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Positionnement et cinéma autour des obsèques de la belle-mère de Paul Biya

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Un torrent de larmes de crocodile déferle sur la République, à l’heure où la mère de Chantal Biya est portée en terre.

Un torrent de larmes de crocodile déferle sur la République, à l’heure où la mère de Chantal Biya est portée en terre. De mémoire de Camerounais, la morgue de l’Hôpital général de Yaoundé n’aura connu autant d’affluence que ce 16 octobre 2014. Ils seront des dizaines, des milliers, dans ce haut lieu de lamentations, à venir dire un adieu à Rosette Marie Ndongo Mengolo épouse Mboutchouang, décédée le 2 octobre en Afrique du Sud. Dès les premières heures du jour, ils se masseront autour de la bâtisse, jouant des coudes pour figurer aux premières loges. Tenues de circonstance hors de prix, mines déconfites, grimaces préfabriquées, tout y sera. Et pas de place pour les anonymes.

Le ton avait déjà été donné lundi dernier, à l’aéroport de Nsimalen, lors de l’arrivée de la dépouille. La tristesse était certes au rendez-vous, mais la grande comédie avait déjà planté son funeste décor. Membres du gouvernement, créateurs de richesse, élus et autres dignitaires du régime, parents, Cerac(Cercle des amis du Cameroun), amis et connaissances se bousculaient déjà sur l’affiche. Toujours les mêmes. Toujours les mêmes habitués des «grands deuils», ces hommes et femmes qui se positionnent, non sans faire le business sur le malheur des autres. Le sérail était debout comme un seul homme pour faire les «affaires».

Avec Rosette Mboutchouang, le vaudeville et l’hypocrisie ont atteint des niveaux sans doute jamais égalés. Ils étaient sur le tarmac et dans l’aérogare. Tout ce que le Cameroun compte comme bourlingueurs affamés de postes et de prébendes, rongés par le besoin de reconnaissance sociale et les avantages du Milieu. On les a vus se rouler par terre, se cogner la tête contre les murs, baver comme des madeleines, pousser des cris de gorets ébouillantés. C’est ce qui arrive souvent à ceux qui ont à cœur d’en faire trop.

À Nsimalen, pendant ce temps, la proche famille vivait son deuil dans la dignité. Le couple présidentiel, leurs enfants et intimes exprimaient leur douleur en silence : les vraies douleurs ne sont-elles pas silencieuses ? Sur le trajet menant au palais présidentiel, des citoyens lambda n’avaient point besoin de ces oripeaux pour saluer la mémoire d’une grande dame. Leurs larmes étaient sincères, ne visaient aucun intérêt mesquin ou égoïste. Ils étaient sincères, n’avaient pas besoin de convoquer des larmes de crocodile pour plaire à Paul et Chantal Biya, avec le secret espoir de capter leur attention et décrocher qui une promotion, qui une nomination, qui encore quelque savoureux morceau du gâteau national.

Altruisme légendaire. Le trajet pour Mvomeka’a sera une autre paire de manches. Place une fois de plus à l’hypocrisie au sommet, au m’as-tu-vu morbide qui décoiffe. La famille de la défunte a beau exiger une «cérémonie d’inhumation dans la plus stricte intimité», elle aura du mal à repousser ou à contenir la meute d’agités bien décidée à frapper leurs esprits.

À la vérité, la disparition de la non moins maire de Bangou est un drame pour beaucoup. La proportion d’honnêtes gens est résiduelle, comparée au nombre de fourbes ayant constitué leur réserve de larmes de crocodile. La deuxième catégorie se recrute essentiellement parmi ceux-là qui avaient bâti leurs stratégies d’ascension sociale à travers l’altruisme légendaire de Rosette Marie Ndongo Mengolo.

Autour d’elle, et à l’insu de son plein gré, nombreux sont ceux qui avaient bâti leur ascension sociale et leur business à travers son nom. Les «réseaux Mboutchouang» ont existé, fabriqués par des personnes sans foi ni loi. Ces imposteurs profitaient de son bon cœur pour arnaquer, intimider, creuser leur sillon sans transpirer. Les «réseaux Mboutchouang» vont tarir, et leurs animateurs dépérir. Ils ne seront nullement affectés par ce deuil ; ils seront infectés par le virus de la duplicité et qui déforme. Ils ne sont pas les orphelins, les vrais, de Mme Mboutchouang.

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Le business du deuil se porte bien. C’est une véritable marée humaine, unie dans la douleur qui va certainement déferler à Mvomeka’a dans la région du Sud-Cameroun, pour conduire la belle-mère du chef de l’Etat à sa dernière demeure. Aussi bien à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, qu’à la résidence du couple Mboutchouang au quartier Bastos, plusieurs milliers d’amis, parents et proches ont trouvé du temps pour rendre un hommage à la dépouille de l’édile de la commune de Bangou. Ils seront encore nombreux, hommes et femmes du sérail, et autres hautes personnalités venus d’horizons divers, qui se battront avec une rare énergie, se croyant obligés de se joindre aux obsèques grandioses, pour dire adieux à cette dame au grand cœur. C’est chacun qui y va de son numéro pour prouver sa sympathie au couple présidentiel. Les vieilles querelles entre homologues et collègues, les dissidences politiques, les vieilles haines, semblent momentanément oubliées, le temps du deuil, pour verser des larmes. Opérateurs économiques, parlementaires, ministres et assimilés, directeurs généraux et autres gestionnaires, hommes et femmes, sont apparemment sans voix, la tête ailleurs, le cœur à l’envers, les yeux enflés. Plus que le chef de l’État et son épouse, ou encore Roger Mboutchouang l’époux de la disparue, ils sont accablés, éprouvés. A bien y regarder, cette sincérité de façade suscite des rires… C’est que, l’heure est à qui fera le plus émouvant hommage, semble-t-il.

Larmes feintes. L’atmosphère est certes au deuil, mais de nombreux observateurs notent que, la plupart sinon tous ces pseudos attristés, depuis la mort de la mère de Chantal Biya, au mépris du respect dû aux morts, continuent, sans répit, d’abreuver l’opinion d’histoires salaces autour des obsèques du maire de Bangou. Éloignés d’une famille figée par la douleur que procure la perte d’un être cher, ils entretiennent le buzz visant à perturber les préparatifs de l’émouvante mise en terre de Rosette Mboutchouang, dans la grandeur et la dignité. Dans les commentaires entendus çà et là, ils sont nombreux qui, chaque jour, apportent des nouvelles brassées d’orties suffisamment biscornues pour trouver à redire sur l’origine du décès, non sans entretenir des ragots purement africains au sujet du lieu d’enterrement de Rosette Mboutchouang à Mvomeka’a, village natal de Paul Biya. Curieusement, ce sont les mêmes personnes impudiques qui n’ont cessé, dès l’annonce des obsèques, de clamer leur affection envers la famille présidentielle.

Le bât blesse. Cette parade bien visible autour des obsèques ne manque pas de provoquer une flopée assourdissante de regrets dans les chaumières. « Il est clair que tout ce ballet se fait sur fond de positionnement, en cette période teintée d’odeur de remaniement ministériel et d’arrestations. Car, à elle seule l’étiquette de la disparue, ne saurait justifier ce subit œil concupiscent en direction de Mvomeka’a. Elle ne saurait provoquer cette saignée de larmes de sauriens, ce cirque bien écrit en hommage à la maire de Bangou. Certains en sont d’ailleurs arrivés à vouloir pratiquement prendre en charge le côté festin de l’événement. Des exemples pullulent au sein du comité d’organisation pour prouver à quel point, ils sont prêts à tout pour monter sur les planches du cinéma. On regrette toutefois que de pareilles déploiements ne sont pas observés quand il faille porter un des leurs à son dernier logis», déplore un observateur averti.

Toujours est que cette ruée vers le village du chef de l’Etat pourrait faire face à un filtre au niveau du carrefour Mkpwang, à quelques kilomètres de Mvomeka’a, où un dispositif de sécurité est d’ores et déjà mis en place.

© La Météo

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