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Paul Biya résolus à bouter Boko Haram hors du Cameroun

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La semaine du 19 janvier 2015 s’est ouverte sur la présence effective des troupes tchadiennes dans l’Extrême Nord du Cameroun. Premier soutien étranger tangible dans la guerre contre le terrorisme.

Les autorités camerounaises sont en train de réussir un coup diplomatique inédit. Réussir à confondre les grandes puissances dont le discours tranche avec les agissements sur le terrain. Lors de la cérémonie de présentation des vœux du corps diplomatique au président de la République, Paul Biya a fait un discours pour demander que la réponse à la menace salafiste devrait être à la mesure de l’organisation terroriste : globale. Les amis du Cameroun sont alors formellement invités à prêter main forte au gouvernement et à l’armée, résolus à bouter Boko Haram hors du Cameroun et plus largement de mettre ces islamistes hors d’état de nuire.

Le locataire d’Etoudi est une bête politique futée. Il reconnaît, alors que rien n’est moins vrai, que ses forces militaires sont soutenues par les pays amis et frères en commençant par la France, les États-Unis, la Russie, le Nigéria et le Tchad. Une déclaration qui a pu étonner même dans les cercles du pouvoir à Yaoundé. Mais Biya sait avancer ses pions pour cerner ses interlocuteurs.

Immédiatement après cette déclaration, il a demandé au ministre des Relations extérieures d’inviter les principaux ambassadeurs des grandes puissances autour de la table pour savoir sous quelles formes ils entendent aider le Cameroun. Un ordre qui s’adresse en fait aux Français et aux Américains qui peut se lire : «Vous êtes nos ? Eh bien prouvez-le !»

On sait qu’au sortir de l’une de ces audiences, l’ambassadeur de Russie a été passablement précis sur la forme d’aide que son pays entend apporter à l’armée camerounaise sur le terrain. Matériel de combat fraîchement sorti des ateliers militaires de Moscou et formation des officiers camerounais appelés à manier ses engins sophistiqués. La déclaration du chef de la mission américaine à Yaoundé conviés le même jour par Pierre Moukoko Mbonjo est beaucoup moins euphorique. Vague. Rencontré dans les jardins du Musée national lors de la réouverture de l’institution culturelle, Michael Hoza explique qu’il devrait «bientôt» est plus précis sur la nature de l’engagement de Washington aux côtés du Cameroun.

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Comme toujours, la France est aux abonnés absents lorsqu’il faut s’engager sur le terrain. Lors du passage du président de l’Assemblée nationale française au Cameroun en octobre 2014, il avait été dit que Paris attendait une demande formelle des autorités camerounaises. L’appel de Paul Biya au corps diplomatique ne pouvait pas être plus clair. Pourtant Christine Robichon n’a pas encore été entendue près de trois semaines après le discours du 08 janvier. Un de ses conseillers indiquait récemment au reporter qu’une intervention publique de la représentante de la France dans la capitale camerounaise n’était pas au programme dans l’immédiat. «Peut-être plus tard dans l’année». Un dilatoire dans la prise de parole qui n’augure rien de concret sur le terrain de la guerre.

À côté des grandes puissances, il y a le Nigéria dont les autorités semblent totalement se désintéresser de la croissance exponentielle de la menace nourrie par l’impunité lorsqu’elle traverse la frontière et se réfugie dans les États du Borno, de l’Adamawa, etc. Goodluck Ebelle Jonathan et son administration sont en campagne électorale. Trop occupé à renouveler son bail aux affaires à Abuja, le gouvernement nigérian remet lui aussi à plus tard. Au Cameroun ces manœuvres relancent les thèses complotistes très en vogue pendant le mois de juillet 2014. Et des gens du pouvoir bercés par l’engagement de l’OTAN en Lybie et en Syrie recommencent à craindre que le Boko Haram du Cameroun ne soit encouragée et armée pour faire vaciller le régime de Paul Biya.

William Bayiha

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