Etienne Mbappè et Ben Decca ont partagé deux scènes à Douala. Prémices d’un projet commun ? Comment unir l’univers jazz d’Etienne Mbappè à celui du makossa de Ben Decca ? Entre un style considéré élitiste et l’autre, populaire ? Quelques jours avant les deux concerts du duo d’artistes à Douala, le 23 décembre 2016 à l’Institut français du Cameroun et le 26 à Douala-Bercy, un futur spectateur s’inquiétait déjà d’une supposée union musicale contre-nature entre le bassiste et le crooner. Ce à quoi Etienne Mbappe avait donné une réplique inattendue : «  pour moi, Ben est le plus grand jazzman que je connaisse. Le jazz, ce sont  deux choses, le thème et l’inconnue qui est l’improvisation. » L’inconnue effectivement, comme promis par le père de « Pater Noster » (3e album sorti en 2013), c’était de voir comment sur les cordes de sa basse au son à la fois rond, doux, grave, allaient s’imprimer les cordes vocales cristallines de Ben Decca…Un dialogue au gré de l’imagination des deux artistes.
Résultat de cette fusion réussie, lors de la première date sur la scène de l’Ifc, le public applaudira à tout rompre. La magie promise était bien réelle. Les mots du duo aussi, datant de la veille : « la musique c’est la musique. » Même si la rencontre entre Etienne Mbappè et Ben Decca sera aussi intense que brève. Chacun accompagnant l’autre sur un ou deux morceaux en dehors de l’impro’ commune. Parce qu’en fait, le spectacle racontait plus le chemin individuel parcouru par les artistes, poétisé par le lyrisme de l’homme de lettres et patriarche Duala Valère Epée. Et sur leurs chemins, ils se sont croisés pour une expérience partagée intense qui, on l’espère, se concrétisera en un inoubliable projet. Ils y croient eux-mêmes.
Dans ces voyages pas si personnels que ça, le premier à embarquer le public, c’est Etienne Mbappe. De « Misiya » en 2004 à « How Near How Far » en 2016. Un dernier album avec ses « Prophets », dont deux l’accompagnaient sur scène. Son camarade de longue date, le batteur-percussionniste Nicolas Vicaro et le jeune guitariste Anthony Jambon. Egalement présent, « la prunelle des yeux de son père », de retour sur une scène camerounaise trois ans après, le petit-fils du pays, Swaéli Mbappè. Qui a préféré revenir jouer sur sa terre natale au lieu d’accompagner la Malienne Oumou Sangaré. Les dreadlocks ont laissé la place à un look plus classique, les traits ont gagné en maturité, la basse aussi. Pour un jeu plus assuré, sous l’œil toujours vigilant du bassiste aux gants de soie.
Au tour de Ben Decca, l’amour du public ne faiblit pas. Plus de trente ans de carrière et les spectateurs applaudissent toujours le chanteur de charme à tout rompre. Et quand sa sœur Grace Decca monte sur scène pour l’un de leurs incomparables duos, c’est l’hystérie. La folie du moment, l’exaltation pour l’artiste est même présente sur les planches, où la jeune Moka, talent vocal pur, choriste de Ben pour l’occasion, a des étoiles dans les yeux et le sourire jusqu’aux oreilles.

« On va continuer à travailler »

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Etienne Mbappè, bassiste, et Ben Decca, chanteur.


Si vous deviez vous présenter en quelques mots, que devrait-on retenir ?

Etienne Mbappè – Je suis un jeune musicien camerounais (rires). Plus sérieusement, je suis un homme passionné de musique. C’est ce dont j’ai toujours rêvé et ça s’est réalisé. J’ai dû forcer la main à ma famille parce qu’avant, faire de la musique n’était pas socialement acceptable. La musique, on s’y donne corps et âme. Je suis quelqu’un de simple, d’abordable. Quand je suis en concert, je ne suis pas celui-là qui aime étaler son talent, sa technique. Ce que j’aime, c’est rencontrer les gens, partager avec le public.
Ben Decca – Originellement, je suis timide et la musique m’a permis d’en sortir. J’adore la musique. Je m’inspire auprès de belles dames. Ce sont mes muses. Pour moi, la musique c’est transmettre ce que Dieu te donne à ceux qui t’écoutent.
Et si chacun devait parler de l’autre ?
Etienne Mbappè – En 1978, quand je pars du Cameroun, j’ai 14 ans. Je ne connais pas le nouveau makossa. Je connais les Nelle Eyoum, Toto Guillaume, Nkotti François, Black Styl, etc. En France, comme mes sœurs écoutaient la musique du pays, ce sont elles qui me font découvrir Ben Decca. Ben, c’est un organe vocal, un don divin. J’ai une admiration sans bornes pour lui. C’est un rêve que je nourrissais depuis très longtemps de travailler avec cette voix-là, d’en faire un outil, ça m’inspire des choses.
Ben Decca – Etienne, j’ai été émerveillé la première fois que je l’ai entendu. J’aime les gens qui sont élégants derrière leur micro. Et depuis que je l’ai vu en spectacle lors du Trio Bass (Etienne Mbappè – Richard Bona – Guy N’Sanguè en 2014) ici à Douala, sur la scène de l’Institut français, j’ai envie de travailler avec lui. J’ai envie de poser ma voix sur sa basse. Il est intuitif, sensible. C’est un embryon qui va naître de nos spectacles et on va continuer à travailler. Etienne sera mon mentor.
S’il y a un point commun qu’on vous connaît, c’est votre attachement au pays ?
Etienne Mbappe – J’ai l’impression que tout ce que j’ai appris, je l’ai appris ici. Je suis parti très longtemps. C’est l’appel du cœur qui m’a rappelé ici. J’ai envie de rester près de chez moi. Quand je suis au Cameroun, j’aime bien prendre nos taxis de dehors. Mon but, c’est de faire connaître la musique de chez moi, même si elle est quelque peu métissée. Mon rêve est d’amener la culture, la musique camerounaise, la langue qu’on parle, loin.
Ben Decca – Ma source d’inspiration, c’est Douala, c’est le Cameroun. J’aime chanter en duala, parce que c’est la langue dans laquelle je m’exprime le mieux. Je chante rarement en français. Quand je sors, je suis comme un pigeon-voyageur. Quand je suis loin de chez moi, je ne suis pas bien. Notre mission en tant qu’artiste, c’est de voyager et de rapporter ce qu’il y a de positif chez nous pour que notre pays avance.
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