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Réplique : agitation autour de la fortune de biya

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Le ministre de la Communication a démenti vendredi dernier le 5ème rang attribué au président camerounais dans le classement des dirigeants africains les plus fortunés.

Ce qui a révulsé le ministre de la Communication, Issa Tchiroma et a motivé sa sortie vendredi 10 octobre 2014 à Yaoundé lors d’une interview accordée à des journalistes de la presse publique et privée, c’est le classement des chefs d’Etat africains les plus fortunés. Dans ce hitparade relayé par certains médias camerounais et attribué à tort au célèbre magazine américain Forbes, le président Paul Biya occupe une honorable 5ème place avec une épargne estimée à 100 milliards de francs Cfa. De purs fantasmes, estime le porte-parole du gouvernement.

Issa Tchiroma parle de tentative de déstabilisation du Cameroun, de manipulation et de dénigrement du président de la République, chantre de la paix et de la stabilité du Cameroun. Cette sortie musclée du ministre de la Communication est venue s’ajouter à celle de Cameroon tribune, qui a diffusé le démenti du magazine Forbes Afrique, ainsi qu’une interview de son rédacteur en-chef, Michel Lobé Ewané. Autant de prises de position, qui ne sont pourtant pas venues à l’essentiel : si Paul Biya, 82 ans, dont 32 au pouvoir et plus de 50 ans de vie publique et administrative n’a pas une fortune estimée à 100 milliards de francs Cfa, de combien est-elle ? L’application de l’article 66 de la Constitution qui l’enjoint ainsi que d’autres hauts cadres de l’administration à déclarer leurs biens avant et après leur entrée en fonction n’aurait-elle pas permis de voir plus clair dans cette affaire ?

Là dessus, Issa Tchiroma a louvoyé. Leministre de la Communication s’est aussi ému de ce que les vacances fréquentes du président de la République en Europe fassent régulièrement l’objet d’une comptabilité dans les médias internationaux. Lesquels dénoncent, chiffres à l’appui, les escapades dispendieuses du président d’un des pays les plus pauvres au monde. A la question de savoir si Paul Biya ne pouvait pas mettre fin à ces allégations sur ses dépenses à l’étranger en se résolvant une fois pour toute à passer ses vacances dans son pays où ils disposent de luxueuses villas abandonnées – faute d’être occupés – aux mauvaises herbes, Issa Tchiroma a promis de suggérer cette idée à son patron.

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Guérandi, mort ou vivant ?

l’échange avec le ministre de la Communication, le cas Guérandi Mbara. Saura-t-on jamais ce qui est arrivé à cet homme ? Le gouvernement camerounais semble en tout cas avoir décidé de faire le dos rond. Son porte-parole, Issa Tchiroma s’est contenté de parler de « rumeur » au sujet de l’enlèvement, puis l’exécution de cet ancien putschiste exilé au Burkina Faso, ainsi que le révélait le magazine Jeune Afrique. Malgré l’insistance de ses interlocuteurs, le Mincom est resté campé sur ses positions, déclarant ne pas être en mesure de commenter des « informations approximatives, données au conditionnel ».

Pourtant, il faudra mieux que ces simples dénégations du gouvernement pour convaincre ceux qui cherchent encore à savoir où est passé Guérandi Mbara. Les accusations portées par Jeune Afrique dans son édition du 14 septembre dernier contre le gouvernement camerounais et ses services secrets, sont suffisamment graves et pas aussi approximatives que le suggère Issa Tchiroma. Des noms de personnes bien connues ont été cités par nos confrères, des lieux précis ainsi que des dates. Le scénario est certes un peu hollywoodien avec par moment quelques zones d’ombre, mais il faudra bien qu’on finisse par savoir ce qu’est devenu Guérandi Mbara, dont on n’a pas eu de nouvelles depuis plusieurs mois.

S’il n’a donc pas été enlevé et tué par les barbouzes de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), où est-il donc ?Motus et bouche cousue du ministre de la Communication, qui se montre plus disert quant à ce qu’il considère comme de nombreuses « tentatives de déstabilisation » du Cameroun par des personnes qui commencent à être « démasquées ». Qui sont-elles ? Pas de réponse claire du Mincom.

Parmi les actes constitutifs de tentative de déstabilisation du Cameroun, Issa Tchiroma cite pêlemêle la récente interview accordée à Jeune Afrique par l’ancien ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya, aujourd’hui incarcéré à la prison secondaire de Yaoundé ; l’article de la journaliste française, Fanny Pigeaud paru sur le site internet Médiapart selon lequel il y aurait derrière Boko Haram une rébellion orchestrée par des dignitaires nordistes contre le pouvoir du président Biya ; le dernier rapport de l’International crisis group sur le Cameroun, intitulé « Mieux vaut prévenir que guérir » et dans lequel il est dit qu’il y a un « risque de crise violente avant la prochaine élection en 2018 », etc.

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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