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Orientation Scolaire : Et si les parents étaient le vrai problème ?

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Le vendredi 11 Octobre, il y a quelques jours, a été la journée de l’orientation scolaire dans la plupart  des établissements au Cameroun.

On se passera volontiers de la tentative de médiatisation que l’on a voulu faire sur cet évènement en invitant des autorités administratives et des personnalités publiques à cette manifestation notamment dans la ville de Douala… Placé sous le thème « Orientation scolaire pour le succès des apprentissages » de nombreux élèves et étudiants ne s’y sont par contre pas beaucoup intéressés préférant anticiper sur le weekend qui s’annonçait déjà longuissime de toute manière. Alors les enseignants se sont –ils retrouvés eux-mêmes à débattre au sujet de l’orientation ? Pour quoi faire ? Ils sont Professeurs autrement dit, ils ont déjà raté leur chance !

Il est tout de même nécessaire de nous intéresser ici à une conversation téléphonique qui sort de l’ordinaire pour palper ici la gravité de l’ignorance non pas des étudiants mais de certains parents au sujet de l’orientation académique. Celle-ci est un dialogue entre un oncle et sa nièce, une jeune bachelière. Mélanie a passé son Bac avec succès cette année et s’apprête à s’inscrire à l’Université pour le compte de l’année académique 2013-2014.Son oncle paternel est la personne qui prendra en charge ses frais d’études (en tout cas, tant qu’il le pourra). Le seul bémol est que Mélanie et son Oncle n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le type d’études qu’elle suivra. Ayant un penchant naturel pour aider ses semblables, Mélanie est persuadée qu’en s’inscrivant en Faculté de Droit elle fera plus tard une bonne Avocate. Son oncle lui, n’est pas du même avis. Il a suivi une formation en Marketing, a été cadre dans une grande entreprise et aujourd’hui, dirige sa propre boite ; ses affaires vont bon train. Aussi, a-t-il orienté sa nièce vers le Marketing. Voici donc le début d’un conflit où les deux adversaires vont livrer une rude bataille.

Revenons donc à notre fameuse conversation :

«  Madame, qu’est-ce que j’apprends ? Je te donne de l’argent 30 000 F pour aller faire ton dossier de pré-inscription et toi tu t’en vas t’inscrire en Droit ? Est-ce que c’est ce qu’on s’était dit ? ». Dit l’oncle d’un ton indigné !

Evidemment il y eu un temps de pause ce qui laisse à penser que son interlocuteur (Mélanie) répondait à son tour.

Puis l’homme ajoute : «  Tu es malade ? Donc, je te donne ma part de conseil et toi tu t’en vas décider avec d’autres personnes ! Ta famille là est où quand il faut payer ton école ? N’importe quoi ! Tu vas te débrouiller à trouver de l’argent et aller t’inscrire en marketing. Sinon ne compte même plus sur moi pour payer tes études. Merde  ça c’est quoi ça ! ». Il rangea alors son téléphone portable dans sa poche puis se lança dans un bref monologue…

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Cela à l’air banal comme conversation mais une fois de plus, c’est une démonstration du manque d’ouverture d’esprit de certains parents. Il y a lieu de se poser des questions : Les études de Mélanie est-ce son oncle qui va les faire ou elle ? Viendra-t-il en cours à sa place ? Sera-t-il celui à qui l’on remettra un diplôme à la fin de sa formation ? Bien sûr que non ! Qu’est ce qui lui garantit que Mélanie, qui est une personne qui aura reçu une éducation différente, introvertie et sensible, pourra trouver son bonheur dans le Marketing ? Tout le monde sait qu’on est soi- même motivé par les choses que nous éprouvons du plaisir à faire. Voilà pourquoi un enfant aussi cancre soit-il aura toujours une bonne note dans une matière qu’il aime car, il éprouve du plaisir à l’étudier. Qu’il s’agisse des Mathématiques, de L’Anglais, l’Histoire où le Sport la règle est la même. De plus réfléchissons un instant, ce que l’oncle de Mélanie ignore est que la Faculté de Droit est certes saturée de par le nombre pléthorique d’étudiants qui s’y inscrivent mais elle offre bien plus de débouchés pour l’emploi. Si ce dernier pouvait seulement faire confiance à sa nièce et la laisser suivre sa voie au lieu de lui imposer la sienne ?

Ces pathétiques réflexions, bien des parents les font subir à leurs enfants, en oubliant que dans de telles conditions, l’un de ces scénarios est possible : Soit le concerné suit sans vouloir désobéir, l’orientation donnée par le parent et se retrouve à essuyer chaque année des échecs jusqu’à ce qu’il finisse par désespérer et mettre un terme à ses études ; soit il refuse de céder à l’opinion de son parent et se retrouve seul à défendre son choix quitte à financer lui-même sa formation ; ou encore il s’inscrit, puis quand il rendra compte de l’erreur, il voudra changer de filière encore et encore pour se rattraper. Deux de ces cas se terminent par un échec. Rendons nous quand même à l’évidence : les parents ne sont pas des Experts en orientation d’autant plus qu’ils ont déjà du mal à être Parents.

De la même manière cette situation me rappelle l’histoire de quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Un jeune homme, il y a plusieurs années, sa mère infirmière de profession (ne se rendant même pas compte qu’il avait un Bac littéraire), voulait le convaincre de faire Médecine, l’un de ses oncles, Juriste souhaitait pour lui des études de Droit afin qu’il soit le Magistrat que lui n’a jamais pu être. Quant à son Frère ainé chargé de payer ses études il avait d’autres plans…

 Entêté et passionné par tout autre chose, le jeune homme suivra sa propre voie. Aujourd’hui c’est un talentueux Journaliste qui travaille à l’étranger, Consultant sur des chaines d’informations, il donne également des conférences dans plusieurs grandes écoles. Aurait –il eu ce statut et s’épanouirait-il dans son travail s’il avait écouté un de ses parents ? Certainement pas ! Je vous parle d’un sacré Auteur et un Enquêteur chevronné. Un journaliste, un vrai de vrai, non pas une ombre de la profession qui croule sous le poids de la précarité, d’une démocratie partielle et de la mauvaise conjoncture en général dont des personnes comme Nous, sommes victimes dans notre pays.

Aristide Bille Koffi

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