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Paul Biya peut-il avoir des économies ?

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A la suite d’une information puisée des sources américaines, nous avons, une fois de plus assisté la semaine dernière à un étrange débat sur la présumée fortune de M. Paul Biya, président de la République du Cameroun. « La cinquième parmi les chefs d’Etat africains, évaluée à…100 milliards » seulement de nos francs. Comme cela arrive souvent, lorsque le président Biya ou quelqu’un des siens est égratigné dans un problème d’argent ou autre, ni la famille, ni le cabinet civil de la présidence n’apporte de mise au point ou de démenti.

C’est plutôt du poulailler que fusent des caquètements et des cocoricos qui n’avancent personne. Curieux débat que celui-là. Lorsqu’aux premières années de la magistrature du président Biya, le satirique français Le Canard enchaîné a fait état de son appartement acquis à l’avenue Kléber à Paris, on a eu pour toute réponse que les réactions et éditoriaux des « grandes plumes » des médias à capitaux publics. Question de justifier la fonction que l’on occupe et de défendre son beefsteak ? Sans doute. On va faire comment ? On ne lâche pas la proie pour l’ombre.

Le journal tenait pourtant le bon bout. Lorsqu’il a publié les documents relatifs à cette acquisition, les thuriféraires de l’époque ont fini par clouer le bec.

Il y a quelques mois, c’est Franck-Emmanuel Biya, le fils aîné du président, qui a été mis en cause dans un problème de 400 milliards auprès de la Caisse autonome d’amortissement. Il ne me souvient pas que cet organisme ait soufflé mot pour démentir « l’information ». C’est encore parmi les membres du gouvernement et autres seconds couteaux que provenaient des roucoulements et autres cris de perroquets. Ces gens réagissent comme si depuis son intégration à la fonction publique entre 1962 et 1963 comme haut commis de l’Etat, M. Paul Biya ne fait que manger son blé en herbe. Or, M. Biya ne fait que surfer sur les vagues de la vie active depuis ces années-là. De directeur de cabinet du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse à l’époque, à président de la République depuis…1982, en passant par les fonctions de directeur du cabinet civil de la présidence, premier ministre, avec tout ce que cela comporte comme avantages, facilités et privilèges. Pendant longtemps, l’homme a quand même traîné la solide réputation de sobriété. Etre au-dessus de la mêlée depuis plus de…50 ans, de mon modeste point de vue, s’il n’a que des « économies » de cent milliards de nos francs, c’est justifiable, s’il peut en établir la traçabilité comme l’exige la constitution dont il est curieusement le premier à bouder le fameux article 66.

Comme l’ont déjà dit certains confrères la semaine dernière, les biens déclarés de M. Biya et de ses collaborateurs les mettraient sans doute à l’abri des soupçons. En voulant trop le laver n’importe comment, on finit par le noyer dans la gadoue. Car ceux qui se livrent ou sont commis à cette opération n’ont aucun élément sur lequel s’appuyer pour crier à « l’acharnement et à la désinformation ». Une sagesse populaire enseigne que « qui ne dit mot consent ». Si le président  et son entourage demeurent dans la logique bien connue de « ne pas commenter les commentaires » alors de quoi se mêlent ceux qui ne font même pas partie du cercle très restreint de ses confidents ?

Le président est quand même un homme public. Autant il l’est, autant le sont son épouse, ses enfants ainsi que son proche entourage. S’il s’entoure d’animaux domestiques comme chiens, chats et chevaux, même ces bêtes ne sont pas comme les autres. C’est pour cette raison que sa « fortune » intéresse du beau monde ; dans les chalets cossus comme dans les chaumières. Ce qui me semble curieux dans cette affaire, si c’en est une, c’est la réaction du directeur Afrique du magazine Forbes qui, en bon journaliste, a  soigneusement évité les journaux qui ont relayé  l’information attribuée à son journal. Il a préféré publier son démenti ou sa mise au point dans un organe qui n’oserait pas faire mention de ce « brûlot » dans ses colonnes. Pour des raisons évidentes. Du coup, de ce côté-là, on dirait qu’on a été pris par la danse de Saint-Guy. A l’ère de la série des « complots médiatiques » réels ou imaginés contre le Cameroun et son président, dans la perspective de « déstabiliser le pays », selon le ministre camerounais de la Communication, c’est du pain béni pour les courtisans. Dans le sérail et on apprête sans doute la canonnière pour bousiller la diabolique presse de la cinquième colonne.

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Tenez, j’ai lu quelque part les lignes suivantes : « la publication du fameux « palmarès » ne peut donc être, à l’évidence, ni fortuite, ni innocente. Tout porte au contraire à penser que la manœuvre a été conçue à dessein. Pour nuire. Sans plus. Avec  pleine conscience que démentis et mises au point ultérieurement servis n’allaient pas suffire à rattraper les dégâts commis, à dissiper les  doutes instillés au sein de l’opinion. Comptant en cela, pour faire aboutir le sordide stratagème,   sur une certaine promptitude des médias pour relayer tout ce qui peut ternir le régime de Yaoundé et son chef. Ainsi s’expliquerait le fait que malgré le caractère particulièrement sensible du brûlot, de nombreux confrères n’aient jugé utile de s’assurer de l’authenticité du prétendu communiqué de Forbes. La nécessaire, l’indispensable distance par rapport à ses sources. Une simple vérification de celles-ci. A défaut de les  critiquer selon les règles de l’art ».

De quoi rire, connaissant assez bien l’auteur de cette philippique. Je peux dire que toute la finesse avec laquelle elle est rédigée ne repose pas pour autant sur la conviction profonde de son auteur. Si dans les milieux plus ou moins proches du sérail on voit les mains scélérates des « apprentis sorciers » dans tout ce qui est publié sur le Cameroun et son président, autant ne pas prêter le flanc à la curiosité des vilains « voyeurs ». Quand un roi se déshabille, sa nudité ne laisse personne indifférent. Même pas les âmes les plus pudibondes qui feraient semblant de couvrir l’intimité du souverain, quitte à mieux la…contempler.

S’il est vrai que le président du Cameroun ne dispose pas d’un « trésor » de cent milliards de nos francs, on rétablit la vérité au  lieu de se mettre à hurler au complot et de culpabiliser ceux qui n’ont fait que relayer l’information. C’est peut-être le lieu et le moment de rappeler à nos confrères- suivez mon regard – qu’un directeur général de la société éditrice du grand quotidien national bilingue et le rédacteur en chef ont été embastillés dans les locaux de la Bmm pour avoir publié un décret présidentiel portant organisation de la présidence de la République. Un autre patron de la même maison a perdu son poste pour avoir, de sa plus belle plume, rédigé un papier tout élogieux sur Pierre-Désiré Engo, la veille de la déchéance de celui-ci. On n’a jamais éclairé l’opinion publique sur ces cas et d’autres qui ont valu quelques déboires à nos amis de la rue des aéroports. Manipulation, désinformation ou combat à fleurets mouchetés dans le sérail ? Là-bas, on sait très bien ce qu’on peut écrire et « les sujets tabous » à ne même pas effleurer. Si oui entre « personnes sûres » car même entre collègues, on sait qui est qui.

Pour revenir à la présumée fortune du président camerounais que certains estiment à cent milliards de nos francs alors que pour d’autres elle n’existe même pas. Je l’ai écrit tantôt : depuis plus de 50 ans, il n’a occupé que des fonctions qui lui valent primes, avantages et divers privilèges. Ce n’est pas courant que les hommes politiques et autres célébrités du monde, en dehors des artistes, étalent leurs richesses sur la place du marché. Il a fallu que Juan Domingo Peron, Nicolae Ceauçescu et d’autres têtes couronnées soient chassés du pouvoir pour que les insurgés, pillant leurs biens matériels, jettent dans la rue ce qu’ils n’ont pas pu emporter de leur saint-frusquin. Seuls les hommes politiques occidentaux ont souvent le devoir de déclarer leurs avoirs parce qu’ils ont forcément des comptes à rendre à leur opinion. Ce n’est pas encore le cas chez  nous, parce que nous sommes encore à des années-lumière de ce niveau de démocratie. Mais si les autres nous aident à soulever un bout du matelas financier des princes qui nous dirigent, certains ne doivent pas faire comme si toute économie est bâtie de manière criminelle. Et encore !

© Dobell | Le Messager

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