Economie

Pourquoi les prix du ciment vont baisser en 2016

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Les industriels accusent les coûts de production et les autres charges d’être à l’origine du niveau actuel des prix. Le Mincommerce a donné 10 jours à ses services pour faire des propositions d’allègement. Le marché lui-même commence à saturer.

Depuis la mi-2015, notamment après l’ouverture officielle de la Cimenterie Dangote par le Premier ministre, l’industrie cimentière est au banc des accusés. La problématique de la disponibilité des produits sur le marché qui a occupé la scène médiatique pendant plusieurs décennies, semble avoir cédé la place à la question du prix. Après les consommateurs, la question s’invite peu à peu au sein du gouvernement. Notamment au ministère du Commerce (Mincommerce), où les opérateurs du secteur de la construction ont reçu non seulement l’instruction d’inscrire les prix du ciment sur les emballages, mais aussi de faire la lumière sur la politique des prix, soupçonnée d’être issue d’un consensus entre les différents acteurs. Le mois de novembre qui s’annonce devrait encore durcir le débat autour de cette affaire du ciment. Notamment à l’Assemblée nationale, où certains députés attendent du Mincommerce qu’il leur explique pourquoi malgré la multiplicité d’opérateurs locaux, le prix ne baisse toujours pas. En attendant de suivre ce débat en béton au niveau du parlement, Luc Magloire Mbarga Atangana a donné 10 jours à ses services spécialisés pour lui faire des propositions dans le sens de l`allègement des prix. Au-delà de la volonté politique, d’autres facteurs liés au marché, pourraient contraindre à ramener les prix à la baisse. Il convient de les présenter ici.

Au sujet du prix du ciment

Le prix du sac de ciment au Cameroun est-il encore cher ? Oui, confessent les opérateurs locaux. A 4 700 Fcfa le sac, ou 4 600 Fcfa chez d’autres opérateurs, le Cameroun fait partie des pays où le sac de ciment est le plus coûteux. Certes, il n’est pas plus coûteux que le ciment vendu au Gabon 5 500 Fcfa (à Port-Gentil notamment), mais il reste de loin, plus élevé que le ciment vendu à Dakar au Sénégal, par exemple. Ici, le sac de 50 Kg est vendu à 3000 FCfa (c’est l’un des pays les moins chers d’Afrique). Six capitales de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) affichent des prix similaires. Les autres, comme le Togo, sont à 4.050 Fcfa et à 4.200 Fcfa (exemple de Cotonou).

Pourquoi un ciment encore cher

Les producteurs installés sur le sol camerounais accusent les importations, et les coûts (matériaux, main-d’œuvre, infrastructures, etc.). Au cours de la dernière réunion de concertation organisée par le Mincommerce avec les acteurs du secteur de la construction, les responsables des Cimenteries du Cameroun (Cimencam), disaient avoir enregistré une baisse « historique » de leur production. Pour les trois derniers mois de l’année 2015 par exemple, Cimencam ne compte écouler que 300 000 tonnes de ciment, un chiffre jamais atteint, a-t-on appris. Parmi les raisons évoquées, les importations, mais aussi les charges, jugées encore élevées par les producteurs locaux.

Au sujet des exportations par exemple, le Cameroun a autorisé des quotas d’importation encore élevés chez des chaînes de quincaillerie locales. Quifferou et Fokou sont notamment autorisés à importer 1,2 millions de tonnes de ciment par an. Avec trois usines de production ayant des installations capables de supporter la demande locale (3 millions de tonnes par an), les industriels pensent que le Cameroun se fait un « Hara-Kiri ». Il veut faire baisser les prix, mais ne veut pas permettre entreprises qui ont investi dans la construction d’une usine sur le territoire national de tourner.

Le prix du ciment peut-il baisser

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Au regard des difficultés posées par les opérateurs, on serait tenté de croire que les prix ne devraient subir aucun changement. Au-delà de l’importation, Cimencam, Dangote et Cimaf, parlent des « coûts de production qui sont à grande majorité dépendants des matières premières qui coûtent cher, de l’énergie qui coûte cher, des infrastructures, etc. ». Mais le Mincommerce, qui insiste sur la nécessité de faire la lumière sur la politique des prix du ciment au Cameroun, sait qu’au moins au niveau de la loi du marché, les prix devraient baisser.

Au Maroc, pays d’origine du cimentier Cimaf, une étude réalisée par le cabinet SIS Consultants pour le compte du Conseil de la concurrence pourrait apporter un peu d’eau au moulin du Mincommerce. Selon cette étude, les marges bénéficiaires varient selon qu’il s’agisse de vente à l’usine ou au détail. Par exemple, dans le premier cas de figure, la marge commerciale dégagée par les cimentiers ressort en moyenne à 29%. Expliquant le coût de production du ciment, le cabinet SIS Consultants explique que l’énergie, poste le plus lourd, représente le tiers de ce coût. Viennent ensuite les matières premières et consommables avec une part de 28% et la main-d’œuvre, l’entretien et les autres coûts qui représentent 27% du coût de production. Le reliquat (12%) est rattaché aux amortissements.

Dans le deuxième cas de figure (vente au détail), le rapport note que des augmentations peuvent être observées, du fait de la loi de l’offre et de la demande. Mais, conclut l’étude, les marges s’établissent à un niveau relativement élevé. En chiffres, les marges des grossistes représentent 10 à 15% du prix de vente sortie usine en plus de 10 à 15% de marge qu’appliquent les détaillants. A tout cela, il faut encore ajouter une charge de 5 à 10% du prix facturé par le fabricant couvrant le coût du transport. Au total, de la sortie usine au détaillant le prix du ciment peut s’apprécier de 40%.

Le prix du ciment va-t-il baisser

Pour l’instant, les cimentiers (Cimencam, Cimaf et Dangote) ne prévoient rien. Mais ils pourraient bien être contraints, au regard de certains facteurs prévus au cours de l’année 2016. Premièrement, les facteurs commerciaux. Pour l’année prochaine, tous les industriels de la filière prévoient une augmentation de leur production. Elle va de 8% à 8,5%, selon l’opérateur. Chez Cimaf, on annonce 1,3 millions de tonnes en 2016 (8 % de croissance). Chez Cimencam, on est un peu moins optimiste, la production de ciment devrait augmenter de 8,4%. Bref, importateurs et industriels locaux compris, on devrait dépasser les 5 millions de tonnes de ciment, soit près du double de la demande actuelle.

Cette situation devrait mettre le Mincommerce dans un dilemme. Il peut limiter les importations pour donner la priorité aux produits du terroir. Cette mesure pourrait libérer les usines qui tournent à seulement 60% de leurs capacités, et par une économie d’échelle, parvenir à une revue à la baisse des prix du Ciment. Il peut également continuer à accorder des quotas d’importation aux plus gros importateurs camerounais (Fokou, Quifferou, etc.), et créer une saturation de l’offre. Les opérateurs, en excédant de stocks, pourraient avoir recours à des politiques de réduction des prix pour doper la consommation.

Deuxième facteur commercial, l’augmentation de la demande locale. Avec l’accélération de l’exécution du Plan d’urgence triennal, la demande en ciment, notamment dans les projets infrastructurels devraient augmenter. Ce plan d’urgence triennal devrait s’associer à l’ensemble des projets infrastructurels prévus (barrages hydroélectriques, stades, logements sociaux, etc.), pour donner du boulot aux usines de production.

Dernier facteur favorable au prix, l’arrivée de nouveaux opérateurs. Depuis le début de l’année 2015, d’autres industriels lorgnent le marché camerounais. Le Tuc Medcem, 4e cimentier, a déjà achevé son usine à Douala. A en croire Omer Farük Dogan, l’ancien ambassadeur de la Turquie au Cameroun, «Tout est prêt pour que la commercialisation de ce produit fabriqué localement se fasse enfin». Pour un départ, cette unité de production aura une capacité de 600 000 tonnes l’an.

Frégist Bertrand Tchouta

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