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Pourquoi le « zoua-zoua » prospère dans l’Extrême-Nord

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Avec l’absence de ce carburant de contrebande, la région est en panne sèche. Si ce commerce s’est autant répandu dans la région, c’est que les stations-services se font rares.

A l’Extrême-Nord en particulier et dans les régions septentrionales en général, aucune autorité administrative quelque soit son rang n’ose s’aventurer dans la prise de décision concernant le trafic du carburant de contrebande communément appelé « zoua-zoua ». Ce carburant frelaté massivement importé du Nigeria voisin s’est tellement imposé au fil des ans dans les habitudes des populations que son absence ou sa pénurie réussit à perturber sérieusement les activités économiques de la région.

Il y a quelques jours, suite aux mesures sanitaires prises par les autorités camerounaises portant fermeture de toutes les frontières du Cameroun avec le Nigeria pour cause de la fièvre hémorragique à virus Ebola, la région s’est retrouvée en panne sèche de carburant. Déjà sérieusement secouée par la précarité de la situation sécuritaire à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, l’importation du « zoua-zoua » a connu un arrêt presque total avant la réouverture des frontières décidée il y a quelques jours par le Cameroun. Du coup, les stations-services, habituellement boudées par les motocyclistes et certains automobilistes, se sont retrouvées envahies par une horde de consommateurs de produits pétroliers.

A cause de leur faible capacité de stockage, les sept stations-services -dont deux fonctionnent par intermittence- ne pouvaient faire face à une telle affluence. Cette pression de la demande de carburant a donné lieu à toutes sortes de pratiques. Pendant trois semaines, les prix du carburant ont subi une folle surenchère. La plupart des stations-services étaient en panne sèche, mais le carburant se vendait à prix d’or dans les quartiers. A Maroua, le litre du super se vendait hors station à 850F.

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A Yagoua et Kousseri, les consommateurs négociaient le litre entre 1500 et 2000 F. Cette pénurie parfois entretenue par certains esprits véreux a connu une accentuation à cause des difficultés d’approvisionnement en produits pétroliers que connaît le Tchad depuis plusieurs mois. Malgré les multiples rappels à l’ordre des autorités administratives et en dépit des contrôles inopinés des responsables locaux du Commerce, le précieux liquide faisait l’objet de toutes sortes de pratiques souterraines. Malgré le retour progressif à la normale dû à la réouverture des frontières, la récente pénurie du carburant causée par l’arrêt de l’importation frauduleuse du carburant de contrebande fait resurgir la question de l’approvisionnement de la région de l’Extrême-Nord en produits pétroliers.

Les stations-services courtisées

Le « zoua-zoua »prospère, dit-on, à cause de l’insuffisance et de l’incapacité des marqueteurs à ravitailler la région. Dans la région, seules 14 stations-services sont installées

dont 9 fonctionnent en plein régime. Inégalement réparties dans la région et étouffées par la concurrence déloyale du « zoua-zoua », les stations-services ont limité leurs capacités de stockage autour de 15000 litres. Or, on crédite la seule ville de Maroua de 25 000 motos

dont la consommation journalière moyenne culmine à 100 000 litres. Quand on sait que plus de 90% des motocyclistes et plus de 50 % d’automobilistes ne vont pas à la pompe, il y a lieu d’engager une profonde réflexion pour trouver une alternative à ce carburant de contrebande. Lors d’une réunion de crise, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord a invité les marqueteurs à étendre leurs activités dans toutes les zones, même reculées. Des facilités seront accordées aux opérateurs économiques de la filière qui souhaitent s’installer dans

l’arrière-région. Mais d’ici-là, le « zoua-zoua » a encore de beaux jours devant lui.

Grégoire DJARMAILA

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