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Mysticisme au sommet de l’État: le cas Peter Agbor Tabi

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Le secrétaire général adjoint de la présidence de la République est apparu affaibli, amaigri et blême, lors de la visite de François Hollande au Cameroun. Inquiétudes dans le sérail. La condition physique de Peter Agbor Tabi charrie bien des commentaires, depuis des mois dans le sérail.

«Le secrétaire général de la présidence, à l’observation, est très malade», confie une source crédible de La Météo sous le sceau de l’anonymat. Et de poursuivre : «Malgré sa proximité avec le chef de l’Etat, il est incapable de demander au président de la République de le décharger de ses fonctions pour aller se faire traiter. Il préfère se montrer complètement alité, devant les gens, et courir le risque de s’écrouler à tout moment.»

Selon plusieurs proches, Peter Agbor Tabi se comporte comme tous les membres de la classe dirigeante actuelle, qui n’acceptent jamais qu’ils ne sont plus en possession de tous leurs capacités physiques nécessaires pour le plein exercice de la fonction. On les voit ainsi s’écrouler en public.

Très récemment encore, «un ministre a personnellement débranché sa perfusion contre l’avis des médecins, parce que ne voulant pas pointer aux abonnés absents à un Conseil de cabinet», confie une dame très introduite.

Pour une certaine opinion, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique serait carrément sous l’emprise de pratiques occultes. En effet, apprend-on, la décrépitude de son état de santé a commencé lorsque son nom a été abondamment cité parmi les personnalités susceptibles d’être nommées à la Primature.

Un observateur averti de la scène politique rappelle ainsi : «Depuis un moment, il ne fait pas bon être pressenti comme Premier ministre de la République. Vous vous souvenez sans doute encore du cas Christopher Nsahlaï, qui en début 2008 était annoncé à l’immeuble Etoile.» Et d’expliquer : «Le lundi 14 avril 2008, il (Christopher Nsahlaï) s’était cogné le pied contre un parpaing alors qu’il était dans son chantier à Bui, avec dans ses poches une copie du gouvernement qu’il entendait proposer au chef de l’Etat. Un accident bénin qui nécessitera tout de même des examens médicaux approfondis ainsi qu’un scanner après son retour à Yaoundé, à la demande de son médecin. Mais, le 18 avril 2008, il rendra l’âme à la surprise de tout le monde.» Et de conclure : «Peter Agbor Tabi a une très bonne hygiène de vie. Il ne prend pas d’alcool et ne fume pas. Ce n’est pas un coureur de jupons. Le voir touché à ce point, surtout qu’il est chef traditionnel dans le Sud-Ouest, signifie qu’il a été atteint par des forces maléfiques, très puissantes.» Suffisant, pour soulever l’angoisse auprès des proches, car l’homme semble devenu l’ombre de lui-même. Sa dernière apparition publique a ému plus d’une personne.

Rappels.

Vendredi, 3 juillet 2015. Il est environ 16 heures. Les membres du gouvernement prennent progressivement position sur le tarmac de l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, pour accueillir le chef de l’Etat français. Ils arrivent par petits groupes. Le ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi), Madeleine Tchuinté ainsi que le secrétaire général des services du Premier ministre, Louis Paul Motaze, sont en tête du peloton. Ils sont suivis de près par le ministre délégué à la présidence chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, Henri Eyebe Ayissi, le ministre des Enseignements secondaires (Minesec), Louis Bapès Bapès et sa collègue de l’Education de base, Youssouf Adjidja Alim.

A côté d’eux, le ministre d’Etat en charge de la Justice, garde des Sceaux, Laurent Esso et le secrétaire général adjoint de la présidence, Peter Agbor Tabi, avancent à petits pas. Le dernier cité semble très affaibli. Il a perdu des kilos et a le teint blême. Il est, surtout, particulièrement nonchalant dans ses gestes et ne s’exprime que très peu.

Dans la haie d’honneur, l’homme se place entre le ministre de l’Environnement et de la Protection de la nature, Hélé Pierre et l’autre secrétaire général adjoint de la présidence, Magloire Séraphin Fouda. Il ne se mêle pas aux conversations autour de lui. Jacques Fame Ndongo, le ministre de l’Enseignement supérieur, qui passe par là, le taquine au passage. Mais l’homme réagit à peine, dodeline de la tête et garde les mains croisées.

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Très peu présent sur la scène politique nationale, cette sortie est venue rappeler à l’opinion nationale une autre de ses dernières apparitions ayant fait couler beaucoup d’encre et de salive. C’était le 25 mars, lors de la célébration, à Buea, du 30e anniversaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Au terme du meeting organisé à cet effet dans la capitale régionale du Sud-Ouest, l’ancien chancelier de l’université du Cameroun s’était écroulé lors de la marche de soutien au président national du parti au pouvoir.

Son absence à la cérémonie de présentation des vœux des corps constitués de la nation au chef de l’État, le 8 janvier dernier, est restée gravée dans les mémoires. Certains avaient invoqué un malaise subit ; d’autres des pratiques mystiques ayant conduit à une grosse fatigue. Le 1er mars 2015, Peter Agbor Tabi était également absent à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, où des personnalités de premier plan s’étaient rendues en masse pour souhaiter bon voyage au président Paul Biya et à son épouse, Chantal, en partance pour un court séjour privé en Europe. Il était également passé inaperçu lors de la soirée offerte par le couple présidentiel, à l’occasion de la 43ème édition de la Fête nationale du 20 mai.


Amorc, mon amour !

L’actuel secrétaire général adjoint n°1 de la présidence de la République a été exclu de l’Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix (Amorc) voici plus d’un an. La faute à lui imputée n’a jamais été explicitée. Selon les statuts de l’organisation, est exclu «tout membre condamné par une juridiction pénale pour faits contraires à la probité et aux bonnes mœurs». L’Amorc, rappelle-t-on, est, comme tout mouvement ésotérique, régi par la loi du secret.

S’agissant de son absence à la cérémonie de présentation des vœux des corps constitués sus-évoquée, beaucoup avaient invoqué un malaise subit, d’autres des pratiques mystiques ayant occasionné une grosse fatigue. Une chose reste cependant certaine, rien ne va plus dans le petit monde du Sga/Pr. Les enseignements de l’Amorc, qui comportent «nombre d’expériences consacrées à l’apprentissage de techniques fondamentales en matière de mysticisme : relaxation, concentration, création mentale, méditation, alchimie spirituelle», ne lui semblent d’aucun secours. L’homme s’est manifestement égaré dans les préceptes rosicruciens qui «s’échelonnent sur douze degrés, chacun d’eux étant consacré à l’étude de thèmes philosophiques ou mystiques majeurs : la nature du Divin, l’origine de l’univers, la structure de la matière, les concepts de temps et d’espace, les lois de la vie, le but de l’évolution, l’âme humaine et ses attributs, les phases de la conscience, les phénomènes psychiques, les mystères de la mort, de l’après-vie et de la réincarnation, le symbolisme traditionnel…».

Jusqu’ici, Peter Agbor Tabi était régulièrement cité parmi les candidats sérieux à la tête du gouvernement. Jamais deux sans trois, expliquaient alors les tenants de cette thèse. La logique a voulu en effet, depuis des années, que la Primature revienne à des natifs du Sud-Ouest : Ephraïm Inoni hier, Philemon Yang aujourd’hui, tous les deux ayant, eux aussi, occupé le poste de secrétaire général adjoint n°1 de la présidence de la République.

Les problèmes de santé de Peter Agbor Tabi interviennent au moment où son parrain officiel dans l’ésotérisme, Titus Edzoa, a repris sa carte du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) après 17 années de prison. Et ce n’est pas le moindre des indices d’analyse de la situation au sein du sérail. Paul Biya aurait-il alors décidé de sacrifier le bouillant Agbor Tabi sur la demande expresse de son mentor ? Ou le très éprouvé Sga/Pr n°1, abonné aux frasques, serait-il subitement devenu trop encombrant auprès du chef de l’État ? Dans tous les cas, la descente aux enfers de «Pita» semble relever de l’irrationnel.

Michel Tafou

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