Société

Prudent, Paul Biya s’abstient de faire des promesses pour 2015

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Le chef de l’État  Paul Biya a prononcé son traditionnel discours à la Nation ce 31 décembre 2014. Contrairement aux années antérieures, il s’est borné à se féliciter de ce qui a été fait pendant l’année passée.

Les Camerounais ont eu droit à zéro annonce pour l’année qui s’ouvre dans quelques heures. Le président de la République a fait preuve de retenu pendant la dizaine de minutes qu’aura duré son allocution de la Saint Sylvestre 2014. Pas de « Le Cameroun va se transformer en un immense chantier » à l`horizon. Encore moins de 25 000 jeunes diplômés qu`il faudra recruter. Et ceux qui attendent à tout prix une hypothétique pose de première pierre sur un autre projet des « Grandes réalisations » devraient repasser.Le locataire du Palais de l`Unité n`a pas la tête à faire tourner la machine des promesses qui en général – soit dit en passant – n`engagent que ceux qui ont l`habitude d`y accorder une once de foi.

L`aspect de la vie nationale qui a le plus intéressé Paul Biya est sans surprise la question de la sécurité dans la région de l’Extrême Nord et à la frontière avec la République centrafricaine dans la région de l’Est. Sur la question Boko Haram particulièrement, il a expliqué à la Nation que l’activité criminelle des adeptes de la secte sur le territoire camerounais s`est intensifiée en 2014 au point où elle «ne pouvait pas être tolérée». Tout en félicitant les forces de défense et de sécurité pour leur vaillance, le président Biya n’a pas perdu de vue ses propres actions. Son opinion est forcément en phase avec les options stratégiques qu’il a prises pour endiguer la menace terroriste sur le sol camerounais. Après une période où l’État du Cameroun a subi les attaques de Boko Haram fait-il en substance, «Nous avons mis en place un dispositif de riposte et de prévention qui a rapidement fait ses preuves. À chacune de ses tentatives, Boko Haram essuie désormais de lourdes pertes en vies humaines et en matériels». Une référence sans doute aux 41 assaillants tués lors du raid aérien du 28 décembre 2014 mais aussi au millier de combattants ennemis tués durant les sept dernier mois.

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La récente loi contestée contre le terrorisme figure également au rang des succès de l’année 2014 si on s’en tient à la lecture que livre Paul Biya à ses compatriotes. Il s’agirait d’une nécessité codifiée par les Nations unies, par l’Union africaine et par la plupart des grandes puissances confrontées au péril terroriste. Aucun égard pour les arguments des Maurice Kamto et autres Fru Ndi qui estiment que le gouvernement – et le président de la République forcément – profitent de la pluie de la menace asymétrique pour se soulager dans le torrent de la liberté. Aucun égard ? Pas vraiment, un peu de mépris quand même. Selon le président, les personnes qui pensent que ce texte promulgué en catimini est un attentat aux libertés publiques sont des «esprits mal intentionnés».

À côté des questions de sécurité, il y a également eu « comme d`habitude » les constatations d’ordre économique. Les marronniers ont été sortis. Faible consommation du budget d’investissement mais améliorations à l’horizon, livraison imminente de la plupart des grands projets, les attentes déjà formulées vis-à-vis du plan d’urgence adoptée le 09 décembre 2014. Le chef de l’État, bien moins critique qu’il y a un an, a constaté, pour s’en féliciter, que «des progrès notables ont été accomplis» notamment en matière de gouvernance des finances publiques. Bref, les troubles-fêtes de Boko Haram mis à part, le Cameroun se porte bien de l`avis de Paul Biya.

Au final le président de la République a fait le tour de l’actualité sécuritaire et économique du Cameroun en 2014. Que fera-t-on en 2015 ? L’homme est resté particulièrement muet sur la question. Peut-être a-t-il estimé que sa «communication spéciale» lors du conseil de ministre du 09 décembre suffit pour les trois années à venir. Un argument qui pourrait être reçu si le discours de fin d’année 2014 s’adresse particulièrement aux membres du gouvernement qui savent déjà ce que le patron attend d’eux.

William Bayiha

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