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Port en eau profonde de Kribi : Les grandes manœuvres

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La phase 1 de l’infrastructure est achevée. Dans la perspective de son inauguration, la fièvre des préparatifs rythme le quotidien des acteurs locaux. Mercredi 17 juin, jour de grâce. Il est un peu plus de 10 h du matin. Nous sommes à Mboro, sur le site du complexe industrialo-portuaire de Kribi.

Comme si les éléments s’étaient accordés, tout y est étonnement calme. D’ordinaire si bruyante, c’est par des caresses roucoulantes que la houle de l’océan atlantique vient flirter avec l’impressionnante digue de protection et le béton encore frais des deux quais du port nouvellement achevé. Même le soleil semble avoir refreiné l’ardeur de ses dards. Côté humain, seules les ombres flémardes et furtives des rares ouvriers encore présents sur le site côtoient les énormes grues du quai polyvalent – elles sont deux, d’une portée respective de 40 et 35 mètres, avec une capacité de levage de 45 et 25 tonnes – et les deux portiques du quai à containers, de 61 tonnes de capacité de levage chacune.

Ces structures métalliques, maîtresses provisoires des lieux depuis que la phase 1 – il en reste deux – du projet de construction du complexe industrialo-portuaire de Kribi est achevée et que le gros des ouvriers a quitté le chantier, seront suppléées par cinq portiques de parc d’une capacité de levage de 40 tonnes, qui sur la zone de stockage en arrière plan attendent d’être mis en service. Amarés au quai long d’environ 700 m et profond de 16m, les deux remorqueurs, roi Mayesse et roi Madola, arrivés au port en juillet 2014, semblent tirer le meilleur de ces jours paisibles. En attendant l’inauguration de la structure et le démarrage effectif des activités. Pour autant, comme nous l’expliquent les cadres du Comité de pilotage et de suivi de la réalisation du complexe industrialo-portuaire de Kribi, cette sorte de latence cache mal des activités connexes qui se poursuivent autour de l’ouvrage.

Comme en confirmation de ces assertions, dans la salle de contrôle du bloc administratif – c’est ici que seront logées les différentes administrations qui vont officier au port – une douzaine de personnels du Comité de pilotage et de suivi sont en formation. Sous l’encadrement des techniciens chinois qui ont réalisé l’ouvrage, il est question de leur enseigner, dans le détail, le fonctionnement des installations. Un préalable, selon Magloire Hand Bahiol, coordonnateur adjoint du Comité de pilotage et de suivi, qui sera utile lorsque viendra le moment de transmettre « les clés » et les connaissances sur le fonctionnement de la structure à l’autorité portuaire, qui reste à être mise en place.

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La grande expectative

L’attente anxieuse de cette échéance qui devrait marquer le grand départ, déverse déjà des flots de frénésie dans les milieux des affaires, au sein des administrations et chez les populations de Kribi. Dans la ville balnéaire, les choses bougent. De source proche de la Communauté urbaine, de potentiels investisseurs ont déjà manifesté leur intérêt, notamment pour la construction de logements sociaux. D’autres, en projection des activités à venir, prospectent et achètent du terrain. « Les représentants d’une société tchadienne sont venus me voir. Ils veulent acheter mon terrain pour stocker leurs containers… », nous apprend Herman Ndomé. L’engouement des hommes d’affaires ne se limite pas seulement à l’immobilier. Une source au Comité de pilotage et de suivi de la réalisation du complexe industrialo-portuaire de Kribi affirme que plus de 500 demandes d’installation sur la zone logistique ont déjà été enregistrées. Alléchés au premier chef, les trois concessionnaires en concurrence pour la gestion du terminal à containers font des descentes de prospection régulières. L’un d’eux a d’ailleurs déjà ses bureaux et du personnel affecté dans la ville…

En tout cas, le Conseil national des chargeurs, lui, n’est pas passé par des fioritures pour ouvrir à Kribi un entrepôt et son antenne régionale du Sud. Le décor progressivement se plante et la belle revêt ses plus beaux atours, en attendant le grand jour, celui de l’inauguration. Le tableau ne saurait être tout à fait complet, sans tous ces aménagements infrastructurels dans la zone portuaire et au cœur-même de la ville.

Depuis quelques mois, en effet, une voie à double sens traverse Kribi, depuis le pont sur la Kienke jusqu’au centre-ville. Au Comité de pilotage, on explique que c’est un corridor devant permettre la fluidité du passage des gros-porteurs. La route est suppléée par un réseau urbain complètement rénové. Tout comme la voie d’accès au port, dont les travaux sont quasiment achevés. Ailleurs, dans les profondeurs de la forêt, un nouvel espoir, loin des regards, voit le jour. Il s’agit de l’autoroute Mboro-Kribi, dont les travaux de déforestation ont déjà commencé, sous la baguette de la China Harbor Engineering Ltd (CHEC), la même entreprise qui a construit le port.

Serges Olivier OKOLE

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