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Opération Epervier: L’Offensive du Gouvernement

Paul Biya-Epervier-Detournements-remainement-réseaux sociaux
Faisant le bilan de la première année de fonctionnement du Tribunal criminel spécial (Tcs), la dernière née des juridictions camerounaises qui tonnait désormais de toutes les affaires liées à l’opération Epervier, Me Claude Assira Engoute, avocat et enseignant de droit pénal, constate que «les régies universelles et les principes qui régissent la tenue des procès, tous contenus dans les instruments internationaux intégrés par le Cameroun sont, fort malheureusement, très peu présents au sein du Tcs».
Confronté à cette juridiction depuis qu’elle est en service, l’avocat poursuit dans sa diatribe: «la création du Tcs ne répond d’abord qu’à un souci de répression. Le législateur a voulu faire croire que cette nouvelle juridiction serait à même de mieux s’occuper des atteintes à la fortune publique. Mais, à la réalité, les craintes suscitées par les nombreuses tares congénitales dont le Tcs est porteur dès sa création, ne se sont pas estampées à l’épreuve des faits. Plusieurs dispositions de cette loi font du Tcs une juridiction non conforme aux normes juridiques connues jusque-là. De par sa compétence, et de par toutes les entraves aux droits de la défense que l’on peut recenser lors des procédures qui s’y déroulent, notamment l’inégalité des armes, l’absence du contradictoire à un moment de la procédure, l’absence du double degré de juridiction. Le Tcs semble être un objet de communication politique, plus qu’une juridiction qui respecte les normes et les pratiques judiciaires universellement consacrées». C’est toute l’opération Epervier qui est ainsi remise en cause. Et les critiques sur cette lutte contre les atteintes à la fortune publique fusent de partout. Il y a un moment déjà que ça dure.C’est fort de cela que le 3 juillet dernier, à Yaoundé, Issa Tchiroma a cru devoir y «apporter des éclairages». Une fois n’est pas coutume, le ministre de la Communication avait à ses côtés le ministre de la Justice, Garde des sceaux, Laurent Esso. «La mission du. Tcs n’est pas de condamner à tout prix encore moins de prononcer des acquittements, même si une certaine opinion pense que c’est en cela que se manifeste véritablement l’indépendance du pouvoir judiciaire. Le Tribunal criminel spécial est une juridiction de droit commun dont le fonctionnement s’inscrit dans la pérennité et s’effectue dans la discrétion et non pas en termes d’opération».

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Epuration politique

Après sa deuxième condamnation à 20 ans de prison, Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé poursuivi pour détournement de deniers publics, lui, avait pourtant estimé, parlant de ce Tcs que «cette juridiction d’exception caporalisée confirme de procès en procès, concernant les personnalités notamment, sa vocation d’instrument d’épuration politique, nonobstant quelques subterfuges de pure malice. Il en est ainsi de la libération des quatre médecins injustement poursuivis et détenus pour rien pendant plus de cinq ans à mes côtés. S’il faut s’en réjouir, car ils n’avaient rien à voir dans cette affaire, leur libération ne doit faire aucune illusion: la cible politique est atteinte». Cible politique? «Il ne fait l’ombre d’aucun doute aujourd’hui que ceux qui s’essayent à la distraction de la fortune publique, sont cernés de toute part, rattrapés et mis à la disposition de la justice qui, en toute indépendance, établit la responsabilité des uns et des autres. Si l’on s’estime lésé par une décision de justice, l’on a le droit d’exercer les voies de recours prévues par la loi», semble répondre Issa Tchiroma, sous le regard bien vigilant de Laurent Esso.

Le ministre de la Communication ne manque pas alors de faire cette exhortation: «l’administration de la justice est un métier que la constitution a confié à un corps particulier. C’est pourquoi j’invite tous les camerounais sans exclusive, à apporter leur collaboration à notre justice, et à laisser le Tcs et les autres juridictions compétentes à travailler en toute quiétude et en toute sérénité, afin de leur permettre de rendre dans les délais raisonnables des décisions justes et équitables», a dit Issa Tchiroma a l’endroit d’ «une certaine presse et d’«une certaine opinion».

© Eitel Elessa Mbassi | Le Jour

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