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Pr Jean Bahebeck: «Soudeur» d’os et sauveur de vies dans la clinique de l’excellence

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Il n’y a pas foule ce lundi 29 septembre 2014 dans les allées du service des urgences chirurgicales et du service de traumatologie et orthopédie au pavillon Leriche de l’hôpital central de Yaoundé (Hcy). L’endroit qui est presque toujours noire de monde, transpire une ambiance plutôt détendue en ce début d’après-midi ensoleillé. Se frayer un passage au milieu des bancs d’attente installés en face des salles d’hospitalisation généralement envahies par une marée humaine, devient alors aisé. Les médecins chargés de faire la ronde et les infirmières assistantes peuvent souffler. Pr Jean Bahebeck aussi. Lui qui vient de raccrocher sa blouse blanche, pour profiter des quelques minutes qui lui restent avant son prochain rendez-vous fixé dans moins d’une heure dans un autre établissement hospitalier de référence.

Mais la pause du médecin spécialiste ne va durer que le temps d’un battement de cils puisque son bureau, situé au fond du couloir de ce pavillon qui accueille des dizaines de traumatismes par semaine, est pris d’assaut par des amis et collègues venus féliciter l’homme qui a été nominé parmi le Top 100 Health professionnals de l’année 2014 (100 meilleurs professionnels de la santé dans le monde Ndlr) par le très sérieux Centre international de biographie (Ibc) de Cambridge en Angleterre. Le courrier qui porte la bonne nouvelle, est encore là dans la pile d’ouvrages et de documents qui couvrent le bureau de Jean Bahebeck. C’est en fait une espèce d’Awards de la médecine qui récompense et rend hommage à l’ensemble des travaux conduits par d’éminents chercheurs et spécialistes de la médecine moderne. Une récompense pour ces hommes et femmes qui ont su « faire la différence » dans leur spécialité précise. Cerise sur le gâteau, ce « mécanicien des os » est le seul camerounais en lice.

Massages empiriques

Mais le concerné a plutôt le triomphe modeste. « J’ai accueilli la nouvelle comme celle qui m’annonçait que j’ai obtenu mon Certificat d’études primaires et élémentaire (Cepe) en 1976… Aussi simplement que cela puisse paraître. Le plaisir est comme l’amour ; il n’a pas d’âge », explique-t-il l’air amusé à ses interlocuteurs. En effet, le chef du service des urgences chirurgicales et du service de traumatologie et orthopédie à l’hôpital central, quoique honoré par cette marque de reconnaissance, promet de travailler sans relâche et de continuer de « sauver des vies » comme l’exige la profession qu’il exerce depuis plus d’une vingtaine d’années. Surtout que le nombre d’accidentés à Yaoundé a atteint des proportions inquiétantes. Or, regrette le spécialiste, « les services spécialisés de neuro-traumatologie ne courent pas les rues au Cameroun ». Conséquence, les blessés font beaucoup plus recours aux massages empiriques plutôt qu’à des spécialistes. Car, incapables de supporter le coût des opérations chirurgicales conséquents.

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Projets éditoriaux

Médecin à la notoriété établie, Bahebeck a embrassé la chirurgie orthopédique et traumatologique depuis 1994, après une brillante formation en Suisse. Depuis lors, il est devenu par sa rigueur dans le travail et sa longue expérience, une sommité dans cette spécialité qui traite essentiellement des maladies des articulations, des os, des tendons, des ligaments et des nerfs des membres. Sorti de la Faculté de médecine et des sciences biomédicales (jadis Centre universitaire des sciences de la santé (Cuss)), « Prof » comme on l’appelle affectueusement, est également auteur de plusieurs projet éditoriaux. N’est-il pas entre autres, le Directeur de publication de la revue spécialisé « Orthopedica Emergencia Africa » et non moins, fondateur de la « Revue africaine de chirurgie et spécialités » ? Mieux, il a récemment contribué au même titre qu’une trentaine d’experts dans le monde, à la rédaction de « The knee, reconstruction, replacement and révision » du célèbre orthopédiste Javad Parvizi.

Cabales

Sur le terrain politique, Paul Bahebeck est aussi très présent. Fervent militant de l’Union des populations du Cameroun (Upc) depuis 1992, le député suppléant de Pierre Sende dans l’arrondissement de Matomb dans le Nyong et Kéllé, confesse que son militantisme à outrance doublé du génie qu’il incarne dans la science, ne lui ont pas fait que des amis. Ce d’autant plus que certains de ses collègues et même ses supérieurs hiérarchiques, ont mené plusieurs fois des cabales pour l’ « étouffer », sous le fallacieux prétexte qu’il n’appartient pas au régime en place. Pire, son poste de chef de service des urgences n’a jamais été accompagné d’un acte officiel. C’est peut-être pourquoi le digne fils Bassa crie aujourd’hui à qui veut l’entendre que, « dans le milieu professionnel, mes relations avec mes patrons sont beaucoup plus conflictuelles qu’harmonieuses. Pour eux, il ne faut pas briller. Ils pensent que tout le monde doit se ranger dans leur camp. Ce qu’ils oublient c’est que je suis un esprit libre ; en plus, j’ai la chance de pouvoir positiver la haine et la jalousie que les gens me portent», lance-t-il un brin moqueur.

Dans le chapitre des regrets, Jean Bahebeck est loin d’avoir oublié ce fameux 15 septembre 1992 où il doit passer devant le jury pour le contrôle de la maîtrise de langue en vue du concours de spécialisation. A cause de son appartenance au parti du Crabe, le brillant étudiant de l’époque (major de sa promotion avec 16/20 bien loin devant le second qui arrive avec 12/20 Ndlr), a été purement et simplement déclaré non admissible à cette épreuve. Un coup dur qui lui est resté gravé dans la mémoire. Présenté pendant les années de braises comme un étudiant frondeur, il jure de rester fidèle aux idéaux que prône l’Upc. D’ailleurs, martèle-t-il, « l’Upc est au Cameroun ce que l’Anc est à l’Afrique du Sud. Une formation politique qui milite désormais pour une préséance de la base dynamique, unitaire et solidaire».

Christian TCHAPMI

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