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Père Angelbert Mveng : 20 ans après son assassinat, les meurtriers courent toujours

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Le 23 avril 1995, le petit village de Nkolfané (dans la banlieue ouest de Yaoundé) découvrait le corps du père jésuite Engelbert Mveng, étranglé, couché dans son lit face au plafond. Dans la nuit, des assassins, sans doute commandités, avaient fait leur triste besogne. Depuis lors, une épaisse nébuleuse entoure toujours cette affaire.

Black-out total sur les auteurs, les commanditaires et les mobiles de ce « crime de professionnel ». En fait, la disparition du père Mveng est aujourd´hui encore ressentie comme une perte monumentale pour l´Eglise catholique locale, le Cameroun et toute l´Afrique. Outre la prêtrise, le religieux était historien émérite, artiste distingué, théologien réputé et intellectuel intègre. C´est à lui que l´on doit notamment la splendide mosaïque qui orne le cœur de la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires à Yaoundé. Il est aussi auteur du recueil de poèmes Balafon où il réécrit l’histoire africaine, illustrant ainsi l´apport du continent noir à la civilisation universelle.

Comme historien et comme théologien, le père Mveng était un homme engagé, soucieux de restituer à sa manière la personnalité bafouée de l’Afrique. Il fut ainsi l´un des chantres les plus en vue de la théologie de la libération en Afrique. Internationalement reconnu pour son œuvre immense, on se demande qui pouvait avoir intérêt à le voir disparaître. Le matin du 23 avril 1995 le P. E. Mveng fut trouvé mort. Etranglé, couché dans son lit face au plafond, une profonde blessure à la tête. Un meurtre inexplicable, puisque rien n’avait été emporté de sa chambre.

Le P. Mveng éait né le 9 mai 1930 à Enam-Nkal, paroisse de Miniaba, de Jean Amougou et Barbe Ntolo. Études secondaires au Petit Séminaire de Yaoundé. Après une année au Grand Séminaire de Yaoundé, en 1951, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Djuma (Rep. Dém. du Congo). Le 22.09.1953 il fit sa première profession. Études philosophiques à Eigenhoven (Belgique) et théologiques à Lyon (France). Ordonné prêtre en 1963. Poète, peintre, écrivain, enseignant d’histoire à l’Université de Yaoundé de 1965 à 1995. «La riche personnalité du P. Mveng faisait de lui un jésuite aux qualités remarquables dont la réputation avait depuis longtemps franchi les frontières du Cameroun et même celles du continent africain ». Engagé dans le mouvement culturel de la Négritude, le P. Mveng fut un promoteur convaincu de la nécessité et de la possibilité d’un christianisme inculturé. «L´inculturation est probablement le problème-clé ainsi que le plus grand défi de la théologie africaine… ».

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«Le contexte socio-historique du processus de la conversion de l´Afrique à l´Eglise de Jésus Christ a connu maintes hypocrisies et soulève bien des questions qu´il est inutile d´éluder».

L´atelier d´art religieux fondé par le P. Mveng à Yaoundé se proposait de concrétiser l´inculturation et de reproduire des modèles d´ornements liturgiques puisant leur inspiration dans l´art africain. Parmi les œuvres artistiques du P. Mveng: les mosaïques de Notre Dame d´Afrique (basilique de Nazareth, Israël) et de N. D. des Victoires (cathédrale de Yaoundé; les tableaux de la chapelle du Collège Hekima (Nairobi).

Pendant plusieurs années il fut le secrétaire de l´Association œcuménique des Théologiens Africains (EATWOT). En présentant le livre des Actes de la Rencontre Panafricaine du Caire, il écrivait: «L´œcuménisme en Afrique doit aller au-delà de l´inventaire de nos traditions respectives, de la simple affirmation de nos vieilles identités. Nous sommes invités aujourd´hui à nous engager pour refaire l´unité visible de l´Eglise du Christ. Les Eglises d´Afrique, très dynamiques et efficientes dans les premiers siècles de la chrétienté, peuvent fournir encore une contribution irremplaçable dans l´édification de l´unité visible du Corps du Christ ».

A propos du rôle libérateur de la théologie, il souligna la force libératrice des Béatitudes. « La libération latino-américaine veut se libérer de l´impérialisme, du capitalisme du Nord… en Afrique la théologie de la libération pose la question de Dieu ». En 1977 il fonda une association religieuse, la «Famille des Béatitudes», qui se heurta à plusieurs difficultés. Elle devait vivre le MESSAGE des Béatitudes, qui « proclament que les puissances et les agents de la mort qui nous assaillent tous les jours, la pauvreté, la faim, la soif, l´injustice, l´humiliation, le péché, la haine, la violence seront surmontés, vaincus et dépassés par l´amour ». « Une des choses qui me font pleurer, je le dis tout haut, c´est que l´Afrique sacrifie chaque jour les meilleurs de ses enfants sous prétexte qu´un tel a dit qu´il n´est pas d´accord avec tel chef d´État. Je ne peux pas comprendre qu´on condamne un homme à mort pour ses opinions ».

« Des voix coururent que l´assassinat du P. Mveng a été l´œuvre de « groupes mystiques´, pratiquant des cultes exotériques et se disputant le contrôle de l´apparat de l´Etat. Ils procèdent à l´élimination des intellectuels, des gens qui dérangent ».

Sources : Le messager

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