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Projet sucrier de Batouri : la CONAC et la police aux trousses d’Emmanuel Bondé

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Les fins limiers de ces deux structures veulent établir les responsabilités du ministre de l’Industrie des Mines et du Développement technologique (Minmidt) dans le blocage de la construction du complexe sucrier dans l’interzone Bertoua-Batouri.

L’audition d’Emmanuel Bondé à la police il y a quelques jours a été confirmée par des sources proches du dossier. Mais avant la Délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn), c’est la Commission nationale anti-corruption (Conac) à la suite des différentes révélations de tentative de corruption faites à la presse par le promoteur du projet et directeur général de la société Justin Sugar Mills SA (Jsm). En effet, au cours d’une interview parue dans l’édition n°402 du 10 décembre 2014 de votre journal, Dieudonné Mirabeau Dong Thry Dong révélait que « Le ministre Bondé exige gratuitement 25 % des actions d’une valeur de 3,75 milliards de francs Cfa. »

Selon M. Dong Thry Dong, cette demande avait été exprimée « au domicile du ministre Bondé ». En cas de refus, soutenait-il, « M. Bondé avait déclaré que le projet aurait des difficultés à démarrer tant que lui et certains de ses collègues du gouvernement, à qui il destinait ces parts, resteront ministres au Cameroun ». M. Dong Thry Dong fustigeait également « l’implication trop personnelle et individuelle du ministre qui avait décidé de nommer son neveu Martin Mindjos au poste de directeur de l’Industrie dans le but de présider le comité interministériel de pilotage du projet Justin Sugar Mills et nous assister à la réalisation du projet ». En réalité, avait constaté le Dg de Jsm, « cette nomination fut plutôt un stratagème pour nous «guider» dans la gestion des fonds à verser par l’Etat »

C’est ainsi qu’après le déblocage des 2,25 milliards de francs Cfa représentant les parts de l’Etat du Cameroun dans le projet, exposait le Dg de Jsm, « le ministre Bondé m’invite et me demande de respecter les instructions de son neveu qui me propose de m’engager irrévocablement à verser à leur groupe de démarcheurs un montant de 500 millions de francs Cfa. Une proposition que je décline une fois de plus. » Mettant sa menace à exécution, et en violation des clauses du protocole d’accord du 13 avril 2012 entre l’Etat du Cameroun et la Jsm, Emmanuel Bondé va solliciter le cabinet international d’audit Ernst & Young pour un audit de la gestion de ces fonds qui va, selon lui, « relever des dysfonctionnements (relevés) dans l’application dudit protocole d’accord, de même que dans la réalisation du projet, qui n’ont pas permis une mise en œuvre effective et adéquate de celui-ci ». Un audit dont le rapport est jusqu’ici introuvable malgré les efforts de toutes les parties à amener ou à contraindre le Minmidt à le mettre à disposition. Et pour cause, peut-on imaginer comme le soutient M. Dong Thry Dong dans l’interview évoquée supra, « pour m’accuser, en 2013, le ministre Bondé avait présenté au Premier ministre, M. Philemon Yang, et aux membres du gouvernement, un audit falsifié au nom du cabinet KPMG qui heureusement ne le reconnaissait pas et l’avait qualifié de faux ».

Interdiction de sortie

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L’autre raison pour laquelle Emmanuel Bondé a été auditionné à la police, c’est qu’au cours de la réalisation de cet audit querellé, il saisit le Dgsn aux fins de restreindre les mouvements de Dieudonné Mirabeau Dong Thry Dong au Cameroun et lui interdire toute sortie du territoire. « Pour la troisième fois consécutive, j’ai été refoulé le 11 avril 2013 à l’aéroport de Douala alors que je me rendais à Cotonou au Bénin à l’invitation du Fonds d’aide, de garantie et de coopération économique (Fagace) pour la libération de 3 milliards de francs Cfa destinés au financement du programme agricole du projet Jsm SA », écrivait le 17 avril 2013 M. Dong Thry Dong au Minmidt pour lui rendre compte de ces entourloupes. Ignorant que c’est la main de M. Bondé qui se cachait derrière cet engagement sécuritaire. Selon nos sources, « alors que le ministre voulait nier qu’il avait saisi le Dgsn, ceux qui l’interrogeaient à ce sujet lui ont brandi sa correspondance ».

Dans laquelle, en substance, il présentait plutôt le Dg de Jsm SA comme « le Dg d’une société d’Etat auditée et qui voulait se soustraire aux résultats de cet audit ». Et ce n’est qu’après de multiples recoupements que la police qui, selon nos sources, « s’est sentie trahie », avait plutôt conclu au contraire. Une police qui, comme tous les autres intervenants dans ce dossier, n’a pas non plus reçu une seule page du rapport qui fonde « les dysfonctionnements relevés » et « la résiliation unilatérale » du protocole d’accord du 13 avril 2012. Toutes choses qui ont amené le Minmidt à lancer le 26 novembre 2014, et ce, malgré les mises en garde du Premier ministre, la procédure de recrutement d’un nouvel opérateur économique pour la réalisation du complexe agroindustriel sucrier dans l’interzone Bertoua-Batouri. Une procédure qui a fait du Complexe sucrier marocain (Cosumar) le nouvel acquéreur de ce site sur lequel une société minière exploite de l’or.

Et malgré les assurances de Martin Mindjos dans une interview accordée à l’Agence Ecofin, les Marocains semblent avoir pris la poudre d’escampette devant la complexité d’un dossier dont on ne leur présentait que des avantages. « Ce fut une compétition avec des critères bien précis. Il est clair que les autres n’ont pas démérité. Il s’agit des entreprises connues : la Somdiaa par exemple travaille au Cameroun à travers la Sosucam, il y a également eu des entreprises avec des capitaux asiatiques, notamment de Turquie et des Emirats Arabes Unis.

C’étaient des entreprises sérieuses », avait révélé le directeur de l’Industrie au cours de cette interview. Omettant de dire que la Sunrise Sugar, « entreprise issue de l’étude de faisabilité de Jsm SA de l’anglais au français », comme l’affirmait le Dg de Jsm SA le 10 novembre 2014 dans les colonnes de « Repères », avait également concouru. Et pour cause, cette société était l’émanation des micmacs de l’épouse du Minmidt, salariée au sein du projet, et de Blaise Pascal Dong, un autre sombre personnage présenté à Mirabeau Dong Thry Dong par…Emmanuel Bondé. La police avait également à cœur de comprendre le degré d’implication personnelle du Minmidt dans un projet privé au point d’y faire recruter son épouse et de signer avec Jsm SA un contrat de bail locatif de l’une de ses résidences de Batouri, chef-lieu de la Kadéy. Des faits qu’il a toujours niés. « Cette fois-ci, il ne pouvait plus se soustraire à la vérité de ces faits qui le confondent », affirme une source sécuritaire.

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