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Opération Épervier: Essimi Menye va s’agenouiller à Mvomeka’a

Essimi-Menye

C’est un homme très ébranlé, pour ne pas dire pris de panique, qui a fait un tour éclair et très discret samedi dernier à Mvomeka’a, le village natal du chef de l’État. Après de longues semaines d’opérations d’approche et de tractations, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), Essimi Menye, a fini par décrocher un rendez-vous avec le frère cadet de Paul Biya, Pierre Meba. Il s’agissait, selon des sources très introduites, d’amener son interlocuteur à intercéder auprès du président de la République afin qu’il soit épargné non seulement des foudres du Tribunal criminel spécial (Tcs), mais aussi et surtout, des foudres d’un probable chamboulement gouvernemental.

Sans s’engager formellement dans la réussite de l’opération, et sans promettre l’immunité souhaitée, Pierre Meba, indiquent les mêmes sources, aurait juste indiqué au Minader qu’il était sensible à son sort et qu’il verrait dans quelles circonstances présenter son cas à Paul Biya, son frère ainé. Un autre informateur ajoute que son interlocuteur aurait même pesé de tout son poids pour qu’Emmanuel Essimi Menye rencontre le chef de l’État. Avec Paul Biya, précise notre informateur, le Minader n’aurait pas été avare en confidences démontrant par exemple comment le Premier ministre Philemon Yang bloque son travail. Et ce n’est pas tout. Dans la même lancée, il aurait profité pour donner au président de la République, sa version des faits par rapport à ses auditions au Tcs. Essimi Menye aurait alors profité pour démonter, point par point, tout ce qui est aujourd’hui retenu contre lui concernant l’opération Épervier. Info ou intox ? Rien n’est moins sûr.

En tout cas, en reprenant la route pour Yaoundé, samedi en fin d’après-midi, Lazare (ou Emmanuiel) Essimi Menye ne semblait pas plus rassuré qu’au départ. Toujours est-il que le Minader estime sa démarche comme le dernier recours, son vis-à-vis du jour, le dernier né des enfants de Mvondo Assam, étant généralement présenté comme «le directeur officieux du cabinet civil», l’une des rares personnes avec qui Paul Biya échange en toute confiance.

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Dans son édition du 15 janvier dernier, La Météo rendait compte de l’audition, deux jours plus tôt par des enquêteurs du Tcs, du Minader dans le cabinet du ministre d’État, ministre de la Justice, garde des Sceaux. Votre journal indiquait alors qu’Essimi Menye est face à deux dossiers potentiellement explosifs pour lui, et qui pourraient le conduire derrière les barreaux.

La première affaire, écrivions-nous alors, a trait à un détournement de 9,025 milliards Fcfa destinés à la restructuration d’Amity Bank of Cameroon (Abc), du temps où il était ministre des Finances (Minfi) et mandataire de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Plutôt que de faire parvenir lesdits fonds à cet établissement, Essimi Menye, par lettre n°00000504/MINFI/SG/DGTCFM du 10 février 2009, la fera transférer à Banque Atlantique. Au lendemain de ce dérapage contrôlé, des sources proches du dossier y virent une machination visant l’accaparement du passif et de l’actif d’Amity Bank par sa concurrente, elle-même en butte à des tensions de trésorerie. «Des mauvaises langues prétendent que la transaction se serait déroulée au mépris des droits des actionnaires. Ce qui aurait poussé ceux-ci à saisir la justice de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui rendra l’arrêt n°010/CEMAC/CJ/du 13/11/2009 en faveur des actionnaires. Cette juridiction rétablira alors les actionnaires d’Amity Bank dans leurs droits en rétribuant par bons de trésor la somme de 9,025 milliards FCfa préalablement accordée par Essimi Menye à Atlantique Banque of Cameroun», écrivions-nous.

L’autre dossier sulfureux a trait à la liquidation de la Société camerounaise des tabacs (Sct), sur laquelle le Minader aurait mis la main via un proche, pour 50 millions de Fcfa. Plus tard, Essimi Menye fera inscrire, dans le budget de son département ministériel, une ligne budgétaire pour un montant de 150 millions de Fcfa, au profit de cette entreprise au titre de subvention pour la culture du tabac. Dans l’un et l’autre cas, non seulement les jours d’Essimi Menye semblent comptés au gouvernement, mais en plus la prison s’acharne à lui tendre les bras depuis de longs mois.

René Atangana

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