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Opération épervier : Mebe Ngo’o entendu vendredi dernier

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L’actuel ministre des Transports a subi des heures durant, en son cabinet, un interrogatoire mené par des magistrats-militaires. Il lui est reproché des dépenses ordonnées après la lecture du décret présidentiel le déchargeant de ses fonctions de ministre délégué à la Défense.

Scène de joie dans les casernes

Le quartier général était en liesse vendredi dernier. Des soldats se congratulaient et s’embrassaient joyeusement. Les visages respiraient la joie. La «bonne nouvelle» du jour, c’était l’audition de celui qui pendant plus de 6 ans, de 2009 à 2015, a régné d’une main de fer sur le ministère de la Défense. La nouvelle était le sujet phare des conversations aussi bien en petit comité que dans les buvettes fréquentées par les soldats, au voisinage du quartier général. Le téléphone arabe aidant, l’information s’est, de proche en proche, répandue dans la capitale. Et au-delà. L’on apprendra par la suite que c’est de l’entourage du cabinet du ministre des Transports qu’est partie la fuite. Pourtant, l’audition, en elle-même, s’est déroulée dans la discrétion totale.

L’affaire

L’étau semble se resserrer un peu plus autour d’Edgard Alain Mebe Ngo’o. Le 4 décembre, il a perdu son bras de fer face à son dénonciateur, sur une première dépense de 315 millions FCFA, puis une seconde de 191 millions FCFA portant cette fois sur des bons de carburants tirés et payés rubis sur l’ongle par l’entreprise Total. Le caractère litigieux de ces deux dépenses provient de ce que l’ex-ministre délégué à la Défense (Mindef) les aurait passées sans plus en avoir qualité.

Pour la petite histoire, le 02 octobre Paul Biya réaménage le gouvernement Yang. Mebe Ngo’o quitte le maroquin de la Défense pour celui beaucoup moins influent des Transports. Les enquêteurs estiment que, dès lors, l’ex-Mindef n’avait ni droit ni qualité pour ordonner quelque dépense que ce soit pour le compte du ministère de la Défense.

Intervention de la présidence

Mebe Ngo’o a très tôt vu d’un mauvais œil l’activisme de la justice autour de sa personne. Un à un certains de ses ex-proches collaborateurs vont être convoqués et auditionnés au Secrétariat d’État à la défense chargé de la gendarmerie (Sed). Ainsi sont passés à l’interrogatoire: le lieutenant-colonel Mboutou, le général Mendoua et d’autres personnages de la galaxie de l’ex-Mindef.

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La machine des auditions s’est quelque grippée quand est venu le tour de Mebe Ngo’o. Des indiscrétions révèlent que rendu au cabinet du ministre des Transports, des magistrats-militaires, conduits par le général Elokobi, se sont entendu dire que le maître de céans n’a pas une «minute à leur accorder». Leurs protestations n’y feront rien.
C’est un coup de fil du ministre-secrétaire général de la présidence de la République qui fera évoluer l’enquête. Ferdinand Ngoh Ngoh, sans doute mis au courant dans l’heure des déboires de l’équipe Elokobi, aurait dare-dare téléphoné à Mebe Ngo’o pour lui signifier que le président de la République, en personne, avait validé l’enquête des militaires. Dès lors, l’ex-Mindef n’avait pas d’autre choix que de rendre les armes. C’est ragaillardis que les magistrats sont entrés dans le bureau du ministre des Transports. On peut aisément imaginer l’ambiance. Et surtout à quelle sauce le natif de Zoételé a été mangé.

Dénonciation

Au sujet des 315 millions FCFA, il ressort que ce serait le fruit d’une rétro-commission issue d’un marché public passé à la va-vite le 02 octobre, pour les raisons que l’on sait.
Lésé dans le partage, méprisé par la suite par ses complices d’hier, un des intermédiaires de ladite retro-commission aurait donc, pas dépit, décidé de mettre les pieds dans le plat. Non seulement celui-ci (son identité est gardée secrète pour des raisons d’enquête) va rédiger une lettre de dénonciation, il prendra aussi sur lui de l’assumer en la signant de son nom, et se serait en plus mis à l’entière disposition des magistrats-militaires, à en croire une source digne de foi. Mise au parfum via une lettre de dénonciation bien documentée, la présidence de la République va saisir la justice pour compétence, a appris votre journal.

Le début de la fin ?      
   
Mebe Ngo’o, visiblement, était loin de se douter que le chef de l’État allait autoriser qu’on l’entende. Chose étrangère, l’ancien directeur du cabinet civil de la présidence de la République se berce toujours de l’illusion de son intouchabilité, malgré le flot de déconvenues dont il serait l’objet ces derniers temps. Après son départ du ministère de la Défense, l’opinion apprit qu’un commando s’était rendu en son domicile et en était réparti avec tout le matériel militaire s’y trouvant. Mebe Ngo’o effectuait ce jour-là une visite officielle à Douala. Le chef de division de la communication, le colonel Badjeck, s’était alors attelé à démentir cette information. Mais dans l’opinion, la certitude est forte que le glas a, depuis le 02 octobre, sonné pour l’ancien tout-puissant préfet du Mfoundi. En effet dans le sérail, l’audition d’un ministre n’est pas sans conséquence sur la suite de sa carrière politique. L’interrogatoire de vendredi dernier pourrait en annoncer d’autres tout aussi humiliantes et chargées de tourments. see…

© La Météo : Mamouda Labaran

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