri, itinéraire classique qu’emprunteraient habituellement ses gros camions pour acheminer des cargaisons d’armes et de munitions destinées à la secte islamiste Boko Haram. Propriétaire d’un important parc automobile, ces camions passeraient sans problème au poste frontalier de Fotokol grâce à la complicité des hommes à la douane et au ministère des Transports… 

La petite histoire raconte aujourd’hui que ses hommes et lui auraient trouvé une astuce pour échapper aux multiples contrôles de la police et des forces de défense: démonter les armes et le matériel militaire comme les chars et les acheminer en pièces détachées dans les conteneurs. Le sultan de Kobro-Blangoua aurait surtout voulu entretenir le chef de l’Etat sur la situation actuelle des otages chinois à Gambarou Amsabourou, Djokhafna, Akbary, Woumbi et Segal. 

Malheureusement, à la détermination affichée par le sultan va succéder la dure et inacceptable réalité de la désinvolture qui plombe les flancs bouffis et infatués de l’entourage du président Paul Biya. Sans parler de la réactivité de certains responsables des services de renseignements de notre pays qui est étrangement semblable à celle d’une tortue luth??, et de leur sous-estimation des menaces qui planent sur la sécurité de notre pays, même en ce moment où le président Paul Biya a déclaré la guerre contre la secte Boko Haram. 

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En effet, quand Brahim Menoumour rencontre, de guerre lasse, les journalistes de la RTA, une chaine de télévision basée à Mvog-Mbi, à Yaoundé, il est presque exténué. Alama, le Pdg de RTA, Dieu merci sait que l’heure est grave. Il ne perd aucune minute pour mettre en branle son entregent. Le premier contact est le bon. Il s’agit du colonel Engolo, l’adjoint du général Amougou, le chef d’Etat-major particulier du président de la République. Malheureusement, ce que l’homme des médias ne sait pas, c’est que, minées par de pernicieuses querelles byzantines, les rapports entre les 2 hauts responsables militaires connaissent un grand coup de froid qui ne permet pas au colonel de s’adresser directement à sa hiérarchie. Même pour une information aussi capitale. Conséquence: il ne prend langue qu’avec Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République qui, pourtant ce samedi 7 juin 2014, était entrain de visionner à la télévision nationale, le match amical Cameroun-Moldavie qui se jouait au stade omnisport Ahmadou Ahidjo en guise d’au-revoir au public camerounais, avant le début du récent mondial brésilien. Mais il y a plus étonnant: au lieu qu’une fois informé, le Sg/Pr en parle directement au chef de l’Etat, suspicieux, il renvoie plutôt le colonel et le sultan vers Edgard Alain Mebe Ngo’o, le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense. Celui-ci reçoit aussitôt Brahim Menoumour à son domicile à Odza, loin de la présence jugée encombrante du Pdg de la RTA qui se contente de siroter quelques bières au Mossad, un snack-bar situé en face de la résidence du Mindef. Pour sûr, pendant près de 2 heures d’horloge que dure l’entretien entre les 2 hommes, le sultan aura eu le temps de se mettre à table. Au sortir de là, comme si cela ne suffisait, le sultan va aussi rencontrer le délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele. 

Seulement, il se chuchote dans l’entourage du sultan qu’au lieu de l’associer aux opérations militaires qui, par la suite ont été initiées à son insu pour tenter de libérer les otages chinois gardés par les djihadistes à Galbarou à la frontière du Nigeria et du Cameroun, les responsables camerounais seraient montés au créneau tout seuls, avec le peu de succès qu’auraient connu sur le terrain leurs nombreuses tentatives. Mais entre-temps à Yaoundé, le sultan de kobro-Blandoua qui tenait toujours à s’adresser directement au président Paul Biya, aurait décidé d’accorder un entretien exclusif à la RTA d’Alama. Une décision qui aurait curieusement mis Martin Mbarga Nguele dans tous ses états. Et pour cause ? Toujours est-il qu’il aurait fermement demandé, une fois informé de la réalisation de cet entretien télévisé par l’honorable Bonaventure Mvondo Assam, neveu du chef de l’Etat, l’interpellation du Pdg de la RTA. Ce dernier est pratiquement enlevé le 11 juillet 2014 par une escouade de policiers armés jusqu’aux dents, après avoir résisté dans son bureau pendant près de 4 heures de temps. Il est conduit au bureau du Dgsn en compagnie du sultan de Kobro-Blangoua qui est seul reçu par le chef de la police camerounaise. Ils sont libérés quelques heures après. Qu’est-ce qui a bien pu mettre sur les brèches le directeur de la surveillance du territoire et son patron? Une question qui n’a pas arrêté de tarauder l’esprit de Brahim Menoumour jusqu’à ce qu’il quitte Yaoundé le 19 juillet dernier pour sa chefferie de Kobro, près du Lac Tchad. 

Sauf que cela n’a pas estompé sa détermination, faute de rencontrer le président Paul Biya, de contribuer à la libération des otages chinois. La preuve ? Le 18 juillet, c’est-à-dire la veille de son départ, il aura réalisé une vidéo à la RTA qui va assurément convaincre les hommes de Boko Haram de revenir aux meilleurs sentiments, afin de donner aux autorités camerounaises des signes que les otages chinois sont encore en vie. Aux dernières nouvelles, il aurait même déjà, en plus des images des otages chinois, celles des 200 lycéennes enlevées il y a plus de 5 mois par les ravisseurs de Boko Haram au Nigeria. Wait and see

© Boris Armelle Mbock | La Nouvelle

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