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Nigéria : Buhari et la question bakassi

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Le nouvel homme fort d’Abuja va t-il remettre en cause les accords de Greentree ? Au lendemain de la victoire probante de Muhammadu Buhari à la présidentielle du 28 mars dernier au Nigéria, les questions sur l’orientation future de la politique internationale de ce pays émergent. Si globalement l’arrivée au pouvoir de ce général à la retraite suscite beaucoup d’espoir côté camerounais  –  relativement à la gestion du dossier Boko Haram – elle s’accompagne aussi de quelques appréhensions. Le Nigéria va-t-il respecter certains de ses engagements internationaux, notamment celui sur la question de Bakassi ?

Signataire le 12 juin 2006 pour la partie nigériane – avec l’ancien chef d’Etat Olusegun Obasanjo – des accords de Greentree (New York), le nouvel homme fort d’Abuja est connu pour ses réserves sur la posture de son pays sur ce dossier. Cet ex-général est même l’un des faucons qui à Port Hacourt (Nigéria) ont tiré les ficelles pour que les autorités fédérales fassent le « moins de concessions » possibles dans la résolution de ce différend frontalier. En dépit de la souveraineté recouvrée du Cameroun sur cette presqu’île, des voix s’élèvent encore au Nigéria pour réclamer une révision des accords. Le 12 novembre 2007, après une attaque des soldats camerounais, des membres du Sénat nigérian ont ainsi adressé une pétition au président d’alors (Olusegun Obasanjo), pour « que cesse la procédure de rétrocession de Bakassi au Cameroun », au motif que les accords y relatifs n’étaient pas « compatibles avec la section 12, article 1 de la Constitution de 1999 en vigueur au Nigéria ».

Groupes armés

L’on sait par ailleurs que les actions de certains groupes armés, notamment les « Bakassi boys », et les mouvements sécessionnistes qui écument cette zone, ont vraisemblablement été soutenus par le régime d’Olusegun Obasanjo. Un homme qui a activement contribué au succès de Muhammadu Buhari qu’il avait nommé en 1976 au stratégique poste de ministre du Pétrole et des Ressources naturelles. Des éléments qui créditent selon certains, la thèse d’un retro pédalage éventuel du Nigéria (sous l’ère Buhari) sur le dossier Bakassi. Une analyse contestée par le géostratège Joseph Vincent Ntuda Ebode. Selon ce dernier, « il serait difficile pour Muhammadu Buhari d’opérer un tel revirement sans s’aliéner la communauté internationale et surtout les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Nations-Unies qui ont été les témoins de la signature entre le Nigéria et le Cameroun des fameux accords de Greentree ».

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Quasiment sur la même longueur d’ondes, l’expert en questions de sécurité et de défense, Aimé Raoul Sumo Tayo estime cependant que « l’on peut en effet craindre que le général Buhari, au moins pour se démarquer de son prédécesseur, ait une conception extensive, de certaines dispositions de l’accord de Grentree par lesquelles  le Cameroun a pris des engagements, en des termes parfois larges, et qui sont de nature à constituer un gisement de différends à l’avenir, notamment en ce qui concerne la politique migratoire des populations du Nigéria ».

Guerre du Biaffra

L’expert rappelle en outre qu’il « ne faut pas, non plus, oublier que le général Buhari fait partie des dignitaires nigérians qui, immédiatement après la guerre du Biafra et oubliant la contribution du Cameroun à leur victoire, s’étaient mis à revendiquer, avec des menaces parfois, des villages camerounais, notamment la péninsule de Bakassi en déclarant illégal l’accord signé en juin 1975 par le général Yakubu Gowon. N’oublions pas, non plus qu’il avait mis en place un “groupe de travail spécial sur le Tchad et le Cameroun” qui a réunit une documentation importante sur les frontières maritimes et terrestres en vue de les remettre en question ».

Depuis, il s’est écoulé 30 ans. Et « Buhari a perdu un peu de sa fougue », conclut Aimé Raoul Sumo Tayo qui évoque un discours prononcé par le nouveau président nigérian au Chatham House à Londres, le 26 février dernier : « je ne peux pas changer le passé. Mais je peux changer le présent et le futur », avait-il dit. Mais ça s’était avant d’être président… Maintenant qu’il est élu, il nous tarde de voir ce qu’il fera.

Yanick Yemga

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