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Quatre tribalistes notoires: Ces ministres gaffeurs

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Les trois mousquetaires sont quatre. Quatre tribalistes notoires, dans le registre : «un bamileké à Etoudi, jamais » ! Selon la formule ravageuse de ‘Massa Yo’. A côté de Joseph Owona, il y a, Mama Fouda, le chantre de la ‘rwandisation’, le légionnaire Essimi Menye, rejoint dans une moindre mesure par Amadou Ali, qui comme Lucky Luke, tire sur tout ce qui bouge: les bami, les beti… Ces ministres gaffeurs sont marqués par une empreinte indélébile qui les poursuivra le long de leur carrière politique…finissante, commis d’un système qui bien que s’adossant sur l’ethnie du ventre pour gouverner, repose à tort sur ses piliers claniques…béti.

Amadou Ali: l’axe sud-nord ou rien

Au commencement était l’ancien tout puissant fils de Kolofata, à l’époque, vice-premier ministre, en charge de la Justice et notamment, chargé de la mise en œuvre de la lutte contre la corruption. Amadou Ali ira s’épancher sur l’épaule de Janet Garvey, l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis au Cameroun. Dans une analyse politique de haut vol qui ne figurera certainement pas dans les annales de sciences Po, il estimait, rapporte Wikileaks, que le chef de l’Etat n’avait pas absolument besoin de Béti, ni de Bamiléké pour se maintenir au pouvoir. D’abord parce que les Béti sont numériquement peu nombreux pour prétendre faire face aux ressortissants du Grand nord et à l’ensemble des autres composantes nationales; ensuite par ce que les Bamiléké, malgré leur ouverture à quelques élites du Grand Nord pour des alliances «n’avaient aucune chance de réussir pour soutenir un pouvoir politique Bamiléké». Le nord ne soutiendra jamais un candidat Bami ou Beti autre que Biya, estime Amadou Ali, les yeux fixés sur le retour du septentrion aux premières loges de l’Etat.

Voici donc la succession du président Paul Biya lancée publiquement, envisagée sous les prismes ethnique et régional, selon le vice-premier ministre. Se voyait-il déjà à Etoudi, sans les beti et les bami ? Qu’en pense Massa Yo ?

Joseph Owona: le mot caché est lâché

Selon Ndzana Seme: «Joseph Owona m’a bel et bien dit : un Bamiléké à Etoudi ? Jamais !» Ancien secrétaire général de la présidence de la République, alors très proche collaborateur de Biya, celui qui se prenait pour le ‘président technique’ avant de tomber en disgrâce résumait-il la pensée de son créateur ? Rien n’est moins sûr en ces temps d’incertitudes où tout peut arriver…
Si les bamileké sont honnis, ils n’en occupent pas moins d’importants strapontins au sein de l’appareil. Du président du Sénat, deuxième personnalité de la République au secrétaire général du Comité central du Rdpc, deuxième personnalité du parti au pouvoir. Vu de loin, l’Ouest est dans les petits papiers du président. Vu de près, certains de ses ministres ne le voient pas d’un bon œil et en parlent.

Essimi Menye: Cofinest en ruine à cause des K…

Témoin l’ex-ministre des Finances, Essimi Menye. Au cours d’une rencontre avec les journalistes, ce membre du gouvernement parlant de Cofinest, une micro-finance en difficultés et aujourd’hui en faillite, a dit que c’est une affaire des ‘’Kamga et des Kamdem…” qualifiés de “ prédateurs venus d’ailleurs”. Cette gaffe porte l’estampille de Mama Fouda.

Mama Fouda: la prédation vient d’ailleurs

Fin février 2008, alors que le Cameroun panse ses plaies suite aux «émeutes de la faim», les élites du Mfoundi publient un pamphlet concocté par les membres de l’Association fraternelle pour l’entraide et la solidarité des élites du Mfoundi (Asfesem), sous l’instigation d’André Mama Fouda, élite du département et ministre de la Santé publique. Extraits : «Nous invitons fermement les prédateurs venus d’ailleurs, de quitter rapidement et définitivement notre sol. Car, ils n’y seront jamais en sécurité. (…) Les forces vives du Mfoundi ont de nouveau revêtu la tenue de combat de leurs ancêtres. Lesquels ont résisté longtemps à la pénétration européenne». Ils disaient aussi qu’il soit « entendu que désormais, nous répondrons aux coups par coups. » Ambiance !…

Il est vrai que Paul Biya lui-même ne semble pas s’offusquer des gaffes tribales de ses ministres issus du ‘pays organisateur’. Mama Fouda et Eyebe Ayissi, le dernier gaffeur en date. En février 2008, réagissant aux émeutes de la faim, dans une diatribe verbale inhabituelle, le président s’en est pris à ces “apprentis-sorciers ” tapis dans l’ombre et qui tirent, selon lui, les ficelles de la grève des transporteurs. En cela, le président est logique avec la vision du complot tribal permanent. En 1991 déjà, suite aux villes mortes il disait : « tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit ». Réaction d’Eboussi Boulaga : « Il est difficile de faire croire que la situation actuelle du Cameroun est le seul fait d’une tribu. La destruction systématique des instruments de développement du Cameroun durant les 27 dernières années est à mettre sur le compte d’une clique au pouvoir. Le principal responsable, Paul Biya, à la tête du pays, est issu du Sud-Cameroun. Les membres les plus influents, dans le Nord comme dans le Sud du parti-Etat Rdpc ne sont pas tous des Boulou ou des Beti? La paupérisation actuelle épargne-t-elle la région d’origine du chef de l’Etat? Les Boulou qui bombaient le torse au début des années 1980, affirmant haut et fort leur pouvoir, ont-ils aujourd’hui le retour attendu» ? Pour masquer l’échec monumental d’un système, la théorie du bouc émissaire demeure d’actualité…

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Portrait – Eyebe Ayissi: le Don Quichotte de la Lékié

Tout comme Mama Fouda battant le rappel de la tribu hier, Eyebe Ayissi restera en poste. Témoin de la ‘compréhension’ d’un chef de l’Etat qui sous d’autres cieux aurait congédié le ministre en charge du Consupe. Stigmatiser la moitié du Cameroun tant en superficie qu’en densité humaine, au moment où nos compatriotes du septentrion, ployant sous le poids de la misère et des grandes endémies, servent en plus de chair à canon à des assaillants venus d’ailleurs, c’est faire preuve d’une myopie mentale inqualifiable. Avec autant de casseroles qu’il trimbale depuis son entrée au gouvernement, faudra-t-il attendre que les choses le quittent ? Voyons, la preuve est faite qu’il a pris des libertés avec le travail intellectuel d’un autre. Et voici que toute honte bue, peut-être avec la volonté de se rattraper par le mauvais bout, il embouche la trompette du repli tribal, entraînant d’autres semblables -Essimi Menye et Ndong soumhet-dans une aventure qui n’a pas fini de livrer tous ses ressorts.

Encore un séminariste. Études secondaires aux Séminaires Saint-Joseph d’Akono et Sainte-Thérèse de Mvolyé à Yaoundé. Doctorat en droit public, administrateur civil, crédité d’une présomption de connaissances susceptibles de le placer au dessus de la mêlée, l’ex-ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat puis des Relations extérieures a préféré naviguer à contre courant dans les eaux troubles du repli identitaire et du plagiat. C’est à désespérer des intellos organiques du Renouveau, bourrés de parchemins, qui se complaisent dans la facilité des motions de soutien lors même que l’on peut penser qu’ils sont outillés pour se prévaloir d’autres repères. Peut-on en être surpris ? Dans l’attitude faite de mépris qui les caractérise, humilier son prochain est un haut fait, comme on l’a vu dans l’opération épervier et comme on le voit depuis l’arrivée d’ Eyebe Ayissi au Consupe. Le style du nouveau Consupe est alors fait de spectacularisation d’un travail d’investigation qui jette en pâture à l’opinion publique, des hauts responsables de l’administration qui ne sont ni jugés, ni condamnés.

« Déjà cinq sessions du Conseil de discipline budgétaire et financière tenues sous la présidence effective d’Henri Eyebe Ayissi. Au bilan, plusieurs dossiers enrôlés, des instances bien achalandées avec à la clé des noms tels Jean Jacques Ndoundoumou de l’Armp – l’Agence de régulation des marchés publics, Jean Tabi Manga de l’Université de Yaoundé II à Soa et bien d’autres dont l’instruction se poursuit sereinement, selon les règles établies», écrit Dikalo en 2012. Il convient de rappeler que le Conseil de discipline budgétaire et financière est une instance chargée de la détermination des responsabilités et de la sanction des fautes de gestion des ordonnateurs et gestionnaires de crédits publics ainsi que des surveillants de la fortune publique. C’est une instance qui statue sur la base des rapports de missions des inspecteurs d’Etat. C’est en sorte une juridiction quelque peu atypique mais qui devrait respecter le principe du contradictoire avec possibilité pour les mis en cause de se faire assister par leurs conseils. Dans le fichier actualisé des gestionnaires publics sanctionnés par le Conseil de discipline budgétaire et financière, la récapitulation des personnes frappées d’amendes spéciales ou des déchéances prévues par les textes organiques et valant interdiction pour elles d’exercer des fonctions de gestion ou de surveillant de la fortune publique pendant une durée déterminée est rendue constamment publique. Dans les médias, on peut donc découvrir les noms de personnalités livrés sans retenues à la désapprobation publique.

Désaveu

Tout se passe alors dans l’indifférence générale des Camerounais blasés par des méthodes propres au Renouveau. Mais lorsqu’éclate le coup de tonnerre de l’affaire dite du ‘copiage’, le diable sort de la boîte pour apparaitre comme une personnalité étrange aux méthodes étrangères a l’honnêteté intellectuelle. Eric Samuel Koua, un doctorant en droit public avait approché le Consupe pour souhaiter la préface de son livre par Henri Eyebe Ayissi, qui en avait reçu une mouture prête à publier. Le ministre a nourri son jeune congénère de promesses de préface. Jusqu’à ce que, le 30 juillet 2014 à Yaoundé, le membre du gouvernement présente au public un ouvrage fruit de sa réflexion et qui s’intitule… «La protection de la fortune publique au Cameroun». Pour les Editions Magolo-Makele, qui préparaient la sortie du livre d’Eric Samuel Koua, c’est un acte «immoral paradoxalement opposé à la promotion de la morale publique» et invitent les Camerounais «à ne pas être divertis en ce moment par une éventuelle imposture intellectuelle et d’attendre l’œuvre originelle».
De désaveu en désaveu, Voici Eyebe Ayissi face a lui-même. L’appel de la Lekié fortement régionaliste, qui se voulait un appui populaire à la tentative du pouvoir de s’offrir un bouc-émissaire face aux attaques de Boko Haram est un flop monumental. Le pouvoir pourrait-il prendre des sanctions politiques concrètes pour qu’elles fassent tâche d’huile dans le landernau politique contre ceux qui encouragent le repli identitaire ? « L’on ne peut prêcher la haine et la division et appartenir à un gouvernement de paix et d’unité. C’est cette contradiction que le chef de l’Etat, Paul Biya, est appelé à clarifier à moins qu’il ne choisisse de slalomer entre la paix et le désordre », écrit un observateur. Le président de la République, garant de l’unité de la nation, au nom de la paix et de l’unité, doit prendre toutes ses responsabilités afin que d’autres Eyebe Ayissi rendent gorge…

© Edking | Le Messager

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