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Nkongsamba, la ville aux fantômes aux multiples malédictions

Cameroun-Nkongsamba

Selon des croyances populaire énumérées dans cet article, plusieurs malédictions et faits historiques pèsent sur la ville de Nkongsamba. Une situation qui entraînerait le délabrement progressif de cette ville, jadis classée 3e ville du Cameroun.

Qu’est ce qui se passe à Nkongsamba? Posez la question aux personnes qui y sont nées, ou y ont travaillé, ou y ont étudié ou qui y vivent encore dans ce qui était la 3ème ville du Cameroun. Elles vous répondront dans une large majorité si ce n’est en choeur que  » la ville est maudite ». Personne ne semble comprendre comment cette ville qui était sur plusieurs aspects – notamment la qualité de la vie- considérée comme la première du Cameroun soit tombée si bas. Pas d’emploi, pas d’entreprises. Pas de cadres de divertissement pour les jeunes. Initiatives privées et publiques inconsistantes voire rares. Exode massif et attractivité quasi nulle. Il n’en fallait pas plus pour que Nkongsamba soit déclarée par certains  » ville maudite » 

En tout cas, cette hypothèse a e été consacrée par la célébration le 14 janvier 2015 d’une messe spéciale et solennelle de « purification, bénédiction et sanctification », messe dite par tous les évêques du Cameroun réunis à Nkongsamba dans le cadre de leur séminaire annuel du 10 au 17 janvier 2015.

Les explications les plus plausibles et avérées justifiant la décrépitude de Nkongsamba ne semblent pas convaincre grand nombre. En fait, on a beau fait d’expliquer aux uns que la chute du prix du café est la principale voire l’unique cause de la chute de la ville. Il y en a qui vous rétorque que d’autres villes comme Bafoussam avaient également une intense activité caféière et n’ont pas chuté avec la chute du prix du Café. On insistera sur les effets devastateurs du conflit entre les allogènes et les autochtones (Mbos et bamileke) que certains vous feront remarquer que la difficulté des relations entre les peuples dits « originaires » et ceux dits « étrangers » n’est pas l’apanage de Nkongsamba. On soutiendra que la construction de la route nationale n°5 en dehors du centre ville a largement contribué à tuer la ville? Certains toujours pas convaincus vous diront qu’ailleurs là où la route passe le développement suit. Pourquoi n’est pas le cas à Nkongsamba?

Comme on le voit, ils sont nombreux ceux qui veulent expliquer et faire comprendre que la  » situation comateuse  » de Nkongsamba est la conséquence d’une malédiction subie suite à plusieurs faits historiques (sociaux et politiques) souvent tragiques.

Le sang versé des religieux et des « nationalistes » ?

Ils évoquent à l’appui de leur conviction d’une part le sang versé des prêtres et religieux du Diocese de Nkongsamba tués par les nationalistes ou maquisards -selon le cas- en représaille de la déclaration des évêques camerounais réunis à Nkongsamba en 1955 condamnant « les méthodes de l’UPC » et invitant les chrétiens à se détourner de ce parti. Plusieurs membres de ce parti se verront à leur tour massacrés et décapités à Nkongsamba par les forces de l’ordre et leurs têtes exposées sur les places actuelles du marché central et de l’hôpital régional.

Le rite du chien noir?

Chaque habitant de Nkongsamba avait été obligé de jurer sur un chien noir comme quoi il n’appartenait pas aux réseaux des « maquisards » et surtout qu’il dénoncerait toute personne qui serait – à sa connaissance – hostile au gouvernement de l’UNC. Les six chiens noirs qui servire au rite furent enterrés vivants et un monument érigé. Ce monument est encore visible aujourd’hui près de la Maison de la …paix . Les conséquences furent terribles: on estime à plusieurs milliers les gens de Nkongsamba qui ont été ainsi victimes de règlement de compte, délation, dénonciation, tortures, fusillade, meurtres, assassinats, disparition, emprisonnement…

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L’incendie de certains quartiers?

L’administration locale dans son objectif clairement affiché de déceler et de poursuivre les « ennemis de la nation » jusque dans leurs derniers retranchements avait en 1958 purement et simplement mis le feu à deux quartiers réputés être les fiefs des « maquisards ». Il s’agit du quartier n°3 connu sous le nom de Katanga et quartier 7 (actuel groupe 4) qui portait autrefois le nom de ….Madagascar. On dénombra quelques centaines de morts, tous innocents dit -on.

Le marché le jour du Seigneur?

Le jour du marché à Nkongsamba est le dimanche. Ce ne serait le cas dans aucune autre grande ville du pays. Il y en a parmi les populations Nsambalaises au premier rang desquelles le clergé chrétien suivi en cela par les plus hautes autorités administratives de la ville qui voient cette pratique comme une désobéissance flagrante aux dix commandements.  » tu honoreras le jour du Seigneur «  et un motif de « malédiction » divine qui expliquerait les tourments actuels de la ville.

La Feymania ?

La méfiance automatique et subite qui gagne toute personne qui découvre que son interlocuteur est un « gars ou une go de Nkong » est symptomatique de l’impact que ce phénomène a sur la ville. Et pourtant, tous ces feymen qui à un moment comptaient en centaine de million si ce n’ est milliards de francs CFA dans leur gibecière, ont investi ailleurs mais jamais rien à Nkongsamba. Il se dit que les nombreuses victimes n’ont jamais cessé de « maudire  » leurs bourreaux.

Les Mbo et les Bamileke? 

Ailleurs la rivalite entre les allogènes et les autochtones n’empeche pas le developpement sauf à Nkong. On fait dire que les « mbos » regarderaient d’un très mauvais œil l’hégémonie et la présence trop massive des allogènes à Nkongsamba et caresseraient le vœu secret de les voir repartir chez eux sinon de les chasser. Consequence, comme ils ne se reconnaissent plus dans leur village, ceux qui parmi eux sont très haut placés se seraient refusé et se refuseraient encore à proposer ou soutenir tout investissement public d’envergure à Nkongsamba. De plus les autochtones reprocheraient aux allogènes de faire fortune à Nkongsamba et d’aller investir ailleurs dans leur village à l’Ouest.

Les deux camps rivaux?

Il est de notoriété publique que la ville de Nkongsamba est politiquement divisée en deux camps . La manifestation la plus explosive de la rivalité est la situation à la mairie de Nkongsamba 3. Les deux camps se neutraliseraient en neutralisant chacun toute opportunité de développement qui serait initiée par les membres de l’autre camp.

L’arrêt brutal du développement de la ville symbolisé par le départ du dernier train en avril 1991 est fondé probablement avec des pourcentages variables sur chacun de ses faits historiques sociaux et politiques. Mais faut-il voir dans ces faits et bien d’autres des signes d’une quelconque malédiction qui s’acharnerait sur la ville de Nkongsamba, chacun ira de son analyse et de sa conviction. Ils sont également un bon nombre à penser que la théorie de la malédiction n’est que foutaise et qu’il suffit de créer des entreprises et des emplois et la ville va renaitre. Ce à quoi les tenants de la thèse de la malédiction rétorquent que justement pourquoi n’arrive t-on plus à créer des entreprises à Nkongsamba….? Eh ben

Ce qui est sûr, des signes de la renaissance sont de plus en plus perceptibles dans la ville même si les pesanteurs ci-dessus énumérés sont encore trop présents.

Source : Une analyse de Nkongsamba FM et camer.be

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