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Opération Epervier: Tous morts en prison – le régime dévore ses créatures

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Nécrologie: Jérôme Mendouga  n’est plus. L’ancien ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis, et coaccusé de Jean-Marie Atangana Mebara dans le détournement des fonds destinés à l’achat d’un avion présidentiel, est décédé samedi dernier à l’Hôpital général de Yaoundé. Il était jusqu’à l’heure de sa mort pensionnaire de la prison centrale de Kondengui.

La nouvelle a circulé samedi 15 novembre en milieu d’après-midi, alors que tous les esprits étaient tendus vers la rencontre de football Cameroun-République démocratique du Congo au stade Ahmadou Ahidjo : Jérôme Mendouga a poussé son dernier souffle après plusieurs semaines de maladie à l’Hôpital général de Yaoundé. Dans ce centre hospitalier de référence, tout était dans l’ordre à 19 heures. Vides, les couloirs le sont, et plus encore au «pavillon Vip» situé au troisième étage où Jérôme Mendouga a passé les derniers jours de sa vie. Les deux infirmières de garde se refusent à quelque commentaire sans une autorisation écrite de l’administration, mais la chambre 321 entrouverte ne laisse percevoir aucune présence humaine. Celle qu’occupait l’ancien ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis après un énième malaise. Le dernier. « Toutes blessent, la dernière tue » (la douleur : Ndlr) dit l’adage.

Au domicile du défunt à Elig-Essono, la consternation est vive. En cette soirée, les portes de la villa sont grandes ouvertes, et une soixantaine de personnes assistent à une prière à la mémoire du défunt. L’un de ses fils, à la fin de la prière, va prendre la parole pour rassurer pour ce qui est du programme des obsèques. Sa mère et épouse de Jérôme Mendouga est encore à l’étranger, informe-t-il l’assistance, il faut attendre son retour pour organiser les obsèques de leur parent. Cela n’empêche pas pour autant la famille de tenir un conciliabule dans la cuisine pour définir la suite à donner aux évènements.

«L’avenir nous dira»

Dehors, le sujet de la mort du patron des lieux et surtout les circonstances semblent tabous. L’arrestation du professeur Gervais Mendo Ze alimente quelques conversations mais rien sur le défunt. A l’exception d’un des fils qui réunit autour de lui ce qui apparait être ses collègues de bureau. «La diplomatie est une grande famille, nous ne devons jamais perdre les valeurs de ce métier», leur recommande-t-il. « La diplomatie a des valeurs que nous devons continuer de défendre, a-t-il conseillé avant de préconiser, mon père était un grand homme et il a fait de grandes choses, que j’espère, vous aurez le temps de découvrir». S’excusant de ne pas avoir rempli ses obligations professionnelles ces dernières semaines du fait de l’état de santé préoccupant de son père, le jeune homme va remercier ses collègues pour leur soutien. N’évoquant point les ennuis judiciaires qui ont sans doute été pour beaucoup dans les soucis de santé de son père, il aura juste ce mot : «l’avenir nous dira».

Jérôme Mendouga était en poste à Washington au moment où le gouvernement camerounais décide de se mettre en cheville avec le groupe Boeing pour l’acquisition d’un aéronef destiné aux déplacements du président de la République. Il était accusé avec Jean Marie Atangana Mebara, ci-devant secrétaire général de la présidence de la République, lui aussi actuellement en détention à Kondengui, du détournement des fonds affectés à cette opération. L’ « affaire Albatros » était née. Cette disparition porte à trois le nombre de prisonnier de l’opération épervier décédés en détention au cours de cette année 2014. En effet Catherine Abena ancien secrétaire d’Etat aux enseignements secondaires et Henri Engoulou, ancien ministre délégué au budget sont décédés dans les circonstances similaires. Jérôme Mendouga tire sa révérence avant que vérité ait été faite sur l’ « affaire Albatros » dont il a été condamné pour un des pan par le Tgi de Yaoundé. Le même qui acquittait Atangana Mebara.

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Ludovic AMARA (Stagiaire)

Et de cinq…Après André  Booto à Ngon, ex ministre des Finances, écroué dans le cadre de l’affaire du Crédit foncier, et de poursuites initiées contre lui comme Pca de cet établissement public, C’est  Dieudonné Angoula , ancien directeur des télécommunications au ministère des Postes et télécommunications (Minpostel) séjournant à la prison centrale de Yaoundé Kondengui depuis 1999 qui  passait l’arme à gauche durant sa détention. Celui que la chronique mondaine présentait comme « le beau père » du président, celui-là même qui aurait reçu la dot, de par sa proximité familiale avec la première dame du Cameroun, succombait à une maladie que ses amis et sa famille imputent à l’enfermement dont il a été victime après avoir été happé dans le cadre de l’opération main propre, lancée par Paul Biya pour lutter contre les « enrichissements scandaleux ». Dieudonné Angoula est mort en début d’après-midi du 16 décembre 2009 à l’Hôpital central de Yaoundé. Selon des sources à la prison centrale Kondengui qu’avaient contactés le journal Mutations, « il avait été attaqué par un malaise [le samedi d’avant] et avait  été évacué à cet hôpital où il a fini par rendre l’âme». Au moment de la mort du sexagénaire, des gardiens de prison trouvaient une relation de causalité entre son transfert de la «spéciale » où sont logés les prisonniers Vip de Kondengui, vers le Kossovo, décrit comme l’enfer dans ce milieu carcéral.

Si après son malaise, il prenait la direction de l’Hôpital central, André Booto à Ngon, lui se faisait interner à l’Hôpital général de Yaoundé quelques mois avant, à la suite d’un malaise également. Il en succombera, à près de 80 ans, le 12 février 2009. André Booto à Ngon avait été condamné, un an plus tôt pour coaction de détournement de 6,25 milliards Fcfa alors qui comptait déjà 76 piges. L’ex directeur national des impôts prenait le titre de « premier éperviable » décédé en prison. Ce statut venait renforcer l’émotion qu’avait créée sa disparition, d’autant que l’ex-député avait fait face dignement à son sort en allant se constituer prisonnier après sa condamnation par le Tgi du Mfoundi. Mais on le sait, il sera prié de rentrer chez lui à Bafia avant d’être interpellé de façon spectaculaire quelques temps après.

Le 19  mars 2014, c’est Catherine Abena, ex-secrétaire d’Etat aux Enseignements secondaires qui mourut à son tour. Interpellée le 4 janvier 2010, puis écrouée à la prison centrale de Kondengui pour détournement de fonds publics, elle avait entamé une grève de la faim, quelques jours après son arrivée dans le pénitencier.  Cet arrêt d’alimentation entraîne son internement à l’Hôpital central pendant deux ans. En 2012, elle est renvoyée chez elle, sans que les charges qui pèsent contre elle soient abandonnées. Mais de sources, crédibles, le régime de Yaoundé est informé de ce que son pronostique vital est entamé. Deux ans après, sans que le public n’ait la moindre info sur son statut et l’évolution de son affaire (si elle était libre, si elle était sous  surveillance judiciaire), elle décède.

Deux mois seulement après, le 8 mai 2014, Henri Engoulou, ancien ministre délégué en charge du budget au ministère de l’Economie et des finances meurt en détention âgé de 60 ans. Quelques jours avant, il aura été transféré dans cette formation sanitaire, suite à un malaise subi à la prison de Kondengui. Le gouvernement par la voix d’Issa Tchiroma Bakary indique alors qu’il avait eu droit à tous les soins appropriés et avait fait l’objet d’un suivi particulier, à la hauteur de son statut d’ancien haut commis d’Etat. Mais comme Catherine Abena, il meurt sans avoir été jugé. Ce, après avoir passé plus de quatre ans de détention provisoire à la maison d’arrêt de Kondengui. C’est Jérôme Mendouga qui lui succède donc dans la liste funeste que d’aucuns craignent de voir s’allonger avec la santé préoccupante, de Mebara, de  Marafa etc.

Marlyse Sybatcheu

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