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Premier ministre : Y a-t-il un capitaine dans le bateau ?

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Comment l’affaiblissement de la fonction affecte la cohésion de l’équipe gouvernementale. Le Premier ministre au Cameroun a-t-il toujours les moyens d’affirmer son autorité sur l’ensemble de l’équipe qu’il dirige ? Le problème n’est sans doute pas les qualités indéniables de certains Premiers ministres. Mais plutôt l’idée que se fait le chef de l’Etat de cette fonction. Idée qui se décline dans le choix de l’agencement constitutionnel et son impact sur l’efficacité de l’action du gouvernement. En fait, la Constitution fait du Premier ministre « le chef du gouvernement » dont il dirige l’action.

La Constitution le charge de l’exécution des lois. Il exerce le pouvoir réglementaire, nomme aux emplois civils sous réserve des prérogatives dévolues au président de la République. Le gouvernement sous son autorité met en oeuvre la politique de la Nation telle que définie par le président de la République. Le Premier ministre est responsable devant l’Assemblée Nationale l’une des deux chambres du Parlement. Dans les faits, comment tout cela fonctionne ? Dans l’une de ses lettres ouvertes adressées au président de la République depuis la prison où il est incarcéré, l’ex-secrétaire général de la présidence de la République, Marafa Hamidou Yaya a réfléchi sur la question. Pour lui, « C’est (…) la complexité et  l’urgence des décisions que le chef de l’exécutif est amené à prendre dans notre pays, en particulier en matière économique, sociale, sécuritaire et environnementale, qui font problème ; et ce sont elles qui voudraient que le président de la République ait les moyens de conduire lui-même la politique de la nation. »

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Dans la configuration actuelle de la réalité du pouvoir, il est évident que le président de la République aurait moins de difficulté à affirmer son autorité sur l’ensemble de l’équipe. Marafa Hamidou Yaya en déduit l’exigence d’une mesure courageuse et décisive, « la suppression du poste de Premier ministre », qui, entend-t-il, placerait directement sous l’autorité du président de la République l’action des ministres. « Ce qui est déjà le cas pour une petite poignée d’entre eux », souligne l’ex-Sgpr.

Le juriste Alain Didier Olinga, dans l’une de ses réflexions sur le sujet relève en effet que  » les instructions générales relatives au travail et à la solidarité du gouvernement, distinguent les ministres qui relèvent de l’autorité du président de la République et ceux qui sont placés sous l’autorité du Premier ministre « . Une distinction jugée incohérente et même contraire à la Constitution qui fragilise davantage l’autorité du Pm déjà sapée par la pratique de soumission vis-à-vis de la présidence, qui semble s’être incrustée dans les habitudes des Premiers ministres.

Bien loin, l’époque où le Premier ministre occupait un siège à partir duquel on pouvait remplacer le président en cas de démission, de décès ou d’empêchement. En France, en plus d’assurer la coordination de l’action gouvernementale, le Premier ministre évite, par son arbitrage, que différents ministres prennent des initiatives allant dans des sens opposés. Il peut proposer la révocation des ministres au président de la République en cas de faute grave.

Claude Tadjon

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