Culture'Urbaine

Musique : La nudité féminine bat son plein

La plupart des vidéogrammes diffusés à longueur de journée dans les chaines de télévision montrent des femmes à moitié dénudées.Certains téléspectateurs sont devenus des voyeurs assidus, contre leur gré. « Les femmes que je ne voudrais pas voir nues, entrent chez moi nues à travers la musique et la télévision. C’est déplorable que la nudité des femmes soit devenue aussi vulgaire ! » Ce coup de gueule est celui d’un téléspectateur camerounais.

Comme s’il y avait une prime pour la danseuse à la nudité la plus palpable, ces professionnelles de gestuelle se voilent à peine les parties intimes au moment de se trémousser au rythme d’une chanson en vogue. Le bikutsi donne à voir jusque dans les profondeurs intimes des danseuses : les vidéogrammes des Majoie Ayi, Lady Ponce, Leti’s Diva, Jocelyne Bizar, Coco argentée, Mani Bella…. Sont d parfaites séquences de voyeurisme. Majoie Ayi, dans le titre « à côté », fait voir des femmes arborant justes de petites culottes adaptées à la plage. Ces bouts d’étoffes collés à la peau font croire que la danseuse est entièrement nue. En tout cas, la frontière avec la nudité complète est très mince.

Jocélyne Bizar, une chanteuse de bikutsi, à des gestes suggestifs dans ses clips. Une vraie incitation à la pornographie. Ses vidéogrammes rappellent fort opportunément certains clips de l’artiste K-Tino du temps où elle trônait sur le bikutsi féminin au Cameroun. Jocelyne Bizar va jusqu’à simuler des actes sensuels. Cette artiste est moulée dans un collant, qui extériorise son postérieur tout en mettant sa poitrine en exergue. Son clip est un enchainement de gestes où l’on la voit tourner frénétiquement le postérieur qui est la partie la plus vue tout au long du vidéogramme.

Leti’s Diva dans le titre « Akere », ne fait pas l’économie de ses parties intimes : l’artiste exhibe sa poitrine. Ses danseuses, elles, sont sanglées dans des tenues légères. Avec ces vêtements, elles gesticulent et balancent facilement les fesses. Ces parties sont présentées en grandeur nature sur le petit écran. L’artiste Rantanplan dans le clip « Associé » arbore un morceau de tissu sur les reins. Elle se caresse avec ses mains, elle soulève de temps à  autre cette étoffe qui tient lieu de vêtement. L’artiste expose alors ses parties intimes devant la caméra, tout en tournant les fesses dans tous les sens. Ces clichés ne sont qu’une infime partie du nudisme qui caractérise les vidéogrammes de certains musiciens. Une situation qui désole certains téléspectateurs. « Moi particulièrement, je ne regarde plus les chaines de télévision camerounaises et je les interdits à mes enfants parce que ce que les artistes féminines nous font voir est déplorable. Et nous comprenons que la crainte de DIEU a foutu le camp. La femme camerounaise a perdu sa valeur et cela se répercute à travers les habillements des jeunes filles qui veulent absolument copier ce qu’elles ont vu à la télévision » confie Jean Ntsama, professeur de lycée. Certains n’hésitent pas à établir une comparaison entre la musique actuelle et celle d’antan. M. Nang affirme à ce propos ; « Vraiment la musique d’aujourd’hui n’a plus de sens. Des paroles n’ont pas de sens, les clips quant à eux sont déplorables. Pourtant la musique d’avant berçait les mœurs et les artistes étaient plus responsables et dignes pas ce que nous voyons aujourd’hui »

Pr Claude ABE, Sociologue «  On viole les consciences des enfants à travers cet usage de corps dans les clips »

L’enseignant de sociologie à l’université catholique d’Afrique centrale (Ucac) donne son avis sur la nudité observée dans la plupart des clips camerounais.

L’on constate ces derniers temps que les clips vidéo font une exhibition de la nudité féminine. Qu’est ce qui justifie ce phénomène ?

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Il faut savoir en premier que ce recours à la nudité est un élément structurant de la globalisation. Dans les éléments structurants de la globalisation entre tout simplement la transparence en toute puissance. Transparence des transparences au sens de la mode et transparence au sens même du corps qui brise une barrière entre intimité et qui doit être renvoyé au privé. On pourrait donc se dire que ce recours à la nudité est d’abord une production locale d’une dynamique qui structure en termes de banalisation. La deuxième chose qu’il faut mettre en lumière ici c’est que cette démonstration des corps des femmes apparait comme étant un élément pour attirer l’attention des uns et des autres. Dans ce sens-là, ces corps deviennent tout simplement des instruments dans l’optique de la publicité ou du marketing. Et il me semble que le troisième élément est que la nudité faisant partie des choses qui relève de l’interdit, il me semble qu’en montrant cet interdit là ça peut attirer les uns et les autres. Ça rejoint la deuxième idée selon laquelle cet usage de corps et notamment la nudité apparait davantage comme une manière particulière de vendre non seulement le produit du disque mais, de faire un transfert entre le produit du disque et le corps.

Y a-t-il un lien affectif entre le public et la nudité féminine ?

Il va sans dire, malgré la musique qui voudrait aujourd’hui que l’homosexualité devienne un héritage structurant de la sexualité des uns et des autres, la nudité féminine continue de faire bon commerce, de s’imposer comme étant une valeur d’attirance pour certaines. Et à ce titre-là, le fait d’y recourir atteste que le monde n’est pas entré dans la dynamique de l’homosexualité et qu’on veut garder un certain réfèrent ce genre d’égarement, à cette attirance des contraintes.

Quel impact de ce phénomène sur la société ?

Il y a rarement une limitation d’âges dans certains clips pour les enfants. Cela signifie qu’on viole les consciences des enfants à travers cet usage de corps dans les clips. Et ceci se déroule dans un secteur que les parents ne peuvent pas nécessairement contrôler. Parce qu’ils se disent qu’il s’agit tout simplement de la musique et que c’est un moment de distraction. La deuxième chose est que la banalisation du corps au quotidien dans les espaces publics peut déboucher sur la banalisation du corps et cette banalisation aurait une autre volonté sociale, globalement de montrer le débit d’absence d’appropriation de son corps. Parce que celui dont on présente son corps c’est comme s’il n’existait que par leur corps et qu’en réalité il y avait un détachement entre le corps et la conscience. La conscience étant ailleurs et le corps se déployant dans l’espace public. Ceci à une conséquence en matière de sexualité. Ça signifie qu’en réalité ça pourrait d’une manière ou une autre bousculer les repères, la sacralité qui devrait pouvoir entrainer la relation sociale au corps, en ce sens-là. Cette banalisation pourrait donc déboucher sur une désacralisation du corps et ça renvoie également, vous avez pu le voir, la modernité insécurisée que nous vivons aujourd’hui est telle que le corps est devenu même un objet de marchandise. Cette banalisation de la présentation de la nudité peut également nourrir cette du corps humain et de l’ensemble de ce qui relève de l’humain à ce titre-là. Autre incidence que cela pourrait avoir c’est de briser le lien qu’on a pu se construire dans la société.

© Repères : Christelle Nkolo (stagiaire)

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