C’est une journée sanglante qu’ont vécue les populations camerounaises de Maroua le 25 juillet dernier. Peu avant, soit le 22 juillet le même village avait subi les foudres des fous d’Allah, en même temps, que la ville nigériane de Gombé au Nigeria. Si dans ce dernier cas, le doute subsiste quant au mode opératoire utilisé par les islamistes dans les deux gares routières qui ont servi de théâtres au massacre (attentats-suicides ou colis piégés ?), il est maintenant établi que la ville de Maroua au Cameroun a été la cible d’un double attentat-kamikaze dont les auteurs appartiendraient à Abubakar Shekau et sa bande, pour les besoins de la cause…islamiste.

Toutes ces attaques interviennent après une série d’attentats-suicides enregistrés dans tous les pays riverains du Lac Tchad (Tchad, Niger, Cameroun et évidemment Nigeria) qui sont en première ligne dans la lutte contre des fanatiques prétendument fidèles à l’islam, mais dont ils n’ont en réalité qu’une vision déformée et une connaissance médiocre.

Comment peut-on expliquer cette recrudescence et cette brutalité des attaques de Boko Haram au moment où on constate, non sans étonnement, un reflux dans la « guerre totale » que les armées des pays de la ligne de front semblaient avoir engagée contre la secte islamiste ?


La réponse la plus plausible à cette interrogation est que Abubakar Shekau et ses lieutenants ont choisi l’escalade comme stratégie de représailles pour marquer les esprits, répandre la peur, et mettre à nu la vulnérabilité des pays de la coalition, afin de retourner, in fine, les populations contre les velléités guerrières de leurs dirigeants et desserrer ainsi l’étau qui les avait poussés à abandonner leurs fiefs de Maïduguri et de la forêt de Sambissa, dans l’Etat de Borno.

En tout état de cause, cette radicalisation de Boko Haram, à travers l’utilisation d’un modus operandi (attentats-suicides) qui était jusque-là la marque déposée des islamistes du Proche et du Moyen Orient, est un palier de plus dans le sentiment d’insécurité et de peur qui se répand inexorablement dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest et même au-delà.

Cette paranoïa ambiante est d’autant plus justifiée que les armées nationales, aussi puissantes et équipées soient-elles, ne sont pas formées pour mener une guerre asymétrique, face à un ennemi insaisissable et dont il est quasiment impossible de dresser le portrait-robot.

Dans certains pays minés par le terrorisme, l’un des moyens de lutte et de prévention contre le phénomène, consiste à appeler les populations à la prudence et à une réaction immédiate contre tout comportement suspect, notamment le port de vêtements peu ordinaires et non conformes à la saison, une attitude nerveuse et des gestes crispés, une transpiration à grosses goûttes et un comportement agité.

Les solutions au problème sécuritaire ne passeront pas par des actions solitaires

Certes, des pays comme le Tchad et plus récemment le Cameroun ont interdit la Burqa comme pour priver d’éventuels kamikazes de l’un de leurs « outils de travail », mais pourra-t-on, à travers des signalements, aussi pointilleux soient-ils, identifier tous les terroristes

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potentiels ou des membres de Boko Haram recrutés pour des missions suicides ? Rien n’est moins sûr, d’autant que les zones où sévit la secte islamiste sont caractérisées par une imbrication de leurs populations, avec des styles vestimentaires identiques et des traits de caractères et de comportements très proches les uns des autres.

Alors, que faire face à ce qu’il faut bien appeler le pied de nez de Boko Haram à l’armée nigériane réputée être la plus puissante de l’Afrique de l’Ouest et à ses sœurs des autres pays bordant le lac Tchad ? Comment venir à bout de ce mouvement terroriste d’idéologie salafiste, dont le nom officiel était « Groupe sunnite pour la prédication et le djihad » depuis sa création en 2002 à Maïduguri, par un certain Mohamed Yusuf (massacré par l’armé nigériane en 2009) jusqu’ à ce qu’il devienne « Etat islamique-Province de l’Afrique de l’Ouest » en début mars 2015, avec son allégeance à l’Etat islamique de Abou Bakr Al Bagdadi ?

Questions à plusieurs milliards de Naira (ou de CFA), et bien malin qui saurait y répondre. Ce d’autant que les chefs de cette secte semblent disposer d’impressionnants moyens de persuasion ou d’endoctrinement, au point de convaincre les postulants au martyre qu’en se faisant exploser, ils accéderont au paradis éternel.

On peut légitimement se demander au nom de quelle idéologie ou de quelle religion un kamikaze peut accepter, volontairement, d’appuyer sur le détonateur pour se faire pulvériser, juste pour faire des victimes, le plus souvent innocentes. Mais, comme en la matière il y a rarement eu de désistement volontaire, l’on est bien obligé de se convaincre que les fous de BoKo Haram procèdent à un véritable formatage de l’esprit critique de leurs « martyrs » recrutés parmi la frange la plus jeune et, comble de cynisme, parmi la gent féminine, pour faire le plus de ravages possibles, essentiellement dans des zones majoritairement musulmanes.

D’ailleurs, l’on ne peut s’empêcher de relever cette absurdité des objectifs poursuivis par cette secte se disant islamiste, puisqu’elle semble avoir abandonné à sa fraction dissidente (Ansarou), la croisade contre les images et les habitudes permissives d’un Occident athée et dépravé, pour s’en prendre paradoxalement et indistinctement à ses frères de même religion.

Il faut se rendre à l’évidence. Les solutions au problème sécuritaire que constituent le très excentrique Abubakar Shekau et ses illuminés ne passeront pas par des bombardements ou des actions solitaires ou isolées des pays concernés par cette menace existentielle, mais par une synergie d’actions des différents gouvernements, et des mesures fortes de bonne gouvernance, la lutte contre le chômage des jeunes et l’ignorance à travers une éducation obligatoire pour tous afin de tarir le vivier dans lequel Boko Haram puise allègrement ses adeptes.