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Opération épervier : Lazare Essimi Menye au Tribunal Criminel Spécial

Dans la matinée d’hier (Mardi 13 Janvier 2015), le Ministre de l’Agriculture était entendu par les enquêteurs du tribunal criminel spécial. Ayant demandé une autorisation spéciale pour se faire entendre dans les bureaux du Ministère de la justice et non au TCS, le Ministre d’après des sources répondaient sur deux dossiers portés devant la juridiction spéciale.

Voici quelques années déjà que les médias privés avaient fait état de l’implication de l’ancien Ministre des finances, Lazare Essimi Menye, dans l’organisation d’un réseau ayant conduit à la perte par l’état du Cameroun de la somme de 9 025 000 000 Fcfa (neuf milliards vingt cinq millions de francs cfa) dans le dossier Amity Bank.
 
D’après plusieurs indiscrétions, l’ancien Ministre des Finances, ayant toujours été annoncé devant le TCS dans le cadre de l’affaire sus-citée avait conclu à une cabale médiatique contre sa personne par des esprits mal intentionnés. Hélas ! la journée du Mardi 13 Janvier 2015 va venir confondre cette thèse. Aux environs de 09 H 51 Minutes, le véhicule de marque Land Cruiser de couleur noire immatriculé CE 505 BA avec à son bord Lazare Essimi Menye va faire son entrée dans l’enceinte du Ministère de la justice. Le visage fermé et très anxieux, le Ministre de l’agriculture aura auparavant demandé à son escorte de tout faire pour qu’il passe inaperçu à cette convocation inattendue. C’est alors que quelques minutes avant cette arrivée, on aura aperçu devant la grille d’entrée du Ministère de la justice la garde rapprochée du Ministre à bord d’une autre Land Cruiser immatriculée CE 415 FX. Un stratagème qui visait à distraire les nombreux avocats présent en ces  lieux ce jour-là pour ne pas lâcher l’information qui aurait fait le tour du Cameroun afin de donner l’alerte sur une probable descente aux enfers de l’ancien argentier.

Selon des sources, c’est sur instruction du Président de la République et plus précisément par courrier signé du Ministre, Secrétaire général de la Présidence de la république, datant de Décembre 2014 que les deux affaires concernant le Ministre ont connu une accélération. Convoqué devant le TCS pour apporter ses éclairages, Lazare Essimi Menye aurait bénéficié d’une autre instruction du Chef de l’Etat, devant l’erreur judiciaire dans l’affaire Bapes Bapes, pouvant lui permettre de demander lui étant en fonction qu’il soit auditionné hors des locaux du TCS. La chancellerie devenant ainsi un lieu par défaut pour ne pas sortir du cadre judiciaire des affaires portées devant la justice. Bien avant lui, certaines sources, affirment que les Ministres tels que Paul Atanga Nji, Biyiti Bi Essam, etc. auraient également bénéficié de telles « largesses ».
    
Deux dossiers

Devant le TCS aujourd’hui Lazare Essimi Menye serait accusé d’avoir eu des intérêts dans l’affaire dite d’Amity Bank. D’après l’accusation, le Ministre aurait abusé de sa fonction pour orienter le dossier afin de contribuer au détournement d’un montant estimé à 9 025 000 000 Fcfa (neuf milliards vingt cinq millions de francs cfa).

Dans cette affaire, à la suite de tensions de trésorerie que connaissait Amity Bank Cameroon depuis la fin de l’année 2006, par décision N°D-2007/216 du 26 mai 2007 portant désignation d’un mandataire de la Commission Bancaire à Amity Bank Cameroon, la Cobac avait placée Amity Bank Cameroun sous administration provisoire et désigné un mandataire. L’administrateur qui avait pour mission de poursuivre la gestion courante de la banque en collaboration avec son personnel d’alors, était également chargé dans ses prérogatives de trouver toutes personnes intéressées par l’entrée dans le capital de Amity Bank Cameroon Plc en vue de rétablir sa structure financière à travers un plan de restructuration crédible soumis à l’approbation de la Cobac.

Cette même décision de la Cobac précisait aussi que : «Le mandataire est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de la société et dans le cadre du mandat confié par la Cobac. Il exerce ce pouvoir dans la limite de l’objet social et sous réserve de ceux que la loi attribue expressément aux assemblées d’actionnaires». La restructuration ainsi engagée par la Cobac était déjà en très bonne voie grâce à l’instruction du 08 août 2007 de Polycarpe Abah Abah, Ministre de l’Economie et des Finances à l’époque des faits. L’ancien argentier, Polycarpe Abah Abah avait ainsi ordonné le transfert du portefeuille des créances provisionnées d’Amity Bank à la SRC (Société de Recouvrement des Créances) pour leur recouvrement.

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Mais à la surprise générale, en janvier 2008 après le remaniement ou réaménagement survenu le 7 Septembre 2007, Lazare Essimi Menye prend les commandes du Ministère des Finances. C’est alors qu’en dehors du cadre de sa mission le mandataire de la Cobac avec la « bénédiction » ou la complicité du Ministre des Finances va signer avec Atlantique Banque Cameroun, un protocole d’accord portant transfert de la somme sus-évoquée soit 9 025 000 000 Fcfa (neuf milliards vingt cinq millions de francs cfa) appartenant à Amity Bank. Dans une opacité à nulle pareille et sans avoir consulté les actionnaires d’Amity Bank, le forfait va être perpétré.

Selon des sources proches du dossier, les états financiers d’Amitu Bank affichaient une synthèse nette deficitaire au 31 Décembre 2006 de la somme de 8 186 642 350 Fcfa. Des pertes cumulées non apurées qui auront permis à Abah Abah Polycarpe de prendre la décision du transfert de ces créances dans le portefeuille de la SRC, garantissant par ce fait l’actionnariat de la banque en vue d’une restructuration prochaine. Malheureusement par lettre N°00000504/MINFI/SG/DGTCFM du 10 février 2009, Monsieur Essimi Menye Lazare, alors Ministre des Finances a engagé l’Etat du Cameroun à verser la somme de 9 025 000 000Fcfa (neuf milliards vingt cinq millions de francs cfa) à la banque Atlantique Cameroun. SA. pour la reprise par celle-ci du portefeuille des créances de Amity Bank.

Quand le document d’accord est signé entre les deux banques sus évoquées, Banque Atlantique par cet acte acquiert l’actif et le passif de Amity Bank, seulement, il se trouve à cette période que la Banque Atlantique, elle même connait des tensions et ne pouvait se permettre une telle transaction. Aussi, ne comprend t-on pas que dans une affaire purement privée, le Minfi de l’époque, par lettre N°504 MINFI/SG/DGDCFM du 10 février 2009, engage le gouvernement camerounais, à apporter son concours à la restructuration d’Amity Bank Cameroon Plc, par la prise en charge d’une partie des créances de cet établissement de crédit privé.

C’est cela qui suscitera de nombreuses interrogations car l’acquéreur étant présenté comme  une multinationale, donc sensé disposer de moyens. Dans cette opération douteuse, la transaction s’était même déroulée au mépris des droits des actionnaires ce qui les a obligé à saisir la Cour de justice de la CEMAC qui rendra l’arrêt N°010/CEMAC/CJ/du 13/11/2009 en leur faveur. Cette juridiction compétente en la matière va rétablir les actionnaires d’Amity Bank dans leurs droits en donnant une décision réattribuant la somme de   9 025 000 000 FCFA préalablement accordé par Lazare Essimi Menye à Atlantique Bank par émission de bons de trésor.

Devant ce constat, la spoliation de l’Etat d’importantes sommes d’argents devra être certainement conclue par les fins limiers du TCS. Ces sommes qui auraient pu servir à la construction d’infrastructures de développement auraient ainsi été détournées à d’autres fins pas encore éludées.

Pour ce premier dossier qui vient de voir l’audition du Ministre de l’Agriculture, l’on annonce également le passage devant les enquêteurs du TCS du Directeur General de la SRC et bien d’autres personnalités impliquées dans cette affaire.

Le deuxième dossier ouvert devant cette juridiction, qui implique encore le Ministre de l’agriculture Lazare Essimi Menye, serait lié à l’Ex-Société Camerounaise de tabacs (SCT). D’après des sources proches du dossier, cette affaire devrait aussi permettre au TCS de voir plus clair. L’ancien Ministre des finances, Lazare Essimi Menye serait accusé d’avoir donné une injonction au liquidateur de la SCT courant 2009 afin que celui-ci vende ladite société à son frère aujourd’hui décédé pour la modique somme de 50 000 000fcfa. (Cinquante millions de francs cfa). L’Etat du Cameroun qui avait investit des milliards dans cette structure se voyait être spolié d’un patrimoine par des micmacs ceci en violations de la loi 99/019 du 22 décembre 1999.

Après le décès de son frère acquéreur, Lazare Essimi Menye va devenir le nouveau gérant de la structure, démontrant par cet acte son intérêt dans l’orientation de la vente. D’après des sources, à ce jour, se sont les ouvriers de l’ex-Minfi, qui s’activent dans cette plantation et déclarent à qui veut l’entendre que le patron n’est autre que le Minfi, qui même du vivant de son feu frère, donnait des ordres.

En poussant la curiosité pour savoir comment cette structure est financée, nous avons pu découvrir que l’actuel ministre de l’agriculture, a pu faire inscrire dans le budget 2015 de son département ministériel, une ligne pour un montant de 150 000 000fcfa (cent cinquante millions de francs Cfa) au titre de subvention de la culture du tabac. Au moment où l’Organisation Mondiale de la Santé, est opposée à la consommation du tabac, la structure « fantôme » d’Essimi Menye bénéficiera-t-elle de cette subvention ? Affaire à suivre.

© Camer.be : Ousmane Mah

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